Un vol commercial qui atterrit à Mekelle ne suffit pas à garantir le retour au calme. Mais, pour les habitants du Tigré, la liaison avec Addis-Abeba est un service concret : elle permet de rejoindre des proches, de voyager pour le travail et de réduire l’isolement d’une région où les combats ont de nouveau perturbé les déplacements.
Un lien aérien rétabli après la reprise de Mekelle
Ethiopian Airlines a repris ses vols réguliers entre Addis-Abeba et Mekelle le dimanche 11 octobre 2026. La compagnie publique avait interrompu la desserte après la prise de l’aéroport de Mekelle par des combattants du Front populaire de libération du Tigré (TPLF), le 23 septembre. L’annonce de la reprise avait été faite quelques jours plus tôt.
Le redémarrage intervient après une évolution rapide du contrôle de la ville. Des forces fédérales et leurs alliés sont entrés dans Mekelle le 4 octobre, après le retrait annoncé des combattants du TPLF. L’aéroport avait été repris auparavant, selon des habitants cités par l’Associated Press. L’agence relevait toutefois que les communications dégradées rendaient difficile la vérification indépendante de certains détails sur les mouvements de troupes.
L’agence de presse publique éthiopienne et l’Associated Press confirment le retour des vols le 11 octobre. Les éléments disponibles ne permettent pas, en revanche, de confirmer l’horaire durable ni le nombre quotidien de rotations. Une estimation d’environ cinq vols par jour circule, mais elle ne doit pas être présentée comme un programme officiel.
La reprise concerne d’abord la capitale régionale. Ethiopian Airlines avait également suspendu ses vols vers Axoum et Shire. La compagnie a indiqué que ces dessertes pourraient reprendre prochainement, sans que cette perspective équivaille à une confirmation de leur date de réouverture.
Une trêve de 2022 fragilisée par les affrontements
Le Tigré se situe dans le nord de l’Éthiopie, État fédéral dont la capitale est Addis-Abeba. La région avait été au cœur d’une guerre entre les forces fédérales et le TPLF, de novembre 2020 à novembre 2022. L’accord de Pretoria, signé le 2 novembre 2022 sous l’égide de l’Union africaine, a mis fin aux hostilités à grande échelle et prévu un processus politique et sécuritaire.
Ce règlement n’a cependant pas effacé les différends. La mise en œuvre de l’accord reste un enjeu, notamment autour du désarmement, de l’administration de la région et des territoires contestés. L’autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation régionale de la Corne de l’Afrique, a appelé à la pleine application de l’accord. Le retour des vols doit donc être lu comme une mesure pratique, pas comme une preuve de réconciliation politique.
La reprise des combats en septembre a ravivé ces inquiétudes. Le 20 septembre, sept groupes d’opposition armés ont annoncé la création d’une coalition contre le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed. Le TPLF en fait partie, aux côtés notamment du mouvement Fano amhara et de l’Armée de libération oromo. La coalition a affiché l’objectif de remplacer le gouvernement fédéral, mais l’annonce de cette alliance ne permet pas, à elle seule, de mesurer sa coordination ni ses capacités sur le terrain.
Pour les habitants, l’accès compte autant que le symbole
La liaison aérienne réduit le temps de trajet entre Mekelle et Addis-Abeba, et facilite les déplacements des familles, des commerçants et des personnes ayant besoin de soins ou de démarches administratives. Pendant la suspension, des passagers sont restés bloqués dans la capitale fédérale, rapporte l’agence publique éthiopienne. Pour les voyageurs qui peuvent payer un billet, l’avion offre une alternative aux déplacements terrestres, dont la disponibilité et la sécurité peuvent varier selon les zones.
Les bénéfices ne seront toutefois ni automatiques ni identiques pour tous. Une reprise limitée des rotations peut améliorer l’accès à la ville sans résoudre les difficultés des habitants éloignés de Mekelle. Elle ne garantit pas non plus l’acheminement régulier de marchandises, la disponibilité des services de santé ou la liberté de circulation dans les secteurs touchés par les affrontements. L’agence éthiopienne rapporte l’espoir exprimé par des passagers, mais ces témoignages ne constituent pas un bilan général de la situation économique ou humanitaire.
La chronologie invite aussi à la prudence. La réouverture est survenue après le retrait des combattants du TPLF et l’entrée des forces alliées au gouvernement. Elle dépend donc de conditions sécuritaires susceptibles d’évoluer. Un aéroport opérationnel peut reconnecter une ville au reste du pays ; il ne dit pas, à lui seul, qui contrôle durablement les routes, ni si les civils peuvent se déplacer sans risque.
Un signal régional à suivre, pas un règlement du conflit
Les événements du Tigré dépassent le seul enjeu du transport intérieur. L’Éthiopie occupe une place centrale dans la Corne de l’Afrique et accueille le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba. Une nouvelle escalade pourrait peser sur les efforts de médiation régionaux et nourrir les tensions déjà signalées entre Addis-Abeba et l’Érythrée. L’IGAD a, de son côté, rappelé l’importance de mettre pleinement en œuvre l’accord de Pretoria.
La suite se mesurera à des signes plus solides qu’un premier atterrissage : maintien des vols, réouverture effective des autres aéroports, accès des civils et des services essentiels, et reprise d’un dialogue entre les autorités fédérales et les responsables tigréens. Pour l’heure, la liaison Addis-Abeba–Mekelle est de nouveau assurée. La stabilité, elle, reste à démontrer.