À Thiès, préparer une rentrée scolaire ne consiste pas seulement à rouvrir les salles de classe. Après les fortes pluies qui ont touché plusieurs régions du Sénégal, il faut aussi vérifier les accès, assainir les cours et rassurer les familles. À l’école Daniel Brottier, ces tâches se mêlent à un autre chantier : faire de l’alimentation et du jardinage des apprentissages à part entière.

Un report national, des réalités locales

La rentrée des élèves, initialement prévue le 7 octobre 2026, a été reportée au lundi 12 octobre dans tout le Sénégal. Le ministère de l’Éducation nationale a invoqué les conditions météorologiques et la nécessité de poursuivre le nettoyage et la remise en état des établissements. L’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM) signalait alors un risque élevé de pluie dans plusieurs zones jusqu’au 14 octobre. L’annonce du report par l’Agence de presse sénégalaise et le point de l’ANACIM sur les prévisions donnent le cadre de cette décision.

Mais un calendrier commun ne signifie pas des situations identiques. À Thiès, le directeur de Daniel Brottier, Pierre Khar Tine, indique que son établissement n’a pas subi de dégâts importants et que l’évacuation des eaux ne pose pas de difficulté majeure. Il explique que le ravin situé derrière l’école conduit les eaux vers le canal de Nguinth. Cette appréciation concerne l’établissement : elle ne décrit pas l’état de tous les quartiers ni celui de toutes les écoles de la ville.

La décision nationale intervient dans un contexte où l’école doit rester sûre tout en limitant les interruptions d’apprentissage. Au sein de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, les calendriers et les réponses scolaires relèvent des autorités nationales. Les épisodes pluvieux rappellent toutefois un défi partagé : rendre les infrastructures et les accès moins vulnérables aux intempéries, sans traiter les besoins locaux comme s’ils étaient uniformes.

Accès, entretien et sécurité des élèves

À Daniel Brottier, les préparatifs ont commencé au début de septembre, selon son directeur. Désherbage de la cour, enlèvement des déchets, entretien des arbres, reprise de la peinture des tableaux, désinfection et désinsectisation ont été réalisés avant l’arrivée des élèves. Le directeur rapporte aussi la participation d’un groupe d’élèves, mobilisé avec le président du gouvernement scolaire, l’instance qui associe les enfants à la vie de l’établissement.

La sécurité se joue également à l’extérieur des salles. L’école dispose d’une entrée principale sur le boulevard Monseigneur François-Xavier Ndione et d’un portillon utilisé comme raccourci par des enfants venant des quartiers au sud. Le directeur souhaite que les familles contribuent à sécuriser ce passage ; à défaut, précise-t-il, l’accès pourrait être fermé. C’est un arbitrage concret entre proximité et contrôle des entrées, qui dépend aussi des trajets quotidiens des élèves.

La capacité d’accueil annoncée est de 1 300 élèves. Pour gérer les situations d’urgence, Pierre Khar Tine rappelle qu’une formation aux premiers secours a été organisée deux ans plus tôt avec des bénévoles de la Croix-Rouge, pour des membres du gouvernement scolaire et du personnel. La prévention ne repose donc pas uniquement sur les consignes affichées : elle suppose que les adultes et les élèves sachent comment réagir.

Le directeur estime que le report représente trois jours ouvrables de cours, habituellement consacrés à la prise en main des classes et aux révisions. Il juge qu’une organisation adaptée devrait permettre de préserver le déroulement des apprentissages. C’est son appréciation pour son école, et non une garantie valable pour tous les établissements, notamment ceux dont les locaux ou les accès ont été touchés.

La cantine, les vendeuses et le jardin comme partenaires

À Daniel Brottier, la préparation de la rentrée comprend aussi l’alimentation. L’établissement participe depuis 2022 à un programme mené avec l’ONG Rikolto, qui travaille sur des environnements alimentaires scolaires plus sains à Dakar et à Thiès. Dans sa présentation du projet, Rikolto décrit une démarche associant écoles, familles, vendeuses, producteurs et collectivités. L’organisation mentionne Daniel Brottier parmi les écoles partenaires de Thiès.

Dans l’établissement, le Comité technique local de gestion suit la préparation et le service des repas. Il s’occupe aussi des pratiques de conservation. Selon le directeur, le personnel et les vendeuses installées dans ou près de l’école ont participé à des formations à l’hygiène et à la préparation des aliments ; certaines ont été conduites avec l’Institut de technologie alimentaire. Des dispositifs de lavage des mains sont déjà prévus, et du gel antiseptique doit être mis à disposition aux buvettes.

Cette organisation relie plusieurs enjeux souvent traités séparément : la santé des enfants, les conditions de travail des vendeuses et la place des produits locaux dans les repas. Rikolto rapporte également que des vendeuses et des cuisinières scolaires ont été formées à la préparation de recettes locales et aux règles de sécurité alimentaire. Le retour d’expérience de l’organisation sur les écoles d’Afrique de l’Ouest situe l’initiative de Thiès dans un effort plus large, sans effacer ses spécificités locales.

L’école prévoit en outre plus de 24 tables de micro-jardinage, une par classe selon le directeur. Les élèves choisiront des cultures maraîchères et suivront leur entretien. Les récoltes pourraient ensuite être présentées lors d’une exposition-vente destinée aux familles. Au-delà de la production, l’objectif est pédagogique : observer la croissance des plantes, prendre soin d’un espace commun et comprendre d’où vient une partie de la nourriture.

Un modèle à éprouver au-delà de l’école

Pierre Khar Tine présente le micro-jardin comme un outil qui pourrait être reproduit dans les foyers, y compris dans les maisons sans grande cour, sur une terrasse ou dans un espace réduit. Pour les familles, l’enjeu est d’abord de pouvoir s’approprier une pratique adaptée à leurs moyens et à leur environnement. L’école, elle, devra suivre la disponibilité des semences, de l’eau et du temps nécessaire à l’entretien, ainsi que la continuité des formations.

Le programme Good Food at School est prévu jusqu’en 2026. Rikolto indique que ses partenaires cherchent à consolider des liens entre cantines, producteurs locaux et collectivités, et à partager les enseignements tirés des écoles pilotes. La suite dépendra donc non seulement de l’engagement de l’établissement, mais aussi de la capacité des communes et des acteurs locaux à soutenir ces démarches.

Pour les élèves de Thiès, la rentrée du 12 octobre réunit ainsi deux priorités : retrouver des conditions d’apprentissage sûres et poursuivre des projets ancrés dans la vie quotidienne. La météo reste un facteur immédiat de vigilance ; la pérennité des accès, de l’hygiène et de l’alimentation scolaire constitue, elle, un travail de fond. À Daniel Brottier, la participation des enfants, des parents, des vendeuses et du personnel donne à ce travail une dimension collective, dont les résultats devront se mesurer dans la durée.