À Alexandrie, les marchandises pourront désormais être préparées et stockées à distance des quais maritimes. Pour les entreprises égyptiennes, l’enjeu sera de savoir si cette nouvelle étape logistique réduit vraiment les délais et les coûts, au-delà de l’ouverture d’une infrastructure supplémentaire.

Un maillon terrestre près des activités d’Alexandrie

Le port sec d’Al-Amriya a été inauguré le 14 octobre 2026 dans le gouvernorat d’Alexandrie, au nord de l’Égypte. L’équipement couvre 146 000 mètres carrés. Son coût annoncé s’élève à 700 millions de livres égyptiennes. Le ministre des Transports, Kamel El-Wazir, a participé à son inauguration, selon le ministère et l’agence publique d’information égyptienne. Le ministère égyptien des Transports détaille l’ouverture du port sec d’Al-Amriya. Les informations essentielles sur la date, la superficie et le montant ont également été rapportées par Ahram Online.

Un port sec est une plateforme intérieure où peuvent se dérouler des opérations de manutention, de stockage et d’expédition liées au fret maritime. L’objectif est de déplacer une partie du travail effectué sur les quais vers un site connecté aux réseaux de transport. À Al-Amriya, la proximité du port d’Alexandrie et des liaisons ferroviaires conventionnelles doit faciliter cette circulation. Le site se trouve aussi près du premier axe du réseau de train électrique à grande vitesse, indique le ministère.

Cette organisation peut desserrer la pression sur les terminaux maritimes et les routes environnantes. Mais elle ne garantit pas, à elle seule, des livraisons plus rapides. Les résultats dépendront des horaires de trains, des capacités de raccordement, des formalités douanières et de la coordination entre opérateurs ferroviaires, portuaires et logistiques. Pour les exportateurs, le bénéfice se mesurera surtout à la régularité des acheminements et au coût complet du transport.

Une stratégie nationale qui s’étend au-delà du Caire

Al-Amriya est le deuxième port sec égyptien, après celui de la ville du 6-Octobre, selon le ministère des Transports. Le gouvernement inscrit ces plateformes dans un projet plus vaste : relier les ports maritimes aux zones industrielles, agricoles et minières par des routes, des chemins de fer et des zones logistiques. L’annonce officielle évoque huit corridors logistiques intégrés et un programme national de ports secs et de zones logistiques. Le nombre d’infrastructures prévues varie selon les annonces gouvernementales et leurs étapes de planification ; il ne faut donc pas confondre projets annoncés, chantiers engagés et équipements déjà en service.

La démarche s’inscrit dans la trajectoire récente de l’Égypte, qui cherche à renforcer sa place dans le transport et le commerce de transit. Le pays dispose de ports méditerranéens et de la mer Rouge, ainsi que du canal de Suez, passage stratégique entre l’Asie et l’Europe. Cette géographie offre des possibilités, mais la compétitivité dépend aussi de la fluidité des opérations à terre. L’enjeu est de connecter les infrastructures entre elles, plutôt que de multiplier les équipements sans assurer leur continuité.

Le port sec de la ville du 10-Ramadan illustre cette expansion. En avril 2026, l’entreprise égyptienne EDECS et MEDLOG, branche logistique du groupe maritime MSC, ont annoncé un accord lié au projet. La plateforme annoncée couvre 189 000 mètres carrés. EDECS présente les contours du projet du 10-Ramadan ; Ahram Online a également rendu compte du partenariat. Ce développement associe donc acteurs nationaux et opérateur international, dans un secteur où les conditions d’exploitation compteront autant que les travaux de construction.

Les effets attendus ne seront pas les mêmes pour tous

Pour les industriels et les importateurs de la région d’Alexandrie, une plateforme proche des bassins d’activité peut simplifier les mouvements de marchandises. Les transporteurs routiers pourraient bénéficier d’une meilleure organisation des chargements, à condition que le transfert vers le rail soit fiable et économiquement intéressant. Les entreprises de taille modeste, elles, ne profiteront de gains que si les services sont accessibles et les tarifs transparents. Une infrastructure performante mais coûteuse ou peu connectée risque de réserver ses avantages aux plus grands opérateurs.

Les autorités égyptiennes présentent le recours au rail comme un moyen de limiter la congestion, les accidents et les émissions associés au transport routier. Ce sont des objectifs, non des résultats déjà démontrés pour Al-Amriya. Il faudra observer la part du fret effectivement transférée, la fréquence des liaisons et l’évolution des temps d’attente. La capacité du port sec à servir les activités locales, et pas seulement les flux de transit, sera également déterminante.

La question du pilotage mérite aussi attention. La plateforme a été réalisée pour la Compagnie nationale de réfrigération et d’approvisionnement, rattachée à l’Autorité des projets des forces armées, selon le ministère. Cette information éclaire la structure institutionnelle du projet ; elle ne permet pas, à elle seule, de conclure sur ses modalités futures d’accès ou de tarification. La transparence de l’exploitation et la place accordée aux différents usagers pèseront sur son utilité économique.

Un enjeu qui dépasse les frontières nationales

Pour l’Afrique du Nord et le continent, l’expérience égyptienne pose une question concrète : comment relier les ports, les voies ferrées et les zones de production pour réduire les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement ? L’Égypte n’appartient pas à l’Union du Maghreb arabe, mais ses liaisons avec la Méditerranée, la mer Rouge et les marchés africains lui donnent une portée régionale. La qualité de ses corridors peut compter pour les échanges entre l’Afrique et les marchés extérieurs, sans faire de l’Égypte un modèle automatiquement transposable à des pays dont les réseaux et les contraintes diffèrent.

La prochaine étape sera moins spectaculaire qu’une inauguration : mesurer l’usage réel de la plateforme et la régularité de ses connexions. Le ministère indique que d’autres projets sont en préparation ou en cours, notamment à l’est du Caire et à Borg El-Arab. Leur calendrier et leur mise en service devront être suivis séparément. Pour les entreprises et les usagers, le test décisif restera simple : les marchandises circuleront-elles plus vite et à un coût prévisible, entre les quais, les usines et les marchés ?