Une inflation annuelle contenue ne signifie pas que le panier coûte moins cher. Au Sénégal, les prix ont encore monté en septembre, surtout sur un mois, avec des hausses sensibles pour l’alimentation, l’électricité et les carburants. La moyenne nationale masque ainsi des dépenses qui pèsent différemment selon les ménages et les territoires.

Une moyenne annuelle calme, une hausse mensuelle marquée

L’Indice harmonisé des prix à la consommation (IHPC), qui suit le coût des biens et services achetés par les ménages, a progressé de 1 % entre septembre 2025 et septembre 2026. En août, cette hausse annuelle atteignait 1,2 %. Mais, d’un mois à l’autre, les prix ont augmenté de 1,1 % en septembre, selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), publiées le 9 octobre.

Le mouvement mensuel s’est concentré sur des postes essentiels. Les prix de l’alimentation et des boissons non alcoolisées ont crû de 2 %. Le logement, l’eau, l’électricité, le gaz et les combustibles ont augmenté de 1 %. Dans ce dernier ensemble, l’électricité a renchéri de 3,8 %. Les carburants ont, eux, progressé de 4,4 %. Ces chiffres coexistent avec une inflation annuelle modérée : ils décrivent des périodes différentes et ne doivent pas être confondus.

Les produits frais ont aussi connu des évolutions contrastées. Les légumes feuillus frais ont augmenté de 23,9 % en un mois, tandis que les agrumes ont baissé de 10,1 %. Ces variations peuvent rapidement se faire sentir dans les achats quotidiens, en particulier pour les foyers qui consacrent une grande part de leurs revenus à l’alimentation.

Sur un an, la hausse s’est également répartie de façon inégale. Les prix des produits d’origine locale ont progressé de 1,4 %, quand ceux des produits importés ont reculé de 0,2 %. Les services ont augmenté de 1,3 %. Les biens durables ont enregistré une hausse de 1,6 %, contre 0,8 % pour les biens non durables. L’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie et les produits frais afin de mieux observer la tendance générale, s’est établie à 1 %.

Le pouvoir d’achat se joue aussi hors des moyennes

La baisse du taux annuel ne garantit donc pas un allègement immédiat du budget familial. Un ménage qui achète davantage de légumes ou dépend du transport motorisé peut ressentir une pression plus forte que ne le suggère l’indice global. De même, une hausse des services ou de l’électricité touche les dépenses urbaines et rurales par des voies différentes. L’IHPC suit une moyenne nationale : il ne décrit pas à lui seul le panier propre à chaque foyer.

Cette distinction compte alors que plusieurs départements sénégalais traversent la période de soudure, entre l’épuisement des réserves et les prochaines récoltes. Le 6 août, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mouhamed Lo a annoncé la mobilisation de 7,2 milliards de francs CFA pour une assistance alimentaire, nutritionnelle et pastorale. Le plan prévoit notamment des transferts monétaires, des kits alimentaires et un appui au cheptel. L’Agence de presse sénégalaise et la Radiodiffusion télévision sénégalaise ont rapporté cette enveloppe et ses objectifs.

Cette aide répond à une urgence ciblée, tandis que les mesures sur les prix et les subventions cherchent à agir plus largement. Le gouvernement a notamment annoncé un ajustement des prix des carburants à compter du 15 août 2026. En septembre, l’exécutif a aussi mis en avant un meilleur ciblage des soutiens énergétiques et la reprise des bourses de sécurité familiale. Leur efficacité dépendra de la capacité à atteindre les ménages concernés et à limiter les écarts entre les décisions nationales et les réalités locales.

Une conjoncture suivie à l’échelle de l’UEMOA

Le Sénégal partage avec sept autres pays l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), un espace doté d’une monnaie commune et de règles de surveillance économique. L’inflation sénégalaise s’inscrit donc dans une dynamique régionale, même si les prix varient selon les pays et les produits. Le document budgétaire sénégalais pour 2026-2028 prévoit une inflation moyenne de 1,7 %, mesurée par le déflateur du produit intérieur brut. Cette mesure macroéconomique diffère de l’IHPC, qui suit les dépenses de consommation des ménages.

Le seuil de 3 % évoqué dans la surveillance multilatérale de l’UEMOA donne un repère commun, mais ne résume ni le coût de la vie ni la capacité des familles à absorber les hausses. Le 9 septembre, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a maintenu son principal taux directeur à 3 %. Ce taux influence les conditions auxquelles les banques se financent et, indirectement, le coût du crédit. Il ne fixe pas directement les prix alimentaires ou les tarifs appliqués aux ménages.

Pour les autorités, le défi est désormais double : préserver la stabilité des prix dans la durée et empêcher que des hausses ponctuelles sur les produits essentiels n’érodent les revenus disponibles. Pour les ménages, l’évolution des prix alimentaires, de l’électricité et du transport restera plus concrète que le seul chiffre annuel. La prochaine publication de l’IHPC, annoncée par l’ANSD pour le 10 novembre 2026, permettra de mesurer si la poussée mensuelle de septembre se prolonge.