Pour le Mozambique, un remboursement repoussé peut éviter une sortie de trésorerie immédiate. Il ne réduit pas, à lui seul, le montant dû. C’est cette distinction qui donne toute sa portée à l’accord conclu avec la Chine, alors que Maputo cherche aussi de nouveaux financements et des arrangements avec d’autres créanciers.
Un accord de calendrier, pas une annulation
Lundi 26 octobre, la ministre mozambicaine des Finances, Carla Loveira, et l’ambassadeur chinois, Zheng Xuan, ont signé à Maputo un accord-cadre pour réaménager certains remboursements. Le ministère indique qu’il s’inscrit dans la stratégie de gestion de la dette publique 2025-2029 et vise à mieux adapter les échéances aux capacités de l’État. Les instruments financiers nécessaires doivent encore être formalisés avec l’Exim Bank, la banque publique chinoise d’import-export. L’agence panafricaine APA rapporte les termes annoncés à Maputo.
Le montant concerné et le nouvel échéancier ne sont pas publics. L’accord ne constitue donc pas, à ce stade, une annulation de ces créances. Il s’ajoute à une mesure distincte annoncée en avril : Pékin avait alors effacé 204 millions de yuans de prêts sans intérêt arrivés à échéance en décembre 2024, selon le ministère mozambicain des Finances. Ce précédent montre qu’un allègement peut prendre plusieurs formes, mais les deux décisions ne doivent pas être confondues.
La Chine est le premier créancier bilatéral du pays. Les données officielles citées dans les comptes rendus récents évaluent la dette mozambicaine envers Pékin à environ 1,28 milliard de dollars à la fin juin, soit près de 15 % de la dette extérieure. Des chiffres qui situent l’importance de la relation, sans faire de la Chine l’unique explication des difficultés budgétaires.
Une pression qui dépasse la dette chinoise
Le Fonds monétaire international estime que la dette publique du Mozambique représentait environ 91 % du PIB à la fin de 2024 et juge sa trajectoire insoutenable sans mesures crédibles. Son analyse publiée en 2026 décrit aussi des arriérés de paiement et des conditions de financement difficiles. Le chiffre de 91 % concerne donc 2024, et non 2025, contrairement à certaines présentations initiales. L’analyse de viabilité de la dette du FMI détaille ces risques.
La crise actuelle s’inscrit dans une histoire plus longue. En 2016, la révélation de prêts garantis par l’État et non déclarés, dépassant deux milliards de dollars, a provoqué une crise de confiance et compliqué l’accès du pays aux financements extérieurs. Depuis, déficits, financements limités et retards de paiement pèsent sur les marges de l’État. Le FMI note que les contraintes budgétaires ont entraîné des réductions de dépenses, notamment pour les biens, les services et l’investissement public.
Le gouvernement veut également discuter avec d’autres créanciers bilatéraux. Parmi les pistes envisagées figure la conversion de créances en investissements : au lieu d’un remboursement classique, une partie des sommes serait orientée vers des projets convenus. Les modalités, les montants et les garde-fous de tels mécanismes restent à établir. Leur intérêt dépendra notamment de la transparence des accords et du choix des projets, ainsi que de leur effet réel sur les dépenses publiques.
Le FMI et les revenus du gaz, deux échéances incertaines
Maputo cherche en parallèle un programme financier avec le FMI. Une mission technique s’est rendue dans la capitale du 9 au 18 septembre 2026. À son terme, le Fonds a indiqué que les discussions sur les réformes nécessaires à un éventuel programme se poursuivraient. Il n’y a donc pas encore d’accord de financement. Les autorités évaluent par ailleurs à 528 millions de dollars leurs besoins supplémentaires de financement extérieur, selon les informations communiquées par le gouvernement et rapportées par la presse.
Ces négociations ont des conséquences très concrètes. Pour l’État, un rééchelonnement peut réduire la pression sur la trésorerie à court terme et préserver une capacité de dépense. Pour les entreprises qui attendent des paiements publics, les administrations locales et les ménages dépendant des services publics, le résultat se mesurera plutôt à la continuité des paiements et des investissements. Un délai gagné ne garantit pas que ces ressources seront effectivement consacrées aux besoins quotidiens.
Le gaz naturel est souvent présenté comme un futur levier de recettes, mais il ne règle pas les besoins immédiats. Le projet Mozambique LNG, dans la province de Cabo Delgado, a repris après son interruption liée à l’insécurité. Ses premières exportations sont attendues en 2029. Les recettes dépendront de la mise en œuvre du projet, de son calendrier et des retombées revenant à l’État ; elles ne peuvent donc être traitées comme des fonds déjà disponibles.
Un enjeu pour le Mozambique et la SADC
Le Mozambique appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des pays aux situations d’endettement et aux ressources très différentes. Le bulletin macroéconomique de l’organisation indique qu’en 2024 la dette publique mozambicaine atteignait 71,8 % du PIB selon sa série statistique. Ce chiffre n’est pas directement interchangeable avec l’estimation du FMI : les périodes, périmètres et méthodes de calcul diffèrent. La comparaison rappelle toutefois que la gestion de la dette s’inscrit aussi dans un environnement régional où plusieurs États affrontent des contraintes budgétaires. Le bulletin statistique de la SADC présente les données régionales.
La suite se jouera sur plusieurs fronts : la formalisation de l’accord avec l’Exim Bank, les discussions avec les autres créanciers et l’avancée des pourparlers avec le FMI. Pour Maputo, l’enjeu n’est pas seulement de repousser des échéances. Il est de gagner une marge budgétaire sans alourdir durablement la facture, tout en préservant les dépenses publiques dans une économie où les revenus gaziers restent à venir.