Pour le Mozambique, l’enjeu du gaz ne se mesure pas seulement aux cargaisons destinées aux marchés lointains. Il se joue aussi dans les tuyaux capables d’alimenter les usines voisines et, à terme, les besoins du marché national.
À Maputo, la compagnie publique Empresa Nacional de Hidrocarbonetos (ENH) cherche des partenaires pour relier deux pôles côtiers au corridor gazier vers l’Afrique du Sud. Le projet vise un objectif de long terme : mieux connecter les ressources mozambicaines aux consommateurs de la région, alors que les approvisionnements existants doivent évoluer.
Un nouveau raccordement entre Beira, Inhassoro et Secunda
Évaluée à environ 250 millions de dollars, l’infrastructure envisagée comprendrait des unités flottantes de stockage et de regazéification à Beira et Inhassoro. La regazéification transforme le gaz naturel liquéfié, transporté à basse température, en gaz utilisable dans un réseau. Un gazoduc d’environ 140 kilomètres relierait ces installations au réseau de ROMPCO.
Ce réseau achemine déjà du gaz mozambicain vers le complexe industriel de Secunda, en Afrique du Sud. La proposition de l’ENH s’inscrit donc dans un corridor existant, plutôt que dans un système d’exportation entièrement nouveau. L’entreprise discute avec des investisseurs potentiels, dont Sasol et ROMPCO, mais leur participation n’est pas confirmée.
Le 19 octobre, Rudencio Morais, président-directeur général de l’ENH, a indiqué que la compagnie souhaitait rendre les installations opérationnelles en 2030 ou 2031. Il a lié ce calendrier aux projets Mozambique LNG, Rovuma LNG et Coral North. Sasol a jugé prématuré de préciser la nature ou l’ampleur d’un éventuel investissement. ROMPCO n’avait pas commenté les discussions au moment des informations publiées.
Une dépendance régionale à réorganiser
Depuis plusieurs années, le gaz extrait des champs terrestres de Pande et Temane, au Mozambique, contribue à l’approvisionnement de l’industrie sud-africaine. Ces ressources sont exploitées par Sasol et leurs réserves devraient diminuer dans les prochaines années. Pretoria cherche donc à préparer d’autres sources, tandis que les Mozambicains veulent renforcer la valeur tirée de leurs ressources et de leurs infrastructures.
Le projet arrive dans un contexte régional où l’accès à une énergie fiable reste un défi pour les industries et les réseaux électriques. Il rejoint aussi les efforts sud-africains pour diversifier les approvisionnements : en mai 2026, l’autorité portuaire Transnet a signé un accord de 25 ans avec Ukwanda LNG pour développer un terminal de regazéification au port de Ngqura. Ce chantier distinct montre que les deux pays préparent de nouvelles voies d’approvisionnement, sans préjuger de leur future coordination.
À l’échelle institutionnelle, le Mozambique et l’Afrique du Sud sont membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale qui encourage la coopération économique. Les échanges énergétiques entre les deux pays s’inscrivent dans cette interdépendance : le Mozambique fournit du gaz, tandis que la demande industrielle sud-africaine peut soutenir des investissements dans les infrastructures transfrontalières.
Entre débouchés extérieurs et besoins mozambicains
La perspective d’un raccordement régional pose aussi la question de la répartition du gaz. Les grands projets du bassin de Rovuma, au nord du pays, sont largement tournés vers l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL). Une législation pétrolière entrée en vigueur en juin 2026 prévoit qu’au moins 25 % de la production de pétrole et de gaz, GNL compris, soient réservés au marché intérieur.
Cette règle ne garantit pas à elle seule que le gaz atteindra les ménages, les entreprises locales ou les centrales électriques. Il faut aussi des réseaux de distribution, des contrats d’approvisionnement et des infrastructures capables de desservir les régions concernées. Les bénéfices peuvent donc différer selon les acteurs : les industriels sud-africains recherchent la continuité de leurs approvisionnements, tandis que les entreprises et consommateurs mozambicains attendent des retombées concrètes dans leur propre économie.
ENH fait partie d’un groupe d’entreprises publiques auquel une concession exclusive de 30 ans a été accordée en 2025 pour développer et exploiter des infrastructures gazières au Mozambique. Cette responsabilité donne à l’État un rôle central dans le choix des partenaires et des usages. Elle rend aussi déterminants le financement, les conditions d’accès au réseau et les garanties d’approvisionnement intérieur.
Un calendrier encore conditionnel
Pour l’instant, l’investissement reste au stade des discussions. Le coût annoncé, le tracé envisagé et l’échéance de 2030 ou 2031 décrivent un projet à construire, pas une décision finale de financement. Les prochaines étapes dépendront de l’accord des partenaires, des études techniques et de la mise en place des installations prévues.
La portée dépasse les frontières mozambicaines : le projet pourrait contribuer à relier les ressources nationales à la demande de l’Afrique australe. Mais son intérêt se jugera également à sa capacité à soutenir les usages au Mozambique. C’est cet équilibre entre exportation, intégration régionale et approvisionnement local qui déterminera si le corridor devient un levier économique partagé ou principalement une voie de transit vers les marchés voisins.