Un minerai extrait au Ghana peut alimenter des usines ailleurs, tandis que les produits transformés reviennent sur les marchés africains. Accra veut inverser cette logique : le président John Dramani Mahama fixe à 2030 l’échéance pour cesser d’exporter les minerais à l’état brut.

Accra veut faire de l’extraction un levier industriel

Le calendrier a été annoncé le 19 octobre 2026, à Accra, lors de la conférence Mining in Motion. Le 21 octobre, Mahama a également défendu cette orientation au sommet Afrique du Financial Times, à Londres. Les annonces rapportées par l’agence ghanéenne GNA et Reuters convergent sur l’objectif, même si elles ont été formulées dans deux rendez-vous distincts.

Le projet vise notamment la bauxite, le manganèse, le fer, le lithium et les diamants. Le gouvernement prévoit une interdiction progressive, avec des règles et des échéances adaptées à chaque minerai. L’accès aux ressources pourrait ainsi s’accompagner d’obligations de transformation sur le territoire ghanéen.

La promesse ne se limite pas à traiter le minerai avant sa vente. Le président évoque une chaîne industrielle plus complète : raffinage, production de matériaux semi-finis et fabrication de produits destinés aux secteurs de la construction, des transports et des mines. Le gouvernement souhaite notamment moderniser la Volta Aluminium Company, entreprise publique qui transforme l’aluminium, et développer la sidérurgie.

Le Ghana a déjà restreint l’exportation de certaines ferrailles et de métaux non ferreux. Dans l’or, le pays veut aussi renforcer le raffinage local. À Londres, Mahama a déclaré qu’environ 70 % de l’or était déjà raffiné au Ghana et dit viser le traitement local de la totalité de la production. Ce chiffre est une estimation présidentielle rapportée par Reuters.

La transformation locale ne se décrète pas

Le défi est de construire les capacités qui rendraient cette politique viable. Une raffinerie ou une usine métallurgique exige de l’électricité fiable, des infrastructures, des financements et des travailleurs formés. Le président a reconnu ces besoins. Sans investissements concrets, une interdiction pourrait freiner les ventes sans créer les emplois industriels attendus.

Les coûts comptent aussi. Les installations locales doivent pouvoir transformer les minerais à des prix compétitifs, faute de quoi les projets pourraient rester dépendants de subventions publiques ou de partenaires étrangers. La question n’est donc pas seulement de savoir qui extrait les ressources, mais qui finance les usines, détient les technologies et conserve les bénéfices.

Les effets varieront selon les acteurs. Pour l’État et les entreprises ghanéennes, la transformation peut accroître les recettes et ouvrir de nouveaux débouchés. Pour les travailleurs, elle peut créer des emplois qualifiés, si la formation suit. Les communautés minières, elles, ne bénéficieront pas automatiquement de cette valeur ajoutée : les retombées dépendront aussi de l’emploi local, des revenus publics et de la gestion des impacts environnementaux.

Dans le cacao, autre pilier de l’économie, l’objectif est de transformer localement au moins la moitié des fèves. Mahama avait déjà évoqué une progression d’environ 25 % à 40 % en mai 2025. Une politique visant le seuil de 50 % doit entrer en vigueur à partir de la campagne 2026-2027, selon des informations de la GNA et de Citi Newsroom. Des petites entreprises ghanéennes du secteur ont toutefois signalé des obstacles très pratiques : accès au financement, coût des équipements importés et manque de clarté sur l’application des règles.

Un enjeu ghanéen, une question ouest-africaine

Cette stratégie s’inscrit dans un débat plus large sur la place des pays producteurs dans les chaînes de valeur mondiales. Le Ghana, dont la capitale est Accra, est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Pour que des usines locales trouvent des clients au-delà du marché national, l’accès aux marchés voisins, aux infrastructures de transport et à l’électricité régionale sera déterminant.

À l’échelle continentale, l’enjeu rejoint celui de la Zone de libre-échange continentale africaine, qui vise à faciliter les échanges entre pays africains. Mais transformer davantage au Ghana ne suffira pas si les produits finis se heurtent ensuite à des coûts logistiques ou à des barrières commerciales. Une coordination avec les pays voisins pourrait aussi éviter que chaque État développe seul des installations coûteuses pour des marchés trop étroits.

Le gouvernement présente donc une feuille de route, pas encore la preuve d’une transformation industrielle accomplie. Les prochaines étapes seront décisives : textes de loi, calendrier propre à chaque minerai, investissements dans les usines et garanties pour les communautés concernées. D’ici à 2030, la mesure de réussite ne sera pas seulement la baisse des exportations brutes, mais la capacité du Ghana à produire localement, à vendre dans la région et à distribuer les bénéfices de cette activité.

Sources consultées : Ghana News Agency sur l’objectif minier fixé à 2030, Reuters sur les déclarations de Mahama à Londres, GNA sur la transformation locale du cacao et Citi Newsroom sur les capacités et contraintes des transformateurs ghanéens.