Le Ghana vend davantage de produits agroalimentaires à l’Union européenne qu’il n’en achète. Mais ce solde favorable repose encore largement sur le cacao. Pour Accra, l’enjeu n’est donc plus seulement d’exporter. Il consiste aussi à transformer davantage sur place et à rester compétitif face à des règles européennes de plus en plus précises.

Un excédent commercial porté par le cacao

Les exportations ghanéennes de produits agricoles et alimentaires vers l’Union européenne auraient atteint 2,91 milliards d’euros en 2025, contre 1,73 milliard d’euros en 2024. Cette progression représente une hausse de 68,7 %, selon les données de la Commission européenne reprises dans la matière commerciale disponible.

Le cacao concentre toutefois l’essentiel de cette performance. Les fèves, le beurre, la pâte et les préparations à base de cacao auraient représenté environ 2,63 milliards d’euros en 2025. Cela signifie que plus de neuf euros sur dix exportés vers l’Union européenne provenaient de cette filière.

Les fruits à coque, les noix, les huiles et les graisses végétales occupent une place plus réduite. Cette structure montre la force du Ghana sur le marché du cacao. Elle souligne aussi la vulnérabilité d’une relation commerciale trop dépendante d’une seule chaîne de valeur.

Le pays dispose pourtant d’autres atouts. Son secteur agricole comprend notamment l’ananas, la mangue, la banane, l’huile de palme, le caoutchouc et plusieurs produits transformés. L’enjeu est de relier ces productions aux marchés européens sans affaiblir l’approvisionnement intérieur ni les revenus des producteurs.

Accra veut passer du commerce aux partenariats

Cette évolution sera au cœur de l’EU-Ghana Agribusiness Exhibition & Forum, prévu les 28 et 29 octobre 2026 à Accra. La rencontre doit réunir des entreprises ghanéennes et européennes autour des échanges, de l’investissement et des partenariats agroalimentaires. Elle est annoncée sous le thème « Where Europe Meets Ghana » par le Ghana Netherlands Business & Culture Council, qui soutient l’organisation avec EuroCham Ghana et d’autres partenaires.

Le choix d’Accra n’est pas anodin. La capitale concentre les administrations, les services financiers, les entreprises exportatrices et une partie des infrastructures logistiques du pays. Toutefois, la réussite d’une stratégie agroalimentaire se jouera aussi dans les régions productrices, loin des bureaux et des salons professionnels.

Pour les coopératives et les petites entreprises, l’accès au financement reste déterminant. Il faut également améliorer le stockage, la chaîne du froid, la certification et la régularité des volumes. Sans ces capacités, les producteurs peuvent vendre une matière première de qualité sans capter une part suffisante de sa valeur.

Le gouvernement ghanéen cherche depuis plusieurs années à renforcer la transformation locale. Cette orientation répond à un problème structurel : les recettes d’exportation peuvent progresser sans que la transformation industrielle, l’emploi qualifié et les revenus ruraux augmentent au même rythme.

Un commerce déséquilibré, mais dans les deux sens

Les importations agroalimentaires européennes au Ghana auraient atteint 775 millions d’euros en 2025, contre 684 millions d’euros en 2024. Elles restent donc inférieures aux exportations ghanéennes vers l’Union européenne.

La relation n’est cependant pas limitée à l’achat de cacao. Les produits d’origine animale ont constitué le premier poste des exportations européennes vers le Ghana, avec 337 millions d’euros, soit 43,5 % du total. La volaille et les œufs auraient représenté 185 millions d’euros. Les produits laitiers auraient atteint 80 millions d’euros, devant le bœuf et le veau, à 45 millions d’euros.

Les produits végétaux et les cultures arables ont totalisé 182 millions d’euros. Les boissons, les vins et les préparations alimentaires ont représenté 163 millions d’euros. Cette composition pèse sur les entreprises locales qui évoluent déjà dans un environnement marqué par les coûts de transport, les fluctuations du cedi et les difficultés d’accès aux intrants.

Pour les consommateurs ghanéens, l’effet varie selon les produits et les territoires. Les importations peuvent soutenir l’offre dans les villes, notamment à Accra et Kumasi. Elles peuvent aussi accentuer la concurrence pour les producteurs locaux lorsque les prix internationaux baissent ou lorsque les produits importés bénéficient d’économies d’échelle.

Les normes européennes deviennent un enjeu commercial

Le prochain défi concerne la conformité. Le règlement européen sur les produits liés à la déforestation, connu sous le sigle EUDR, couvre notamment le cacao, le café, le caoutchouc, l’huile de palme, le soja, le bois et le bétail. Il impose de démontrer que les produits ne proviennent pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020.

Le texte doit commencer à s’appliquer le 30 décembre 2026 aux grandes et moyennes entreprises. La plupart des microentreprises et petites entreprises bénéficieront d’un délai supplémentaire jusqu’au 30 juin 2027. Les opérateurs devront notamment renforcer la traçabilité des parcelles, la collecte des données et les déclarations de diligence.

Pour la filière cacao, cette obligation peut accélérer la formalisation des chaînes d’approvisionnement. Elle peut aussi créer des coûts importants pour les petits producteurs et les coopératives. Le résultat dépendra donc de l’accompagnement fourni par les autorités ghanéennes, les acheteurs et les partenaires techniques.

D’autres règles entreront également en compte. Le règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages, appliqué progressivement à partir du 12 août 2026, renforce les exigences de recyclabilité, de réduction des emballages et de réemploi. À partir du 14 décembre 2027, le règlement européen sur le travail forcé interdira la commercialisation de produits fabriqués avec du travail forcé.

Le prochain test sera celui de la valeur ajoutée

Pour le Ghana, la relation avec l’Union européenne offre une base solide. Elle ne garantit toutefois pas une montée en gamme automatique. Le pays devra investir dans la transformation du cacao, la qualité sanitaire, les données agricoles et les infrastructures reliant les zones de production aux ports.

La question concerne aussi la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO. Une entreprise ghanéenne mieux intégrée dans les chaînes européennes peut devenir un fournisseur régional. À l’inverse, des normes complexes et des coûts élevés peuvent écarter les petites structures et limiter les bénéfices à quelques exportateurs.

À l’échelle continentale, le dossier illustre un enjeu central de la Zone de libre-échange continentale africaine : vendre davantage de produits transformés, plutôt que d’expédier principalement des matières premières. Les discussions d’octobre 2026 à Accra permettront de mesurer si les partenariats annoncés répondent réellement à cette ambition.