Sortir de la surveillance renforcée du Groupe d’action financière (GAFI) est une étape importante pour Abidjan et Kinshasa. Mais cette décision ne suffit pas à effacer les contrôles que des banques européennes appliquent encore aux opérations liées à la Côte d’Ivoire et à la République démocratique du Congo (RDC).
Le décalage tient à la coexistence de deux dispositifs distincts. Le retrait décidé par le GAFI reconnaît les progrès accomplis dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. La liste de l’Union européenne, elle, suit sa propre procédure. Pour les entreprises, les banques et leurs clients, la différence est concrète : une avancée diplomatique ne signifie pas encore la fin des vérifications renforcées.
Deux pays, deux parcours de réforme
La décision a été prise le 30 octobre 2026, à l’issue de la réunion plénière du GAFI tenue à Paris. L’organisme a retiré quatre juridictions de sa liste de surveillance renforcée : la Côte d’Ivoire, la RDC, la Bulgarie et Monaco. Les deux pays africains figuraient sur cette liste depuis, respectivement, octobre 2024 et octobre 2022.
Cette « liste grise » concerne des pays qui se sont engagés à corriger des lacunes stratégiques dans leurs dispositifs financiers. Elle implique un suivi renforcé et des comptes réguliers sur l’avancement des réformes. Le GAFI indique que les deux pays ont achevé leur plan d’action dans les délais convenus et que des visites sur place ont confirmé les progrès déclarés. Les conclusions de la réunion plénière du GAFI précisent aussi que les travaux se poursuivront avec les organismes régionaux compétents.
Pour la Côte d’Ivoire, le retrait clôt deux années de surveillance renforcée. Les mesures ont notamment porté sur la supervision des institutions financières, l’identification des bénéficiaires effectifs des entreprises et la coopération judiciaire internationale. Le gouvernement ivoirien a également mis en avant le renforcement des enquêtes et des poursuites. Ces éléments sont rapportés par la Cellule nationale de traitement des informations financières de Côte d’Ivoire, tandis que le GAFI confirme la clôture du plan d’action.
En RDC, le processus aura duré quatre ans. Les réformes ont notamment concerné l’adoption d’une stratégie nationale contre le blanchiment, les moyens de la cellule de renseignement financier et les capacités des services d’enquête. La Banque centrale du Congo a confirmé le retrait le 30 octobre. L’agence congolaise ACP et Radio Okapi ont également rapporté la décision ; Radio Okapi indique que le plan national comportait 23 mesures. Le communiqué de la Banque centrale du Congo confirme la décision officielle.
Le contrôle européen suit son propre calendrier
Le retrait de la liste du GAFI ne retire pas automatiquement un pays de la liste européenne des pays tiers à haut risque. La Commission européenne maintient la Côte d’Ivoire et la RDC sur cette liste, respectivement depuis le 5 août 2025 et le 16 mars 2023. Les deux classements répondent à des procédures différentes : Bruxelles doit prendre une décision distincte pour modifier sa propre liste.
Pour les banques et les autres acteurs assujettis dans l’Union européenne, la conséquence est une vigilance accrue sur certaines relations d’affaires et transactions impliquant ces pays. Cela peut se traduire par des demandes de justificatifs supplémentaires ou des vérifications plus poussées. Ce dispositif n’équivaut pas à une interdiction générale des échanges : il renforce les contrôles destinés à repérer les risques financiers. La liste de la Commission européenne et les obligations associées détaillent ces mesures.
Cette distinction peut peser différemment selon les acteurs. Les grandes entreprises et les banques disposent souvent de services spécialisés pour répondre aux demandes de conformité. Pour les petites sociétés, les prestataires de transfert ou les entreprises qui dépendent de règlements internationaux, les contrôles supplémentaires peuvent plutôt allonger les délais et augmenter les coûts administratifs. L’ampleur de ces effets dépend toutefois des opérations concernées et des pratiques de chaque établissement.
Un ancrage régional à consolider
La sortie de la liste grise ne signifie pas la fin du travail technique. La Côte d’Ivoire poursuivra sa coopération avec le GIABA, l’organisme intergouvernemental de lutte contre le blanchiment en Afrique de l’Ouest, lié à la CEDEAO. La RDC continuera de travailler avec le GABAC, qui couvre l’Afrique centrale, et le GABAOA, actif en Afrique orientale et australe. Le GAFI a explicitement indiqué que ces coopérations régionales devaient contribuer à préserver les améliorations obtenues.
Pour les autorités, l’enjeu est désormais de faire vivre les réformes au-delà de l’évaluation internationale : enquêtes suivies de poursuites, contrôle effectif des établissements financiers et coopération entre services nationaux. Pour les populations et les entreprises, la qualité d’application compte autant que l’adoption de règles. Un dispositif plus robuste peut aider à détecter les flux illicites ; il doit aussi rester praticable pour les activités économiques légitimes.
Le dossier européen constitue la prochaine échéance à surveiller pour Abidjan et Kinshasa. Leur retrait éventuel dépendra d’une décision de la Commission, et non d’une conséquence automatique de l’annonce du GAFI. Le cas rappelle que les pays africains peuvent progresser dans des cadres internationaux différents à des rythmes distincts. La portée économique de la décision du 30 octobre dépendra donc aussi de la manière dont les autorités européennes réviseront leur classement et dont les institutions nationales consolideront leurs acquis.