Un plan de coopération peut afficher des priorités ambitieuses sans disposer des moyens nécessaires pour les tenir. Au Cameroun, le nouveau cadre élaboré avec les Nations unies prévoit 860,5 milliards de FCFA d’interventions entre 2027 et 2031. À la signature, moins d’un quart des ressources était identifié.

Le point central n’est donc pas seulement le montant annoncé, mais la capacité à transformer des engagements programmés en financements effectivement mobilisés, puis en services et investissements accessibles aux Camerounais.

Un cadre national inscrit dans une stratégie régionale

Le document s’aligne sur la Stratégie nationale de développement du Cameroun à l’horizon 2030. Il fixe les domaines où le gouvernement et les agences des Nations unies entendent coordonner leurs programmes pour les cinq prochaines années. La coopération couvre notamment l’activité économique, les services sociaux, la gouvernance et la résilience environnementale.

Le cadre compte aussi à l’échelle de l’Afrique centrale. Le Cameroun appartient à la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, et partage avec ses voisins des enjeux d’énergie, de commerce, de mobilité et de climat. Les résultats dépendront toutefois de politiques et de capacités publiques nationales, au-delà des annonces régionales.

Les Nations unies présentent ces cadres comme leur instrument commun de planification par pays. Le précédent cycle, 2022-2026, réunissait 22 agences autour de plusieurs priorités de développement. Une évaluation publiée par l’organisation relève des progrès, mais aussi la nécessité de renforcer la cohérence des programmes et la redevabilité. Le nouveau dispositif devra donc montrer non seulement ce qui sera financé, mais aussi comment les résultats seront suivis.

Un financement identifié qui ne couvre qu’une partie du programme

Signé le 30 octobre 2026 à Yaoundé par le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, et le coordonnateur résident des Nations unies, Issa Sanogo, le cadre estime ses besoins à 860,5 milliards de FCFA. Les ressources identifiées atteignent 203,2 milliards. Il reste donc 657,3 milliards à rechercher, soit 76,4 % du budget prévu.

Les ressources recensées se répartissent entre 141,7 milliards de financements dits « core », ou de base, et 61,5 milliards de financements complémentaires. Ces montants ne signifient pas nécessairement que l’argent est déjà décaissé. Il s’agit de ressources identifiées pour la programmation, une distinction importante lorsqu’on évalue la capacité réelle à lancer les activités.

Les données budgétaires publiées par plusieurs médias camerounais convergent sur cette enveloppe et sur son taux de couverture. Le cadre officiel de coopération des Nations unies au Cameroun confirme, lui, les signataires, la période et l’alignement sur la stratégie nationale. Les chiffres doivent être lus comme des prévisions de programmation, et non comme un bilan de dépenses déjà réalisées.

Le déficit varie fortement selon les priorités. Le capital humain et la cohésion sociale concentrent la plus grande enveloppe : 427,6 milliards de FCFA, dont 111 milliards identifiés. Le manque atteint 316,6 milliards. Les objectifs annoncés pour 2031 incluent notamment 95 % d’accouchements assistés, 95 % de couverture vaccinale, l’achèvement du primaire pour tous et une protection sociale couvrant 40 % des personnes vulnérables. Ces cibles dépendront aussi de la disponibilité des personnels, des équipements et des services jusque dans les zones éloignées.

La transformation économique et la résilience climatique représentent 275,4 milliards de besoins, pour 43,2 milliards identifiés. Dans ce bloc, 21,7 milliards sont disponibles sur les 174 milliards prévus pour la diversification économique et l’emploi décent. La composante consacrée au climat et à l’énergie propre dispose de 21,5 milliards sur 101,5 milliards. Les programmes envisagés associent industrialisation, économies verte et bleue, adaptation climatique et accès à l’énergie.

Enfin, la gouvernance, la décentralisation et la paix disposent du meilleur taux de couverture, à 31,1 %, mais doivent encore trouver 108,6 milliards sur 157,5 milliards. Les interventions prévues portent sur la transparence, les finances publiques, l’efficacité des institutions et les liens entre aide humanitaire, développement et consolidation de la paix.

Le défi sera de convertir les annonces en effets concrets

Le programme s’applique à tout le territoire, avec une attention particulière à l’Extrême-Nord, au Nord, à l’Adamaoua, à l’Est, au Nord-Ouest et au Sud-Ouest. Il cible notamment les femmes, les jeunes, les enfants, les réfugiés, les personnes déplacées internes, les personnes handicapées et les peuples autochtones. Cette approche territoriale compte : les besoins et l’accès aux services ne sont pas les mêmes dans la capitale, les centres urbains secondaires et les zones rurales.

Pour réduire le déficit, Issa Sanogo a évoqué l’élargissement des partenariats avec les institutions de développement et le secteur privé, ainsi qu’un recours accru aux financements climatiques et innovants. Ces pistes peuvent diversifier les ressources, mais elles impliquent des négociations, des critères d’éligibilité et parfois des cofinancements. Leur contribution réelle dépendra des projets préparés et de la capacité des administrations à en assurer le suivi.

Le contraste avec le cycle précédent mérite également attention. Selon les estimations de programmation citées pour 2022-2026, les ressources alors identifiées représentaient 33,5 % des besoins, contre 23,6 % pour le nouveau cadre. L’enveloppe totale prévue augmente, mais la part initialement couverte diminue. Cette comparaison ne mesure ni les sommes finalement reçues ni les dépenses effectuées durant le cycle précédent ; elle signale plutôt un écart de financement plus important au démarrage.

Le prochain enjeu sera donc de rendre compte des fonds mobilisés, de leur répartition entre régions et de l’avancement des objectifs. Pour le Cameroun et ses partenaires, la crédibilité du cadre 2027-2031 se mesurera moins à son montant global qu’à la régularité des financements et aux améliorations observables dans les services publics et les possibilités d’emploi. En Afrique centrale, cette expérience offrira aussi un point de comparaison sur la manière dont les stratégies nationales et les partenariats internationaux peuvent être traduits en résultats vérifiables.