Produire davantage d’électricité chez soi ne signifie pas seulement construire une centrale. Pour la Namibie, cela peut réduire l’exposition aux achats régionaux, tout en renforçant les échanges d’énergie en Afrique australe. Le parc éolien Diaz, inauguré près de Lüderitz le 23 octobre, s’inscrit dans ce double enjeu.

Un projet côtier dans un système électrique régional

La Namibie dispose d’un potentiel solaire important et de vents réguliers sur sa côte méridionale. Pourtant, une partie majeure de son électricité provient encore de fournisseurs extérieurs. Selon la Namibia Statistics Agency, les importations ont représenté 65 % de l’approvisionnement électrique en août 2026. Des médias namibiens ont relayé ce chiffre à partir des données de l’agence.

Ces achats s’effectuent dans un cadre régional, et non dans un marché isolé. La Namibie participe au Southern African Power Pool (SAPP), le réseau d’échanges électriques associé à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Ce mécanisme permet aux pays connectés d’acheter ou de vendre de l’électricité selon leurs besoins. Il apporte une souplesse utile, mais ne garantit pas que l’offre régionale restera abondante lorsque plusieurs pays connaissent des tensions simultanément.

À Windhoek, le gouvernement et l’opérateur public NamPower cherchent donc à diversifier les sources d’approvisionnement. Le solaire et l’éolien complètent l’hydroélectricité, dont la production varie avec les conditions hydrologiques. L’objectif est d’augmenter la production nationale, sans confondre cette ambition avec une autonomie immédiate.

Diaz ajoute une capacité éolienne au réseau

Implanté dans le parc national de Tsau //Khaeb, près de Lüderitz, le projet Diaz comprend onze turbines. InnoVent, son développeur, annonce une capacité installée de 50 mégawatts (MW). La puissance prévue au point de raccordement au réseau est de 44 MW : les deux chiffres décrivent des étapes différentes entre l’équipement du parc et l’électricité injectable dans le réseau.

La production annuelle attendue est estimée entre environ 230 et 240 gigawattheures (GWh), selon les informations publiées autour du projet. Cette fourchette doit être comprise comme une prévision, et non comme un résultat déjà mesuré sur une année complète. InnoVent et des médias namibiens présentent cette production comme équivalant à près de 6 % de la consommation électrique du pays.

NamPower achètera l’électricité dans le cadre d’un contrat de longue durée, annoncé sur 25 ans. Ce type d’accord donne au producteur une visibilité sur ses revenus et permet à l’opérateur public de planifier une partie de son approvisionnement. Le financement annoncé en mai 2025 par Standard Bank s’élève à 1,9 milliard de dollars namibiens, dont 1,2 milliard sous forme de financement bancaire.

Le chantier a également mobilisé une solution d’installation adaptée aux vents du site. Des informations techniques sur le projet indiquent qu’un système de montage sans grue lourde a été utilisé pour certaines turbines. Cette méthode pourrait réduire la dépendance à des équipements spécialisés difficiles à acheminer et à utiliser dans des conditions venteuses. Elle ne supprime toutefois ni les besoins d’entretien ni les contraintes liées au raccordement.

La production locale ne règle pas seule la question de l’accès

Pour l’État et NamPower, une centrale supplémentaire diversifie le portefeuille énergétique et peut limiter une partie des achats extérieurs. Pour les entreprises, une offre plus prévisible est un enjeu de coûts et de continuité d’activité. À Lüderitz et dans la région de //Karas, les travaux et les contrats associés peuvent aussi générer une activité économique locale. Les informations publiques disponibles ne permettent cependant pas de quantifier ici les emplois durables créés ni la part exacte des retombées conservées dans la région.

Les ménages ne verront pas automatiquement leur facture baisser à l’ouverture d’un parc. Le prix final dépend aussi du coût d’achat de l’énergie, du transport, de la distribution et des règles tarifaires. De même, une centrale raccordée au réseau national ne répond pas à elle seule aux besoins des communautés éloignées ou mal desservies. La production, les lignes électriques et l’accès local doivent progresser ensemble.

Diaz complète les actifs renouvelables déjà développés par InnoVent et sa filiale InnoSun en Namibie. Mais le parc reste une pièce d’un effort plus large. NamPower a notamment engagé un programme portant sur six centrales solaires de 20 MW, soit 120 MW au total. Le projet de Naruchas, attribué à un consortium dirigé par JCM Power, en fait partie. Son attribution ne signifie pas encore que la centrale est construite ou qu’elle fournit déjà de l’électricité.

Un enjeu qui dépasse les frontières namibiennes

À l’échelle de la SADC, la progression de projets éoliens et solaires en Namibie peut contribuer à diversifier l’offre disponible dans un réseau où les pays échangent déjà de l’électricité. Les nouvelles capacités nationales peuvent renforcer la sécurité d’approvisionnement, mais leur effet régional dépendra des interconnexions, de la disponibilité des centrales et de la demande des pays voisins.

Le chiffre de 65 % d’importations en août rappelle l’ampleur du défi, même si un mois ne suffit pas à décrire toute l’année. Les prochaines étapes seront déterminantes : fonctionnement régulier de Diaz, raccordement effectif des nouveaux projets solaires et capacité du réseau à acheminer l’électricité vers les centres de consommation. Pour la Namibie, l’enjeu est désormais de convertir ses ressources renouvelables en une offre fiable, accessible et utile au développement national, tout en restant un partenaire actif du marché électrique d’Afrique australe.