Pour les mines de la Copperbelt congolaise, le cuivre ne suffit pas : il faut aussi une alimentation électrique régulière. Une nouvelle ligne entre la Zambie et la République démocratique du Congo (RDC) pourrait renforcer cette connexion. Mais l’accord signé en octobre 2026 ouvre encore une phase de financement et de préparation ; il ne signifie pas que le chantier est lancé.

Une infrastructure pensée à l’échelle de la Copperbelt

Le projet relierait Kalumbila, dans le nord-ouest de la Zambie, à Kolwezi, chef-lieu de la province congolaise du Lualaba. Cette région frontalière forme un même bassin minier autour du cuivre et du cobalt, mais ses réseaux électriques et ses besoins relèvent de deux États différents.

La Zambie et la RDC appartiennent au Pool énergétique d’Afrique australe (SAPP), un mécanisme régional qui relie les réseaux nationaux et permet des échanges d’électricité. Une interconnexion physique supplémentaire peut faciliter ces échanges. Elle ne garantit toutefois pas, à elle seule, que l’énergie sera disponible, abordable ou distribuée aux usagers qui en ont besoin.

Le projet Kalumbila-Kolwezi, ou KKIP, est développé depuis plusieurs années par EnPower. En mai 2025, le régulateur zambien avait approuvé le projet, selon des informations publiées à l’époque. Cette autorisation constituait une étape, et non un feu vert suffisant pour construire des deux côtés de la frontière. Le point sur l’autorisation zambienne du KKIP.

Un accord-cadre, pas encore un financement bouclé

Le 6 octobre 2026, le Fonds d’investissement stratégique de la RDC (FIS-RDC), EnPower, Gridworks et Trafigura ont signé à Kinshasa un mémorandum d’investissement. Le document prévoit une coopération pour financer, construire et exploiter la ligne. L’agence congolaise ACP et le FIS-RDC ont également rapporté cette signature. Le compte rendu de l’Agence congolaise de presse.

Les partenaires décrivent une ligne à haute tension d’environ 200 kilomètres, avec une capacité thermique annoncée de 700 mégawatts. Jusqu’à 550 MW pourraient être acheminés vers la Copperbelt congolaise. Ces deux chiffres ne désignent donc pas la même chose : le premier correspond à la capacité de la ligne, le second au volume maximal d’importation annoncé pour la RDC.

Le coût est estimé à 300 millions de dollars. Trafigura doit contribuer à l’organisation du financement par dette, tandis que Gridworks, EnPower et le FIS-RDC sont associés au projet. Les documents publics consultés ne précisent ni la répartition finale du capital ni les modalités complètes du prêt. Le bouclage financier reste une étape à franchir. Le FIS-RDC présente le mémorandum comme l’ouverture d’une phase d’instruction détaillée, et non comme une décision finale d’investissement. Les précisions du Fonds d’investissement stratégique de la RDC.

Cette distinction compte. Un accord entre partenaires fixe une direction et des responsabilités envisagées. Il ne prouve pas que les fonds sont réunis, que les autorisations nécessaires sont toutes obtenues ou que la construction peut commencer. Le calendrier et les conditions d’accès à l’électricité devront aussi être précisés avant que les effets promis puissent être évalués.

Des bénéfices attendus, mais pour quels usagers ?

Les promoteurs présentent la ligne comme une réponse à la demande des activités minières et industrielles du Lualaba. Une liaison supplémentaire pourrait diversifier les sources d’approvisionnement de cette zone et ouvrir aux producteurs zambiens une voie de vente vers la RDC. Elle renforcerait aussi les échanges régionaux, au-delà des seules relations commerciales entre les deux pays.

Le bénéfice immédiat le plus clairement annoncé vise cependant la Copperbelt et ses entreprises. Pour les ménages, les petites activités économiques et les services publics, l’effet dépendra des raccordements, de la distribution locale et des tarifs. Une ligne de transport traverse les territoires ; elle ne remplace pas les réseaux qui acheminent l’électricité jusqu’aux quartiers, aux commerces ou aux villages. Les informations rendues publiques ne détaillent pas encore comment les retombées seront réparties entre clients industriels et autres usagers.

La question est également pertinente pour la Zambie. Le pays pourrait gagner un débouché pour ses producteurs, mais l’électricité exportée doit s’inscrire dans un équilibre entre ventes transfrontalières et besoins nationaux. Le SAPP fournit un cadre pour les échanges, pas une réserve d’énergie automatiquement disponible. Les contrats d’achat, les capacités de production et l’état des réseaux détermineront ce qui pourra effectivement circuler.

Gridworks arrive sur ce dossier après le projet Amari en Ouganda. L’entreprise, détenue par British International Investment, a annoncé le bouclage financier de ce projet de 50 millions de dollars le 26 mars 2026. Amari concerne la modernisation de quatre postes électriques à haute tension, en partenariat avec la société publique ougandaise UETCL. Il montre qu’un montage privé de transport d’électricité peut franchir l’étape du financement ; il ne préjuge pas du résultat du KKIP, qui associe plusieurs partenaires et deux cadres réglementaires nationaux. Les détails du financement d’Amari en Ouganda.

Le prochain test sera celui de l’exécution

Le KKIP illustre l’intérêt croissant des investisseurs privés pour les lignes de transport, longtemps principalement portées par les opérateurs publics et les financements publics. Leur participation peut mobiliser de nouveaux capitaux. Elle rend aussi centrales les questions de régulation, de partage des risques, de tarification et de contrôle des engagements de long terme. Pour les autorités congolaises et zambiennes, l’enjeu sera de faire coïncider l’intérêt des investisseurs avec les priorités des réseaux nationaux.

À l’échelle régionale, une meilleure connexion entre les réseaux peut soutenir le commerce d’électricité au sein du SAPP. Mais l’intégration ne se mesure pas à la seule longueur d’une ligne : elle dépend aussi des règles d’échange, de la disponibilité de l’énergie et de la capacité des réseaux à absorber les flux. Le Pool énergétique d’Afrique australe organise ces échanges dans une région où les besoins des ménages, des industries et des mines peuvent entrer en concurrence.

La suite se jouera donc dans les détails encore attendus : financement définitivement bouclé, autorisations des deux pays, contrats de fourniture, calendrier des travaux et règles d’accès au réseau. Tant que ces éléments ne sont pas arrêtés, les 550 MW annoncés restent une capacité visée. Pour les habitants du Lualaba comme pour les entreprises zambiennes, la mesure concrète du projet sera l’électricité effectivement livrée, à quel prix et à quels usagers.