Une réforme conçue pour ouvrir davantage le Parlement zambien aux femmes, aux jeunes et aux personnes handicapées se heurte déjà à une question très concrète : que devient un siège quand un parti ne présente pas assez de candidats admissibles ? En Zambie, cette question a provoqué un différend sur huit sièges et sur la manière dont la nouvelle représentation proportionnelle est appliquée.

Une nouvelle règle, un premier test politique

La réforme constitutionnelle adoptée en 2025 a ajouté 40 sièges de représentation proportionnelle à l’Assemblée nationale : 20 réservés aux femmes, 15 aux jeunes et cinq aux personnes handicapées. Ils s’ajoutent aux sièges élus dans les circonscriptions. La répartition entre partis s’appuie sur les suffrages valides obtenus par leurs candidats à l’élection présidentielle.

La Zambie inaugure ainsi un système mixte : les électeurs choisissent des députés dans leur circonscription, tandis que des sièges réservés sont distribués à partir du vote présidentiel. L’objectif affiché est d’élargir l’accès à la représentation politique. Mais les règles de nomination et les délais deviennent déterminants pour les partis qui reçoivent ces sièges.

Le cadre légal précise le mécanisme. L’Electoral Process (Amendment) Act de 2026 prévoit notamment la soumission de listes de candidats après la répartition. Son article 36C fixe un délai de sept jours. Le texte prévoit aussi que les sièges non pourvus puissent être redistribués selon la formule légale.

Huit sièges au centre du désaccord

La Commission électorale de Zambie (ECZ) affirme que le National Reconciliation Party for Unity and Prosperity (NRPUP) n’a pas transmis une liste assez complète pour occuper tous les sièges qui lui revenaient initialement. Selon la commission, les sièges restés vacants ont donc été réattribués conformément à la loi, et non transférés arbitrairement au parti au pouvoir.

Le résultat validé attribue 32 sièges au United Party for National Development (UPND), dirigé par le président Hakainde Hichilema, et huit au NRPUP, dont Brian Mundubile était le candidat à la présidentielle. Des calculs publiés avant la validation finale estimaient que la formule donnerait plutôt 24 sièges à l’UPND et 16 au NRPUP. L’écart de huit sièges a nourri des accusations de manipulation, relayées notamment par l’ancien ambassadeur Emmanuel Mwamba.

La commission dit avoir organisé une réunion d’orientation avec les deux partis le 9 septembre, pour leur expliquer les règles et les échéances. Dans son communiqué du 11 octobre, signé par le directeur général des élections, Brown Kasaro, elle rejette les accusations qu’elle qualifie de « fausses et infondées ». Le NRPUP n’avait pas répondu à cette version au moment des informations disponibles.

Un média zambien a rapporté que l’ECZ avait validé 40 députés désignés, répartis entre les deux partis selon les chiffres contestés. Ce compte rendu recoupe le total final de 32 sièges pour l’UPND et huit pour le NRPUP. En revanche, les éléments accessibles ne permettent pas de vérifier indépendamment le contenu du communiqué du 11 octobre ni les échanges entre la commission et les partis. Les accusations et les explications de l’ECZ doivent donc rester attribuées à leurs auteurs.

La procédure compte autant que le calcul

Le débat porte sur deux étapes différentes. La première est le calcul du nombre de sièges attribués à chaque parti à partir du vote présidentiel. La seconde est la capacité de chaque formation à présenter, dans les délais, suffisamment de candidats remplissant les critères applicables aux catégories réservées. Une contestation du résultat ne peut être tranchée sans examiner ces deux étapes et les documents correspondants.

Pour les dirigeants des partis, une liste incomplète peut réduire directement le poids parlementaire de leur formation. Pour les personnes censées bénéficier des sièges réservés, l’enjeu est aussi de savoir si les postes sont effectivement pourvus par des candidats qualifiés. Et pour les électeurs, la confiance dans la nouvelle règle dépendra de la transparence des calculs, des listes déposées et des décisions de redistribution.

La différence avec un siège de circonscription est importante. Celui-ci revient à la personne élue localement. Les sièges proportionnels sont, eux, attribués à l’échelle nationale selon une formule légale, puis pourvus par des candidats désignés par les partis. Le dispositif vise des groupes sous-représentés, mais il laisse aux formations politiques une responsabilité décisive dans la sélection des personnes appelées à siéger.

Un enjeu de confiance au-delà de Lusaka

Cette première application intervient dans un contexte où les nouvelles règles électorales doivent démontrer leur lisibilité et leur équité. Le Parlement zambien ne se résume pas à la majorité gouvernementale : le partage des sièges influence aussi la capacité de l’opposition à examiner les lois et à demander des comptes à l’exécutif. Les huit sièges contestés ont donc une portée politique, même si leur attribution découle d’abord d’une procédure de nomination.

À l’échelle régionale, la question concerne aussi les pratiques démocratiques en Afrique australe. La Zambie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des États de la région. La manière dont ses institutions publient les calculs et règlent un différend électoral sera suivie au-delà de Lusaka, sans que cette controverse suffise à elle seule à établir une irrégularité.

La prochaine étape décisive sera la publication ou l’examen des éléments permettant de confronter les listes du NRPUP, les délais de dépôt et le calcul de redistribution. Tant que ces pièces ne sont pas rendues vérifiables et que le parti n’a pas exposé sa réponse, la version de l’ECZ constitue l’explication officielle, mais pas un recoupement indépendant de chaque détail contesté. Le test de la réforme se jouera autant dans l’application de la loi que dans la transparence apportée au désaccord.