À Nairobi, un conteneur débarqué à Mombasa ne rejoint pas toujours rapidement son destinataire. Le trajet vers l’intérieur du pays est une pièce essentielle de la chaîne commerciale kényane. Un nouveau train dédié à CMA CGM entend organiser une partie de ce parcours, mais son utilité dépendra de sa régularité et de la demande des chargeurs.
Un train hebdomadaire, d’abord pour les importations
Le 28 octobre 2026, CMA CGM a inauguré une liaison de fret entre le port de Mombasa et le terminal intérieur de conteneurs de Nairobi-Embakasi. Le train compte 54 wagons et peut transporter 108 EVP, soit l’équivalent de 108 conteneurs de vingt pieds. La compagnie prévoit un départ dédié par semaine au lancement.
La première phase concerne les conteneurs importés, acheminés depuis la côte vers Nairobi. L’entreprise évaluera ensuite la demande avant de décider si elle augmente la fréquence ou ajoute un trajet retour vers Mombasa. L’ouverture d’un service dans les deux sens n’est donc pas encore acquise.
Le projet associe CMA CGM, la Kenya Ports Authority (KPA), qui administre les ports, et Kenya Railways Corporation (KRC), l’opérateur ferroviaire public. Les responsables kényans des transports et des deux organismes étaient présents à l’inauguration, aux côtés de représentants de l’entreprise et de l’ambassadeur de France au Kenya.
Une nouvelle offre sur un corridor déjà desservi
La liaison s’inscrit dans une infrastructure existante. Le terminal d’Embakasi est déjà raccordé au port de Mombasa par le chemin de fer à écartement standard et par la ligne métrique. KPA décrit ces connexions comme un moyen de rapprocher les services portuaires des clients de l’intérieur. Le train de CMA CGM ne crée donc pas le lien ferroviaire : il ajoute une offre dédiée à un réseau de fret déjà en activité.
Cette distinction compte pour mesurer l’enjeu. Le nouvel opérateur doit trouver sa place dans un système utilisé par des importateurs, des exportateurs et d’autres transporteurs. Une capacité de 108 EVP par départ peut améliorer la coordination des marchandises de ses clients, mais elle ne dit pas, à elle seule, combien de camions seront retirés des routes ni quel sera l’effet sur les coûts.
Le port de Mombasa est aussi une porte d’entrée régionale. Le Corridor Nord relie la côte kényane aux marchés de l’Ouganda, du Rwanda, du Burundi, du Soudan du Sud et de l’est de la République démocratique du Congo. La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), qui rassemble des États de la région autour de projets d’intégration économique, fait de l’amélioration des transports un levier de circulation des biens.
La régularité, principal test économique
Pour les entreprises, l’intérêt d’un train dédié tient d’abord à la prévisibilité : coordonner l’arrivée d’un navire avec le transfert ferroviaire peut simplifier l’acheminement jusqu’à Embakasi. Les importateurs pourraient y gagner en visibilité sur leurs délais. Mais le service annoncé ne dessert pour l’instant que Nairobi. Les entreprises situées plus loin dans le pays ou dans les États voisins auront encore besoin d’un transport complémentaire par route ou par rail.
La question du retour est tout aussi importante. Si les wagons repartent sans chargement, la capacité est moins bien utilisée et les coûts logistiques peuvent rester élevés. La compagnie indique qu’elle étudiera cette possibilité après avoir évalué la demande. Pour l’heure, aucune fréquence accrue ni desserte régionale directe n’est confirmée.
Les bénéfices locaux dépendront également de l’organisation du dernier kilomètre entre le terminal, les entrepôts et les zones d’activité. Le rail peut réduire la pression sur certains axes routiers, mais il ne remplace pas les camions nécessaires aux livraisons finales. Les gains seront donc différents pour un grand importateur proche d’Embakasi et pour une petite entreprise éloignée des infrastructures ferroviaires.
Emploi, formation et promesse environnementale
CMA CGM présente cette liaison comme un prolongement de ses activités logistiques au Kenya. Le groupe indique aussi renouveler son partenariat avec la Bandari Maritime Academy, qui forme des professionnels du maritime et de la logistique. Ces initiatives peuvent renforcer les compétences locales, même si le communiqué ne précise pas le nombre de personnes formées ni les emplois directement associés au nouveau train.
La Fondation CMA CGM soutient par ailleurs le centre d’innovation I.O.Me001 de Mombasa, développé avec la Croix-Rouge kényane. Le groupe indique que le centre a réuni 15 institutions et plus de 1 200 étudiants en 2025. Ces chiffres sont rapportés par l’entreprise, qui annonce également sept conteneurs supplémentaires pour agrandir le site.
Lors de l’inauguration, les invités ont visité le CMA CGM PALMYRE, un navire propulsé au gaz naturel liquéfié. Cette visite illustre l’argument environnemental du groupe, mais ne suffit pas à établir le bilan climatique du service ferroviaire. Celui-ci dépendra notamment du taux de remplissage des trains, des trajets retour et des émissions comparées aux solutions routières utilisées pour les mêmes marchandises.
Pour le Kenya et ses voisins de l’EAC, l’enjeu est donc moins l’annonce d’un train supplémentaire que sa capacité à s’intégrer durablement aux flux existants. Le suivi de la fréquence réelle, du taux de chargement et de l’éventuelle mise en place d’un trajet retour permettra de juger si cette initiative apporte une amélioration concrète au Corridor Nord.