Quand les échanges d’un pays progressent, la question n’est pas seulement de savoir combien il vend et achète. Il faut aussi regarder ce qui circule, avec quels partenaires et quelle part de cette activité crée de la valeur sur place.

En Côte d’Ivoire, les échanges de marchandises ont fortement augmenté depuis 2018. Cette évolution accompagne la croissance des exportations agricoles et énergétiques, mais aussi les achats nécessaires aux investissements. Elle met en lumière un défi : transformer des volumes commerciaux croissants en bénéfices plus largement partagés par les entreprises et les travailleurs ivoiriens.

Une progression tirée par plusieurs filières

La note pays 2026 d’Afreximbank estime la valeur totale des échanges de marchandises à 57 milliards de dollars en 2025, contre 26 milliards en 2018. La banque prévoit un léger repli, à 56,3 milliards de dollars en 2026, puis une remontée à 58,7 milliards en 2027. Ces chiffres sont des estimations et des projections, non un bilan définitif des douanes.

Les ventes ivoiriennes reposent encore largement sur l’agriculture. Le cacao reste central, aux côtés de la noix de cajou et du caoutchouc naturel. L’or et les hydrocarbures élargissent progressivement la gamme des produits exportés. Cette évolution ne signifie pas que l’économie a déjà échappé à sa dépendance aux matières premières : les cours mondiaux et les récoltes continuent de peser sur les recettes.

Le pétrole ajoute toutefois un nouvel élément à cette trajectoire. Le champ offshore Baleine est entré en production en 2023 et contribue à la montée de la production nationale. Pour Calao, découvert en 2024, les annonces disponibles portent sur des ressources potentielles et des perspectives de développement ; elles ne doivent pas être confondues avec des volumes déjà produits ou exportés.

Les importations racontent aussi l’investissement

Les achats à l’étranger augmentent en parallèle. Selon les chiffres attribués à Afreximbank pour 2025, les produits chimiques et industriels ainsi que les carburants représentent 6,7 milliards de dollars d’importations. Viennent ensuite les machines et les produits manufacturés complexes. Une partie de ces biens répond aux besoins des chantiers et des entreprises, mais les importations de carburants et d’intrants exposent aussi l’économie aux prix extérieurs.

La Chine et le Nigeria figurent parmi les principaux fournisseurs cités pour 2025. Les données officielles ivoiriennes disponibles pour 2024 confirment déjà le poids de la Chine et du Nigeria dans les approvisionnements, même si elles ne portent pas sur la même année. Elles ne valident donc pas, à elles seules, les montants annoncés pour 2025.

La distinction compte : une hausse des échanges n’équivaut pas automatiquement à une amélioration du solde commercial ni à davantage de revenus pour les ménages. Les équipements importés peuvent soutenir les infrastructures et la production. En revanche, les entreprises locales doivent pouvoir accéder aux marchés, au financement et aux compétences pour capter une part plus importante de la valeur créée.

Le commerce régional, un enjeu concret

Les marchés africains représentent, selon l’estimation d’Afreximbank, environ 22 % des échanges de marchandises ivoiriens en 2025. Le Mali et le Burkina Faso sont les principales destinations africaines des exportations mentionnées dans la note. Le Nigeria, lui, occupe une place importante dans les approvisionnements, notamment en carburants et produits industriels.

Ces flux relient les ports et les entreprises de Côte d’Ivoire aux pays voisins, dont plusieurs n’ont pas d’accès direct à la mer. Ils dépendent donc des corridors routiers, des formalités douanières et de la fluidité aux frontières. Les délais et les coûts touchent les grands importateurs, mais aussi les PME, les transporteurs et les commerçants qui disposent de moins de marge pour absorber les retards.

Membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et de l’UEMOA, l’union monétaire et économique de huit pays utilisant le franc CFA, la Côte d’Ivoire est intégrée à plusieurs cadres régionaux. L’interconnexion douanière avec le Ghana, le guichet unique du commerce extérieur et la numérisation des procédures visent à simplifier les opérations. Leur efficacité dépendra de leur application réelle aux postes-frontières et de leur accessibilité pour les petites entreprises.

La prochaine étape : mieux répartir la valeur

La concentration des exportations sur les produits agricoles demeure un enjeu de fond. La transformation locale du cacao, de la noix de cajou et d’autres productions peut accroître la valeur retenue dans le pays, mais elle exige des capacités industrielles, de l’énergie, des débouchés et des financements. Le développement des hydrocarbures pose une question comparable : les recettes et les retombées dépendront des choix d’investissement, de la fiscalité et des liens établis avec les fournisseurs locaux.

Pour les producteurs, les chiffres nationaux ne disent pas à eux seuls comment les revenus se répartissent entre exploitations, coopératives, négociants et industriels. Pour les consommateurs et les entreprises, le coût des biens importés reste sensible aux prix mondiaux et aux conditions logistiques. Les effets de la croissance commerciale ne sont donc pas identiques dans les grandes villes, les zones de production et les régions reliées aux corridors d’exportation.

Le léger recul prévu pour 2026 doit être lu avec prudence : il s’agit d’une projection, susceptible d’évoluer avec les prix, les récoltes et les volumes d’importation. À l’échelle ouest-africaine, l’enjeu dépasse les performances d’un seul pays. Il porte sur la capacité à rendre les échanges régionaux plus fluides et à développer des chaînes de valeur où les pays producteurs transforment davantage leurs ressources. Les prochains résultats douaniers et l’avancement des réformes logistiques permettront de mesurer si la hausse des échanges se traduit aussi par une diversification plus solide.

Pour situer les données, consulter la base de données et les notes pays d’Afreximbank, le portail économique officiel ivoirien sur le commerce extérieur, les données commerciales de l’Organisation mondiale du commerce et les informations officielles sur les gisements Baleine et Calao.