Un tournoi continental, mais aussi un test de crédibilité

La bataille pour accueillir la Coupe d’Afrique des nations ne se joue jamais seulement sur une pelouse. Elle mesure aussi la capacité d’un pays, ou d’un groupe de pays, à tenir un calendrier, à garantir la sécurité et à offrir des infrastructures fiables. Dans le cas du Burkina Faso, du Mali et du Niger, la candidature envisagée pour la CAN 2032 dit autant leur ambition sportive que leur volonté d’exister autrement que par le prisme des crises sécuritaires. La CAF a ouvert, début juillet 2026, l’appel à candidatures pour les éditions 2028, 2032 et 2036, alors que la CAN 2027 se tiendra au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie du 19 juin au 17 juillet 2027.

Le dossier sahélien s’inscrit dans un contexte régional très particulier. Les trois pays ont formalisé en 2023 l’Alliance des États du Sahel, une coopération politique et sécuritaire née à Bamako et portée par les autorités de transition du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Cette alliance sert aujourd’hui de cadre à plusieurs démarches communes, bien au-delà du football. Dans le même temps, leur sortie de la CEDEAO a renforcé la lecture d’un espace sahélien en recomposition, avec de nouveaux équilibres diplomatiques, militaires et économiques.

Une déclaration d’intérêt, pas encore une candidature

À ce stade, il ne s’agit pas encore d’un dossier complet. Les fédérations du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont transmis une déclaration d’intérêt commune à la Confédération africaine de football. Une réunion autour du président de la CAF, Patrice Motsepe, s’est tenue à New York le 18 juillet 2026, en marge de la finale de la Coupe du monde 2026, avec les dirigeants des trois fédérations et le membre du Conseil de la FIFA Dibrilla Hima Hamidou, dit Colonel Pelé. La Fédération nigérienne de football a indiqué que le président de la CAF avait salué cette initiative de coopération régionale.

La procédure reste cependant stricte. La CAF rappelle que seules les associations membres peuvent soumettre une offre et que le processus d’attribution repose sur un cadre de sélection transparent, appuyé par des experts indépendants. Le règlement des stades de la CAF précise aussi qu’un site doit être inspecté et approuvé avant tout usage dans une compétition officielle. Sans stade homologué, une sélection nationale doit jouer ailleurs, dans une enceinte validée par la CAF. Autrement dit, l’intérêt politique ne suffit pas : il faut un dossier technique solide.

Le Burkina Faso et le Mali disposent déjà d’une expérience d’organisation. Le Burkina Faso a accueilli la CAN 1998 et le Mali celle de 2002. Le Niger, lui, n’a pas encore le même historique dans ce type de compétition. Mais l’ancienneté d’un passé d’hôte ne remplace pas l’état actuel des installations. La CAF exige des stades inspectés, des certificats de sécurité, des éclairages conformes et, au besoin, des approbations temporaires ou à un seul match.

Le nerf de la candidature : stades, hôtels, routes et sûreté

Le point le plus sensible reste l’écart entre l’ampleur d’une CAN à 24 équipes et les réalités du terrain. Une telle compétition ne demande pas seulement deux ou trois beaux stades. Elle suppose des hôtels en nombre suffisant, des aéroports capables d’absorber les flux, des routes praticables entre villes hôtes, des dispositifs médicaux et des plans de sécurité opérationnels. La CAF a montré, dans d’autres contextes africains récents, qu’elle pouvait retirer ou réorganiser un tournoi lorsque les garanties ne sont pas réunies.

Dans les trois pays sahéliens, l’enjeu sécuritaire pèse lourd. Le Mali subit depuis des années des attaques de groupes armés dans plusieurs zones du territoire. Le Burkina Faso et le Niger font face à des insurrections similaires, avec des effets directs sur les déplacements, l’économie locale et la vie quotidienne. Cette situation ne condamne pas mécaniquement une candidature, mais elle oblige à se poser une question simple : comment répartir des dizaines de milliers de supporters, de journalistes, de délégations et de forces de sécurité dans un espace où l’État ne contrôle pas partout son territoire ?

À cela s’ajoutent des contraintes matérielles plus discrètes, mais décisives. Les pénuries d’électricité, d’eau ou de carburant, quand elles sont massives ou récurrentes, compliquent l’organisation d’un tournoi international. Elles affectent les équipes, les bénévoles, les commerçants, les hôteliers et, plus largement, les villes qui devraient vivre au rythme de la compétition. Une CAN réussie doit irriguer l’économie formelle comme l’informelle. Sinon, elle reste un décor temporaire.

Ce que ce pari dit du Sahel et du football africain

Sur le plan politique, cette démarche envoie un signal clair : les autorités de l’AES veulent montrer qu’elles ne se réduisent pas à des transitions militaires ou à des fronts sécuritaires. Elles cherchent aussi des projets fédérateurs capables de produire de la visibilité, de la fierté et des retombées économiques. Le football offre cela mieux que bien d’autres secteurs, car il parle à la jeunesse, aux quartiers populaires, aux marchés et aux diasporas. Mais cette visibilité s’accompagne d’une exigence de résultat.

Patrice Motsepe a, de son côté, défendu une ligne de principe : le football doit se confronter à la réalité des pays, tout en rappelant que la démocratie, la liberté d’expression et des élections régulières restent non négociables. La CAF devra donc arbitrer entre deux logiques : l’ouverture à une candidature sahélienne porteuse d’intégration régionale, et la prudence imposée par les conditions de sûreté, de gouvernance et d’infrastructures. C’est une décision sportive, mais aussi institutionnelle.

Pour le continent, cette séquence comptera au-delà du seul Sahel. Elle dira si la CAF veut encourager des candidatures régionales dans des espaces fragiles, ou si elle privilégie encore les pays les mieux dotés en infrastructures et en stabilité. Le précédent de la CAN 2027 en Afrique de l’Est montre que les co-organisations restent possibles lorsque les États alignent leurs moyens et leurs calendriers. D’ici là, il faudra surveiller la suite du processus : la remise d’un dossier formel, l’évaluation technique des stades et, surtout, la capacité du trio sahélien à transformer une déclaration d’intérêt en projet crédible.