En avril 2022, son nom figurait sur une liste perdante. Quatre ans et demi plus tard, il siège au Comité exécutif de la Fédération ivoirienne de football. Entre les deux, Issouf Blaise Bamba a vendu du football à quarante-deux pays.

Deux listes, deux camps, quatre ans d’écart

Le 16 avril 2022, Sory Diabaté présente à l’hôtel Ivoire l’équipe avec laquelle il brigue la présidence de la FIF. Sur la liste « Pour la grandeur du football ivoirien » figure un nom : Issouf Blaise Bamba, présenté comme chef d’entreprise, dirigeant de club et ancien conseiller spécial du président de la FIF.

Une semaine plus tard, Diabaté perd à Yamoussoukro face à Yacine Idriss Diallo. L’écart est minuscule. Dans un entretien accordé l’année suivante, le vaincu raconte avoir réuni quarante clubs sur soixante-seize et s’être retrouvé à égalité au décompte des voix, avant de céder sur le vote des groupements d’intérêt. Sory Diabaté est mort en 2024, sans avoir retenté sa chance.

Le 10 août 2026, dernier jour du dépôt des candidatures, Yacine Idriss Diallo dépose à Treichville sa liste « Unie pour la FIF ». Parmi les entrants figure Issouf Bamba, aux côtés d’Abdoulaye Diallo, fils de l’ancien président Augustin Sidy Diallo, de Modeste Sangaré Bangaly, du colonel Mah Bon, de la journaliste Sylvie Touré et de François Youl Sansan. Quatre figures du mandat écoulé disparaissent : Cyrille Domoraud, Bonaventure Kalou, Christiane Ezoua et Malika Diakité Tanny.

Le mouvement n’a rien d’isolé. Malick Adam Tohé, premier vice-président et prétendant déclaré, a retiré son intention de candidature le 30 juillet, avant de devenir coordinateur de campagne du président sortant. En 2026, la FIF s’est unifiée avant de voter.

Le 12 septembre, la liste passe sans opposition. Yacine Idriss Diallo est réélu avec 123 voix sur 149 suffrages pondérés. Les quatre-vingt-neuf membres actifs ont tous pris part au vote, avec dix bulletins blancs et cinq nuls.

Ce que vend réellement PC Plus Group

Le métier d’Issouf Blaise Bamba ne se pratique pas dans les stades. Administrateur général de PC Plus Group Holding, il dirige un groupe ivoirien diversifié — bâtiment, agriculture, biomédical, technologies — dont une branche opère sur un marché peu visible du grand public : la revente des droits de diffusion. Sa biographie officielle lui attribue un MBA en management stratégique obtenu à l’ESG Bordeaux.

En septembre 2023, la FIFA lui notifie, au terme d’un appel d’offres international, la commercialisation des droits en clair des éliminatoires africains du Mondial 2026 dans quarante-deux pays subsahariens. L’opération est montée avec MMS, agence suisse de marketing sportif. Deux ans plus tard, le groupe participe à la distribution de la Coupe du monde des clubs sur le continent, aux côtés de DAZN et d’Iris Sport Media.

Ce métier consiste à acquérir un lot de droits auprès d’un détenteur, puis à le revendre chaîne par chaîne, pays par pays, en arbitrant entre diffusion gratuite et diffusion payante. Une fonction d’intermédiaire, invisible pour le spectateur, et pourtant déterminante : c’est elle qui décide qui verra quoi, et à quel prix.

Un club de Division 3, et pourquoi ça pèse

Son ancrage sportif est modeste. Il préside Les Séraphins FC, club engagé en Division 3, poule A, lors de la saison 2025-2026, aux côtés d’Ivoire Académie, du RC Koumassi et de l’US Bassam.

Modeste, mais pas négligeable. Le collège électoral de la FIF compte quatre-vingt-neuf membres actifs, dont quarante clubs de troisième division. Chaque voix de D3 vaut une unité, contre deux en Ligue 2 et trois en Ligue 1, pour un total de cent quarante-neuf voix. Le troisième échelon ne décide jamais seul. Aucune liste ne se construit sans lui.

Ce qu’il trouve en arrivant

Le nouveau Comité exécutif prend ses fonctions dans une séquence dense. Hervé Renard a été nommé sélectionneur des Éléphants le 4 août. Les éliminatoires de la CAN 2027 viennent de s’ouvrir, et la Côte d’Ivoire a lancé sa campagne face au Ghana, à Bouaké.

Surtout, la Confédération africaine de football a publié le 21 août son appel d’offres pour les droits médias de la CAN 2027 et de ses éliminatoires. Les droits en langue française sur les chaînes payantes n’entrent pas dans la procédure. Pour les diffuseurs francophones, la séquence rappelle la CAN 2025, où les télévisions gratuites du continent n’avaient obtenu qu’une partie des rencontres.

La FIF n’attribue pas les droits de la CAN : cette prérogative revient à la CAF. Mais elle vend son propre championnat et négocie ses accords de diffusion. Un exécutif fédéral comptant en son sein un opérateur du marché des droits est une configuration inédite en Côte d’Ivoire. Elle appellera des règles de prévention des conflits d’intérêts plus explicites que celles dont dispose aujourd’hui l’institution.

Le mandat court jusqu’en 2030. Il couvrira la CAN 2027 en Afrique de l’Est, les qualifications du Mondial 2030 et un cycle complet de renégociation des droits du football ivoirien. C’est sur ce terrain-là, davantage que sur les pelouses, que se jugera l’apport d’un profil comme le sien.