Dans l’espace UEMOA, les financements régionaux cherchent de plus en plus à répondre à plusieurs urgences en même temps : produire davantage, circuler plus vite et réduire la vulnérabilité énergétique. Réunie à Lomé, la Banque ouest-africaine de développement a approuvé une nouvelle série d’opérations destinées à soutenir ces priorités.
Une enveloppe qui cible les secteurs stratégiques
Le conseil d’administration de la BOAD a validé, le 24 septembre 2026, de nouvelles opérations pour un montant total de 157,5 milliards de francs CFA. La réunion s’est tenue sous format hybride, depuis Lomé, au Togo, sous la présidence de Serge Ekué.
La BOAD est l’institution commune de financement des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, l’UEMOA. Elle accompagne des projets publics et privés au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Guinée-Bissau, au Mali, au Niger, au Sénégal et au Togo.
Avec cette nouvelle approbation, le montant cumulé des financements accordés par la banque depuis sa création en 1973 atteint 10 991,6 milliards de francs CFA. Ce total mesure l’ampleur de son rôle dans les économies de l’Union, mais il ne préjuge pas, à lui seul, de l’exécution effective de chaque projet.
Le conseil a aussi arrêté les comptes intermédiaires de l’institution au 30 juin 2026. Il a donné un avis favorable sur l’état de recouvrement des créances sur prêts arrêté au 31 août 2026. Ces éléments relèvent du suivi financier de la banque et de sa capacité à préserver ses ressources dans un environnement régional marqué par les tensions budgétaires et les besoins élevés d’investissement.
De l’irrigation au transport : des projets ancrés dans les économies nationales
Au Togo, la troisième phase du programme d’appui à la mécanisation agricole et à l’irrigation doit permettre d’aménager 530 hectares et d’acquérir des équipements d’irrigation. L’objectif annoncé est une production annuelle supplémentaire d’au moins 100 000 tonnes de riz, avec des emplois ciblant notamment les jeunes et les femmes. Le financement approuvé s’élève à 45 milliards de francs CFA.
Ce projet intervient dans un secteur directement lié à la facture alimentaire des ménages et aux importations de céréales. Dans les zones rurales, l’accès à l’eau, aux équipements et aux marchés reste déterminant. La réussite dépendra donc autant des infrastructures financées que de leur entretien, de l’accès aux intrants et de la capacité des producteurs à vendre leur récolte dans de bonnes conditions.
En Guinée-Bissau, 30 milliards de francs CFA sont destinés à la première tranche de l’aménagement et du bitumage de la route Safim-Jugudul. Cet axe s’inscrit dans le corridor de la route nationale 1. Il doit améliorer la mobilité, renforcer la sécurité routière et faciliter la connexion entre les territoires.
Pour les populations situées hors de Bissau, une route praticable peut réduire les temps de trajet vers les marchés, les services administratifs et les centres de santé. Elle peut aussi soutenir les échanges agricoles. Toutefois, l’impact régional dépendra de la continuité des investissements sur l’ensemble des corridors et de leur articulation avec les ports et les postes frontaliers.
Au Burkina Faso, la BOAD a approuvé 10 milliards de francs CFA pour l’implantation d’une usine de production de ciment dans la zone industrielle de Kossodo, à Ouagadougou. La capacité visée atteint 285 000 tonnes par an. L’opération doit renforcer l’offre locale, créer des emplois et accroître la transformation des ressources sur place.
L’énergie au centre de la décision
Trois opérations concernent directement les hydrocarbures et la sécurité énergétique. Au Togo, 37 milliards de francs CFA doivent financer l’extension des capacités de stockage de produits pétroliers de la société Complexe pétrolier de Lomé. Le projet prévoit une augmentation de 170 000 mètres cubes.
La position du port de Lomé donne à cette opération une portée qui dépasse le marché togolais. Les capacités de stockage peuvent aussi servir les pays de l’hinterland, notamment lorsque les chaînes d’approvisionnement sont perturbées. Elles ne règlent cependant ni la question du prix des carburants ni celle de la transition vers des sources moins carbonées.
Au Bénin, 17,5 milliards de francs CFA sont consacrés à l’acquisition de participations et d’infrastructures énergétiques par Yattassaye & Company Energy Invest. Le portefeuille comprend notamment des dépôts de stockage de pétrole et de gaz, un quai pétrolier et un réseau de stations-service.
Au Mali, un prêt à court terme de 8 milliards de francs CFA doit aider la Société de transport du Karta à importer et commercialiser environ 20 000 mètres cubes d’hydrocarbures. Cette intervention vise à sécuriser l’approvisionnement national dans un pays enclavé, où les contraintes logistiques pèsent rapidement sur les transports, les activités commerciales et les services essentiels.
Le financement régional accompagne aussi le secteur privé
La BOAD a par ailleurs approuvé une ligne de refinancement de 10 milliards de francs CFA en faveur de COFINA Côte d’Ivoire. Elle doit soutenir les petites et moyennes entreprises, les projets verts et l’entrepreneuriat féminin.
Ce volet répond à une difficulté persistante dans l’UEMOA : les petites entreprises ont souvent besoin de crédits adaptés, mais disposent de garanties limitées et supportent des coûts de financement élevés. Le refinancement bancaire peut élargir l’offre. Son effet concret dépendra toutefois des conditions appliquées aux bénéficiaires finaux.
La banque a également approuvé plusieurs mécanismes de mobilisation de ressources. Le programme d’urgence « Djiguya 2026-2028 » reçoit 200 milliards de francs CFA pour aider les États de l’UEMOA à faire face aux chocs alimentaires et énergétiques. Un troisième concours de la Cassa Depositi e Prestiti, l’institution financière italienne de coopération, apporte 131,2 milliards de francs CFA pour des projets agricoles et agro-industriels.
La BOAD bénéficiera aussi d’une ligne de crédit de 131,2 milliards de francs CFA de la Banque africaine de développement pour financer les micro, petites et moyennes entreprises dans l’agriculture, la santé, l’éducation, l’énergie, le numérique et les services financiers. L’accent annoncé sur les jeunes et les femmes vise les acteurs souvent moins bien servis par le crédit classique.
Climat, énergies renouvelables et prochaine étape
Sur le front climatique, une ligne de crédit matricielle de l’Agence française de développement atteint 196,787 milliards de francs CFA, avec une subvention de 885,5 millions. Elle doit aider la BOAD à intégrer davantage les enjeux environnementaux dans sa transformation institutionnelle.
Une sixième ligne de crédit de la banque allemande KfW, d’un montant de 65,595 milliards de francs CFA, financera des projets solaires, des batteries et les infrastructures associées de stockage et de réseau. Cette orientation montre que la sécurité énergétique est désormais traitée avec deux leviers : sécuriser les approvisionnements à court terme et développer des capacités renouvelables.
La décision prise à Lomé illustre ainsi une stratégie à plusieurs niveaux. La BOAD finance des infrastructures nationales, soutient les entreprises et mobilise des ressources extérieures pour des programmes régionaux. Le prochain enjeu sera le passage des engagements approuvés aux chantiers livrés, aux emplois créés et aux services réellement accessibles dans les territoires de l’UEMOA.