À Douala, le futur Kempinski Shekinah Palace veut faire plus que compléter l’offre hôtelière haut de gamme. Le projet associe hébergement, bureaux, commerces et événements dans un même ensemble à Bonanjo, le principal quartier administratif et d’affaires de la capitale économique du Cameroun.
La première pierre a été posée le 25 septembre 2026, en présence du Premier ministre Joseph Dion Ngute, représentant le chef de l’État. Le chantier ouvre une nouvelle séquence pour All Luxury Suites Group, ou ALS Group, le promoteur camerounais dirigé par Rodolphe Simo Kam.
Un complexe immobilier conçu pour le tourisme d’affaires
Le programme doit s’étendre sur près de deux hectares. Il prévoit 214 chambres et suites exploitées sous l’enseigne Kempinski, ainsi que 35 appartements hôteliers destinés notamment aux séjours de longue durée.
Le projet comprend aussi environ 17 000 m² de bureaux, une salle polyvalente de 2 000 places, des espaces commerciaux, cinq restaurants, cinq bars, une galerie d’art et près de 600 places de stationnement. Cette combinaison distingue l’opération d’un hôtel classique.
Les revenus attendus ne dépendront donc pas uniquement du remplissage des chambres. Le promoteur mise également sur la location de bureaux, les appartements, la restauration, les commerces et l’organisation de conférences. Le pari consiste à créer un pôle capable d’accueillir simultanément voyageurs d’affaires, entreprises, délégations et organisateurs d’événements.
Kempinski Hotels doit assurer l’exploitation de l’établissement. La marque internationale apporte son réseau commercial et son savoir-faire hôtelier. En revanche, elle ne porte pas l’investissement immobilier. Celui-ci reste structuré par ALS Group et ses partenaires financiers.
Un montage financier encore à suivre
La valeur globale du programme est annoncée autour de 220 milliards de FCFA, soit environ 335 à 339 millions d’euros selon le périmètre retenu. L’écart entre ces montants s’explique par la présentation de différents éléments du montage, notamment les coûts de financement, les avantages fiscaux et douaniers ou les ressources complémentaires.
Le dossier financier fait apparaître une dette senior de 92,3 milliards de FCFA, équivalant à environ 140,7 millions d’euros. La Banque de développement des États de l’Afrique centrale, Afreximbank et BGFIBank figurent parmi les partenaires cités.
La BDEAC, institution financière de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, ou CEMAC, aurait approuvé un concours de 30 milliards de FCFA pour l’opération. BGFIBank Cameroun intervient, pour sa part, dans la structuration du financement. La banque a également préfinancé plus de 20 millions d’euros d’études techniques, soit plus de 13,1 milliards de FCFA, selon des déclarations du promoteur rapportées par Business in Cameroon.
La répartition définitive entre les différents prêteurs et le niveau exact des décaissements ne sont toutefois pas détaillés publiquement. Ce point sera déterminant pour mesurer l’état réel du bouclage financier.
Le montage prévoit aussi une importante contribution en fonds propres. Les éléments communiqués font état de 157,5 millions d’euros apportés par les associés, auxquels s’ajouteraient environ 41,2 millions d’euros provenant notamment de ventes immobilières et d’autres ressources du projet.
Un chantier préparé depuis plusieurs années
Le calendrier remonte à juin 2019, avec les premières études. Kempinski a été retenu comme opérateur hôtelier en août 2020. Le permis de construire a été obtenu en décembre 2022, avant la désignation de China Machinery Engineering Corporation, ou CMEC, pour réaliser les travaux en novembre 2025.
La durée annoncée est de 36 mois. Elle comprend 31 mois de construction et cinq mois consacrés à l’installation des équipements. L’ouverture commerciale est visée autour de septembre 2029, sous réserve du respect du calendrier et de la mobilisation complète des financements.
ALS Group avance environ 3 000 emplois pendant la construction. Le groupe évoque ensuite 4 000 emplois directs et indirects durant l’exploitation. Ces chiffres restent des projections du promoteur. Ils devront être vérifiés à mesure que le chantier avancera, puis lorsque les postes seront effectivement créés.
L’impact attendu ne se limitera pas aux emplois présents sur le site. Un complexe de cette taille peut soutenir les fournisseurs camerounais de matériaux, de services, de sécurité, de restauration et de maintenance. Il peut aussi renforcer la demande dans les transports, l’événementiel et les activités culturelles. Toutefois, la part réellement captée par les entreprises locales dépendra des contrats, des normes d’approvisionnement et des compétences disponibles.
Douala face au défi de la demande
Le projet arrive dans une ville où l’activité économique est concentrée autour du port, des sièges sociaux, des administrations et des grandes entreprises. Bonanjo offre donc un emplacement cohérent avec une stratégie orientée vers le voyage d’affaires et les conférences.
Mais l’ampleur de l’investissement impose un niveau élevé de fréquentation. L’hôtel devra attirer une clientèle régulière, tandis que les bureaux devront trouver des locataires capables de soutenir les charges d’un immobilier haut de gamme. Les commerces, les restaurants et la salle événementielle devront également générer une activité constante.
Le modèle intégré réduit la dépendance aux seules nuitées, mais il multiplie aussi les exigences opérationnelles. La réussite reposera sur la qualité des services, la régularité de l’électricité et de l’eau, l’accessibilité du quartier, la sécurité et la capacité de Douala à accueillir davantage de congrès régionaux.
Le projet intervient par ailleurs dans un environnement où d’autres établissements de standing sont présents ou annoncés. La concurrence ne se jouera donc pas uniquement sur le prestige de l’enseigne. Elle portera aussi sur les tarifs, la fiabilité des services, la programmation événementielle et l’ancrage dans l’économie locale.
Un enjeu pour l’Afrique centrale
À l’échelle régionale, le futur complexe s’inscrit dans les ambitions de diversification défendues par la CEMAC. Cette organisation réunit le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad. Elle cherche notamment à renforcer les échanges, les investissements et les services au sein de l’Afrique centrale.
Douala occupe une position particulière dans cet espace. Son port, ses liaisons aériennes, ses entreprises et ses fonctions financières en font une porte d’entrée pour les flux commerciaux et institutionnels. Un centre de conférences de 2 000 places pourrait accueillir des rencontres dépassant le cadre camerounais, à condition que les connexions régionales et les conditions d’accueil suivent.
La prochaine étape sera donc moins symbolique que financière et opérationnelle. Les observateurs suivront les décaissements, l’avancement des travaux, la commercialisation des bureaux et la confirmation du calendrier d’ouverture en 2029. Pour ALS Group comme pour Kempinski, le véritable test commencera lorsque le complexe devra transformer ses promesses d’investissement en activité durable à Douala.