À Bissau, un vote de plus sur fond d’État fragile

En Guinée-Bissau, chaque scrutin porte plus qu’une simple question technique. Il mesure aussi la capacité du pays à sortir d’un cycle où les institutions avancent par à-coups, entre coups d’État, dissolutions et transitions inachevées. Ce dimanche 30 août 2026, les Bissau-Guinéens ont voté à Bissau et dans le reste du pays sur une nouvelle Constitution susceptible de renforcer l’exécutif, au moment où la capitale reste sous forte surveillance sécuritaire.

Le contexte régional compte autant que le texte soumis au vote. La Guinée-Bissau reste engagée dans la trajectoire de retour à l’ordre constitutionnel attendue par la CEDEAO, alors que l’Union africaine a déjà condamné le coup d’État de novembre 2025 et suspendu le pays de ses travaux après la prise de pouvoir militaire. Dans une Afrique de l’Ouest déjà marquée par les transitions militaires au Sahel, Bissau est observée comme un test de plus pour la crédibilité des sorties de crise pilotées par les militaires.

Ce que prévoit la réforme

Le texte soumis au référendum vise à faire basculer le pays d’un système semi-parlementaire vers un système présidentiel. Concrètement, il donnerait au chef de l’État le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre et les membres du gouvernement, ainsi que de dissoudre le Parlement. Il prévoit aussi de réduire l’Assemblée nationale, de 102 à 65 sièges selon les arguments avancés par les autorités de transition.

Pour la junte, l’objectif affiché est la stabilité. Les autorités soutiennent qu’un exécutif plus clair limiterait les blocages entre le président et le Premier ministre, un conflit récurrent dans l’histoire politique bissau-guinéenne. Le général Tomás Djassi, chef d’état-major, a défendu cette ligne en expliquant qu’il fallait éviter la coexistence de “deux leaders” au sommet de l’État. Dans le même temps, le président de transition Horta N’Tam, installé après le coup d’État de novembre 2025, ne peut pas être candidat, selon la charte de transition.

L’opposition, elle, voit dans cette réforme un transfert de pouvoir mal encadré. Le PAIGC, principal parti historique du pays, a dénoncé un texte qui affaiblirait le gouvernement, réduirait le rôle du Parlement et marginaliserait la volonté exprimée dans les urnes. La Ligue bissau-guinéenne des droits de l’homme a également critiqué un processus mené sans vraie consultation publique, tandis que les partisans du “non” n’ont pas pu faire campagne librement, selon des déclarations relayées à Bissau.

Une participation correcte, mais un doute politique persiste

Dans l’immédiat, le signal le plus visible est celui de la participation. La Commission nationale électorale a indiqué que la mobilisation avait dépassé les 55 %, sans incident majeur susceptible de remettre en cause la crédibilité du scrutin. Les premiers résultats provisoires étaient attendus mardi. À Bissau, la journée a pourtant été marquée par une affluence irrégulière dans plusieurs bureaux, freinée par la pluie du matin et par l’appel au boycott lancé par l’opposition.

Cette situation dit beaucoup du rapport entre l’État et la population. Pour une partie des électeurs, la révision constitutionnelle peut ouvrir une séquence de clarification institutionnelle après des années de duels entre présidence, gouvernement et Parlement. Pour d’autres, elle ressemble surtout à une réforme conduite par le sommet, dans un pays où l’expérience démocratique reste souvent interrompue avant d’atteindre une stabilité durable. Dans les quartiers populaires de Bissau comme dans les zones rurales, la question n’est pas seulement celle du texte. Elle touche aussi la sécurité quotidienne, les revenus, l’accès aux services publics et la prévisibilité des règles du jeu politique.

Le référendum intervient moins d’un an après la prise de pouvoir militaire de novembre 2025, à la suite d’élections contestées où Umaro Sissoco Embaló et Fernando Dias avaient tous deux revendiqué la victoire. Depuis l’indépendance de 1973, la Guinée-Bissau a connu plusieurs coups d’État et tentatives de putsch. Ce passé pèse encore lourdement sur la vie politique, mais aussi sur l’économie formelle, les petites activités commerciales et la confiance des investisseurs.

Une séquence à suivre de près en Afrique de l’Ouest

La portée du vote dépasse donc largement la seule Guinée-Bissau. En Afrique de l’Ouest, la CEDEAO tente de défendre le retour à l’ordre constitutionnel alors que plusieurs pays de la région ont déjà connu des ruptures institutionnelles ces dernières années. Pour les voisins comme pour les partenaires africains, la question est simple : cette réforme prépare-t-elle une sortie de transition ou consolide-t-elle un nouveau centre de pouvoir né du coup d’État ?

Les prochaines étapes seront décisives. Si les résultats confirment le référendum, la Guinée-Bissau devra encore organiser les élections présidentielle et législatives annoncées pour le 6 décembre 2026. C’est là que se jouera l’essentiel : non seulement le retour annoncé des civils, mais aussi la capacité du pays à établir des règles stables, reconnues et acceptées au-delà du seul cercle de transition.