À Brazzaville comme à Pointe-Noire, la hausse des exportations améliore les comptes extérieurs du Congo. Elle ne règle toutefois pas la question centrale : comment transformer une performance portée par le pétrole en revenus plus stables, en emplois et en débouchés pour les entreprises congolaises ?
Un excédent commercial nettement renforcé
Au deuxième trimestre 2026, les exportations de marchandises du Congo ont atteint 1 463,290 milliards de francs CFA, soit environ 2,51 milliards de dollars. L’Institut national de la statistique (INS) fait état d’une progression de 54,06 % sur un an. Par rapport au premier trimestre 2026, la hausse atteint 37,14 %.
Dans le même temps, les importations se sont établies à 596,640 milliards de francs CFA. Elles ont augmenté de 6,24 % par rapport au trimestre précédent et de 5,90 % sur un an. Le rythme des achats à l’étranger reste donc largement inférieur à celui des ventes congolaises.
Cette évolution a porté l’excédent commercial à 866,650 milliards de francs CFA, soit près de 1,5 milliard de dollars. Selon les données publiées par l’Institut national de la statistique du Congo, cet excédent a progressé de 71,48 % en comparaison du trimestre précédent.
Un excédent commercial correspond à une situation où la valeur des exportations dépasse celle des importations. Il renforce les recettes en devises, mais son effet sur l’économie dépend de la manière dont ces ressources sont mobilisées et redistribuées.
Le pétrole reste le moteur presque exclusif
La composition des exportations explique l’ampleur de la progression. Le pétrole brut représente 95 % des ventes extérieures congolaises au deuxième trimestre. Le pays demeure donc très exposé aux volumes produits, aux prix internationaux et au calendrier des cargaisons.
Les autres produits exportés occupent une place beaucoup plus réduite. Il s’agit notamment du bois scié, du bois brut, du ciment ainsi que du gaz de pétrole et d’autres hydrocarbures gazeux.
Cette structure présente un avantage immédiat : lorsque les cours et les volumes sont favorables, les exportations peuvent augmenter rapidement. Elle comporte aussi une fragilité. Une baisse des prix du brut, un incident technique ou une diminution de la production peut réduire les recettes extérieures en quelques mois.
La progression enregistrée au deuxième trimestre ne signifie donc pas, à elle seule, une diversification de l’économie congolaise. Elle montre surtout la capacité du secteur extractif à tirer les échanges vers le haut. Pour les autres filières, l’enjeu reste de passer d’exportations ponctuelles à une offre régulière, transformée localement et mieux intégrée aux chaînes régionales.
La Chine confirme sa place dans les échanges
La Chine est demeurée la première destination des exportations congolaises pendant la période étudiée. Les Pays-Bas, la République de Corée et le Vietnam figurent ensuite parmi les principaux marchés.
Cette géographie reflète la place de l’Asie dans la demande mondiale d’hydrocarbures et de matières premières. Elle souligne aussi la concentration des débouchés congolais hors du continent africain. À court terme, ces marchés offrent des volumes importants. À moyen terme, le Congo devra cependant élargir sa base de clients pour réduire sa dépendance à quelques partenaires.
À l’importation, la Chine occupe également le premier rang, devant la France, la Belgique, le Brésil et l’Indonésie. Les achats portent notamment sur les viandes et abats comestibles, les tubes et tuyaux, les huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux, l’huile de palme et certains véhicules automobiles à usage spécial.
Cette liste révèle un double besoin. Le Congo importe des produits destinés à la consommation courante, mais aussi des équipements et des intrants nécessaires aux activités industrielles, aux transports et aux chantiers. L’excédent commercial ne doit donc pas masquer les besoins persistants de l’économie réelle, notamment pour l’alimentation, la logistique et la production manufacturière.
La modernisation des procédures devient un enjeu concret
La performance des échanges dépend aussi de la rapidité des formalités. Le Congo poursuit, dans ce cadre, la digitalisation du commerce extérieur à travers le Guichet unique des opérations transfrontalières, ou GUOT. Cet outil regroupe électroniquement les informations et les documents nécessaires aux opérations d’importation, d’exportation et de transit.
Le dispositif vise à réduire les délais, à améliorer la traçabilité et à limiter les démarches répétitives pour les opérateurs. Le GUOT présente ses plateformes électroniques comme un point d’entrée unique pour le traitement des procédures commerciales.
La réforme a également reçu un nouvel encadrement institutionnel. Le décret n° 2025-460 du 3 décembre 2025 a approuvé des statuts révisés du GUOT et abrogé les dispositions qui régissaient l’organisme depuis 2014. Le texte fixe notamment les missions liées à la facilitation du commerce extérieur, à la confiance numérique et à la production de statistiques sur les flux commerciaux.
Pour les grandes entreprises, la simplification des procédures peut réduire les coûts et les délais d’acheminement. Pour les petites sociétés, les commerçants et les acteurs de l’économie informelle, le résultat dépendra de l’accès réel aux plateformes, de la qualité de la connexion et de l’accompagnement administratif. La transformation numérique ne sera utile que si elle atteint aussi les opérateurs situés en dehors de Brazzaville et de Pointe-Noire.
La CEEAC et la ZLECAf comme prochains espaces de conquête
Le Congo s’inscrit dans l’espace de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, la CEEAC. Cette organisation réunit les pays de la sous-région autour de la coopération économique, des infrastructures et de la circulation des biens et des personnes. Pour les entreprises congolaises, cet environnement offre des débouchés plus proches que les marchés asiatiques, à condition de résoudre les difficultés liées aux routes, aux frontières, aux paiements et aux normes.
Le gouvernement veut également tirer parti de la Zone de libre-échange continentale africaine, ou ZLECAf. Cet accord vise à réduire progressivement les obstacles au commerce entre pays africains et à faciliter l’émergence de chaînes de valeur régionales.
Le ministère congolais chargé de la ZLECAf met en avant des outils destinés aux exportateurs, notamment des guides, des listes tarifaires et des documents d’accompagnement. Le gouvernement a par ailleurs annoncé que Brazzaville accueillera en 2028 la 22e réunion du Conseil des ministres de la ZLECAf.
Le prochain défi sera de convertir l’excédent actuel en capacité productive. Cela passe par davantage de transformation du bois, une offre agroalimentaire plus compétitive, des services logistiques efficaces et une meilleure connexion entre les producteurs congolais et les marchés de la CEEAC. Le pétrole peut financer cette transition. Il ne peut pas, à lui seul, en tenir lieu.