Pour une économie enclavée, transporter le cuivre, les récoltes et les biens courants jusqu’aux marchés dépend autant des rails que des routes. En Zambie, la question est désormais de faire passer plusieurs projets ferroviaires du calendrier politique aux chantiers, sans interrompre les liaisons qui fonctionnent déjà.
Une nomination liée à un défi logistique
Le président Hakainde Hichilema a nommé Charles Lubasi Milupi ministre des Transports et de la Logistique. Il a prêté serment le 29 octobre 2026 à State House, à Lusaka. La présidence lui a demandé d’accélérer les projets ferroviaires et les corridors économiques, selon son communiqué officiel. La nomination est également enregistrée par l’Assemblée nationale zambienne.
Milupi connaît déjà les rouages du gouvernement : il a dirigé le ministère des Infrastructures, du Logement et du Développement urbain. Ingénieur diplômé de l’University College Cardiff, il a aussi siégé au conseil d’administration de Copperbelt Energy Corporation. Élu député de Luena en 2006, puis réélu en 2010, il est revenu au Parlement comme député désigné en 2021.
La feuille de route annoncée concerne trois axes : la liaison ferroviaire du corridor de Lobito, la remise à niveau de TAZARA — le chemin de fer reliant la Tanzanie à la Zambie — et la réhabilitation de Zambia Railways, le réseau national. L’enjeu affiché est d’augmenter le fret sur rail et de réduire la pression sur les routes.
Un réseau d’exportation très dépendant de la route
Les données disponibles confirment le déséquilibre, avec une nuance sur la période. Pour janvier-juillet 2026, l’Agence zambienne de la statistique indique que la route a transporté 79,7 % du volume des exportations, contre 0,3 % pour le rail. Ces chiffres portent sur les sept premiers mois, et non sur janvier-août comme l’indique le résumé initial.
Cette concentration rend les flux commerciaux vulnérables aux coûts et aux contraintes du transport routier. Un réseau ferroviaire fiable pourrait offrir une capacité supplémentaire aux mines et aux producteurs agricoles. Mais l’effet sur les prix, l’emploi ou les revenus des régions dépendra des tarifs, de la fréquence des trains et de la desserte effective des zones de production. La nomination ne règle pas, à elle seule, ces questions.
Lobito et TAZARA : deux ouvertures, deux horizons
Le projet de liaison Zambie-Angola est entré dans une nouvelle étape le 27 octobre. L’Africa Finance Corporation, développeur du projet, a sélectionné des consortiums privilégiés pour construire les sections zambienne et angolaise de la ligne nouvelle, longue d’environ 830 kilomètres. Les négociations contractuelles doivent commencer en novembre 2026 et pourraient durer huit à douze semaines. La sélection ne signifie donc pas que les travaux ont commencé : les accords restent à conclure.
La ligne doit relier le Copperbelt zambien au réseau de Benguela et au port angolais de Lobito, sur l’Atlantique. Elle pourrait ouvrir une voie supplémentaire aux minerais, aux produits agricoles et aux échanges régionaux. Sa portée dépendra aussi des infrastructures de raccordement, des procédures frontalières et de la capacité à développer davantage de transformation locale, plutôt que de faciliter uniquement l’exportation de matières premières.
TAZARA répond à une logique différente : restaurer une liaison ancienne vers Dar es Salaam, sur l’océan Indien. Les gouvernements tanzanien et zambien ont engagé une concession de modernisation, tandis que l’autorité ferroviaire prévoit une période de transition opérationnelle. Son budget 2026-2027 prévoit 20,45 millions de dollars de subventions publiques. Ce montant souligne le coût du maintien des services pendant la réhabilitation. Les projections de fret à moyen terme restent des objectifs, pas des résultats acquis.
La coordination régionale sera déterminante
Ces projets s’inscrivent dans la stratégie de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, qui cherche à mieux relier ses corridors commerciaux. En janvier 2026, la Zambie a signé au secrétariat de la SADC des accords concernant le corridor Nord-Sud et le corridor de Beira. Ce dernier peut compléter les connexions vers Lobito et offrir des débouchés sur les façades atlantique et indienne.
Pour les entreprises minières, des liaisons fiables peuvent faciliter l’acheminement de volumes importants. Pour les agriculteurs et les opérateurs de plus petite taille, les bénéfices dépendront de l’accès aux terminaux, des coûts de manutention et de la desserte hors des grands axes. Les villes de Lusaka et du Copperbelt ne sont donc pas les seules concernées : les zones rurales auront besoin de raccordements et de services adaptés pour profiter du réseau.
Le mandat de Milupi se jouera sur l’exécution : finaliser les contrats du corridor de Lobito, coordonner les travaux sur TAZARA et Zambia Railways, et publier des étapes mesurables. Pour la Zambie et ses partenaires de la SADC, le test sera de transformer ces corridors en réseaux utiles au commerce régional et à l’économie intérieure, tout en assurant la continuité des services pendant les chantiers.