Pour les mines de cuivre du nord-ouest zambien, l’électricité n’est plus seulement un coût de production : c’est une condition de continuité. La centrale solaire Kusoka, annoncée à 112 MWp, illustre la place croissante des producteurs privés dans la réponse à cette question. Mais elle rappelle aussi un enjeu national : faire en sorte que les nouvelles capacités renforcent le système électrique au-delà des seuls grands consommateurs.
Une dépendance hydroélectrique mise à l’épreuve
La Zambie a subi de longues pénuries d’électricité après la sécheresse de 2024. Le pays dépend fortement de l’hydroélectricité, dont la production a été réduite par le manque d’eau. La Banque mondiale estime que la sécheresse a diminué d’environ un tiers la puissance disponible. Les coupures ont touché les ménages et les entreprises, tandis que les petites activités, moins bien équipées pour absorber les interruptions, ont dû composer avec une alimentation irrégulière.
Cette crise a rendu plus pressante la diversification des sources. Le solaire peut compléter les barrages pendant les heures d’ensoleillement, sans toutefois remplacer à lui seul une production pilotable ou résoudre les difficultés de transport et de stockage. La question porte donc autant sur la construction de centrales que sur leur raccordement, la gestion des variations de production et le partage de l’électricité entre secteurs.
Les mines occupent une place déterminante dans cet équilibre. Selon les chiffres attribués à l’Energy Regulation Board (ERB), le régulateur zambien de l’énergie, elles ont consommé près de 9,8 TWh en 2025, soit environ 63 % de la consommation nationale. Cette concentration de la demande donne aux compagnies minières un poids important dans les décisions d’approvisionnement et dans le développement de nouvelles capacités.
Kusoka, une centrale privée destinée au complexe Trident
Le 29 octobre 2026, Solarcentury Africa a annoncé un partenariat avec First Quantum Minerals (FQM) pour développer la centrale photovoltaïque Kusoka, d’une puissance annoncée de 112 MWp. Le projet se situe dans la province du Nord-Ouest. Il doit fournir principalement le complexe minier Trident, qui comprend la mine de cuivre Sentinel et la mine de nickel Enterprise.
Solarcentury doit posséder et exploiter l’installation. L’entreprise YEO a été désignée pour réaliser l’ingénierie, l’approvisionnement des équipements et la construction. Le projet est présenté comme une centrale marchande : l’électricité pourra être vendue à FQM, à d’autres acheteurs ou, selon les possibilités, sur le marché régional. Cette souplesse pourrait élargir les débouchés, mais les modalités concrètes de vente et de raccordement restent déterminantes.
La distinction entre MWp et MW est utile ici. Le MWp mesure la puissance maximale nominale des panneaux dans des conditions standardisées ; la production réelle dépend notamment de l’ensoleillement, des équipements et des pertes du système. Les 112 MWp annoncés ne signifient donc pas que la centrale fournira cette puissance à chaque heure.
FQM cherche déjà à répartir ses approvisionnements. Dans ses résultats du troisième trimestre 2026, publiés le 28 octobre, le groupe indique que les importations et les producteurs indépendants locaux couvrent environ 80 % de ses besoins électriques zambiens, contre 20 % fournis par ZESCO, la compagnie publique. Kusoka s’inscrit dans cette stratégie. Elle complète aussi le projet solaire et éolien de 430 MW associé à FQM, TotalEnergies et Chariot, annoncé antérieurement par le ministère zambien de l’Énergie.
Ouvrir le marché sans laisser les consommateurs de côté
La montée des producteurs indépendants accompagne l’évolution du marché de l’électricité. En 2024, le régulateur a approuvé des lignes directrices pour l’accès ouvert au réseau. Ce mécanisme permet, sous certaines conditions, à des producteurs et à des acheteurs de faire transiter de l’électricité par les infrastructures existantes. Il vise à faciliter les échanges, mais son efficacité dépend de règles stables, de tarifs lisibles et de capacités de réseau suffisantes.
La Banque mondiale a notamment souligné l’importance d’appliquer de manière cohérente les règles d’accès au réseau et de renforcer la participation privée dans les infrastructures. Pour la Zambie, l’enjeu est de faire coexister les investissements nouveaux avec le rôle central de ZESCO. Les centrales privées peuvent apporter des capitaux et diversifier l’offre ; elles ne dispensent pas de renforcer le réseau ni de garantir un cadre accessible aux différents producteurs.
FQM n’est pas le seul acteur à investir dans sa propre sécurité énergétique. Solarcentury a annoncé le 21 octobre la mise en exploitation de 34,5 MWp supplémentaires sur son site de Mailo. L’entreprise indique que cela porte à 59,5 MWp sa capacité opérationnelle, sur 118 MWp prévus à terme. Cette progression montre que le solaire privé se développe déjà en Zambie, même si chaque projet doit être évalué selon sa production effective et sa contribution au système commun.
Les effets ne seront pas identiques pour tous. Une alimentation plus fiable peut soutenir l’activité minière, l’emploi et les recettes liées au cuivre et au nickel. Toutefois, un contrat destiné d’abord à une mine ne garantit pas que les quartiers résidentiels, les petites entreprises ou les localités rurales recevront davantage d’électricité. Cela dépendra des accords de vente, du réseau et des choix de répartition de l’énergie.
La demande minière, un test pour la stratégie énergétique
Le gouvernement zambien vise une production annuelle de cuivre de trois millions de tonnes. Cette ambition suppose davantage d’énergie, puisque les extensions minières et le traitement du minerai augmentent les besoins électriques. Le plan énergétique national estime que la puissance demandée par le secteur minier pourrait passer de 886 MW en 2020 à 1 552 MW en 2030. Ces projections rendent visibles les tensions à venir entre croissance industrielle, fiabilité du réseau et accès des autres consommateurs.
À l’échelle régionale, la Zambie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et participe au Pool énergétique d’Afrique australe, qui organise les échanges d’électricité entre plusieurs pays. Le modèle marchand de Kusoka pourrait donc, selon les accords et les capacités disponibles, s’inscrire dans des échanges transfrontaliers. Mais la priorité immédiate reste de réduire la vulnérabilité révélée par la sécheresse et de sécuriser l’approvisionnement intérieur.
Le point à suivre sera la concrétisation de Kusoka : calendrier de construction, raccordement, contrats de vente et volume effectivement livré. Le défi pour Lusaka ne consiste pas seulement à attirer des centrales solaires. Il est de transformer ces investissements en une offre plus diversifiée et plus fiable, tout en veillant à ce que l’ouverture du marché profite aussi aux consommateurs qui ne disposent pas du pouvoir d’achat d’une grande compagnie minière.