Une campagne qui ne s’est pas vraiment refermée
En Zambie, la fin du scrutin n’a pas calmé la scène politique. Elle a simplement déplacé la tension vers les services d’enquête, les tribunaux et les questions de procédure. Dans un pays où l’alternance de 2021 avait nourri l’espoir d’un espace public plus apaisé, la séquence postélectorale d’août 2026 montre au contraire combien la compétition pour le pouvoir reste fragile.
Le pays est aussi observé de près dans la région australe. La Zambie appartient à la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe, et toute crispation politique à Lusaka pèse vite sur l’image de stabilité que la capitale veut renvoyer aux voisins, aux investisseurs et aux partenaires régionaux. La Commission électorale de Zambie, qui a proclamé Hakainde Hichilema vainqueur le 18 août, est donc au centre d’un climat où le droit électoral, la sécurité intérieure et la crédibilité institutionnelle se croisent.
Ce que disent les faits connus
Brian Mundubile, principal adversaire de Hakainde Hichilema lors de la présidentielle du 13 août 2026, a été convoqué avec son colistier Makebi Zulu pour être interrogé par la police sur des activités soupçonnées de menacer la sécurité nationale. À ce stade, les autorités n’ont pas annoncé d’inculpation formelle contre les deux hommes. L’enquête porte, selon les informations rendues publiques, sur des faits présentés comme liés à des propriétés associées aux responsables politiques et à des événements survenus après le scrutin.
La séquence est devenue explosive après une opération de sécurité menée à Kabulonga, dans la banlieue de Lusaka, au lendemain de l’élection. Les autorités ont dit avoir découvert des armes de type militaire et arrêté onze personnes. Mutotwe Kafwaya, ancien député et figure de l’opposition, a ensuite été présenté comme mort après avoir été touché par balle dans cette opération, un point qui a suscité de fortes contestations et des demandes de clarification de la Commission des droits de l’homme. Le Parlement zambien a publié le texte du Code pénal, tandis que le site officiel du gouvernement rappelle que la Constitution reste la norme de référence pour les libertés individuelles.
Les résultats officiels de la présidentielle donnent 2 965 326 voix à Hakainde Hichilema, soit 60,49 %, et 1 856 217 à Brian Mundubile, soit 37,87 %. Ces chiffres ont été confirmés par la Commission électorale et relayés par la présidence. L’écart est net. Mais la contestation ne porte pas seulement sur le score. Elle vise aussi le déroulé du vote, les interruptions de dépouillement et le traitement réservé à plusieurs membres de l’opposition pendant et après le scrutin.
Le droit, la sécurité nationale et la ligne rouge
Le débat juridique est simple en apparence, mais lourd en pratique. La Constitution zambienne prévoit qu’une personne arrêtée ou détenue doit être informée, dans une langue qu’elle comprend, des raisons de son arrestation. Elle doit aussi être présentée sans délai excessif à un tribunal. Le Code pénal, lui, prévoit la prison à vie pour certaines formes de trahison, notamment lorsqu’il s’agit d’entreprendre de renverser le gouvernement par des moyens illégaux ou d’usurper le pouvoir exécutif par la force.
Mais il faut rester précis. Rien, dans les éléments publics disponibles, ne permet de dire que Brian Mundubile est poursuivi pour trahison. La police parle d’une enquête pour sécurité nationale, pas d’une inculpation pour coup d’État ou insurrection. La nuance compte, car une convocation n’est pas une condamnation. En droit comme en politique, le seuil entre investigation légitime et pression sur l’opposition dépendra de la transparence de la procédure, de l’accès aux avocats et de la capacité des autorités à documenter leurs soupçons.
Cette prudence s’impose d’autant plus que la Commission des droits de l’homme de Zambie a publiquement alerté sur les détentions et les disparitions signalées après le scrutin. Elle a aussi demandé que toute personne détenue soit rapidement inculpée ou remise en liberté si aucune base légale ne justifie sa rétention. Dans le même temps, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a dit son inquiétude au sujet des arrestations de responsables de l’opposition. La pression internationale n’efface pas la souveraineté zambienne, mais elle accroît l’exigence de procédure régulière.
Ce que cette affaire change pour la Zambie et pour la région
Pour le pouvoir, l’enjeu est clair : montrer que la sécurité de l’État peut être protégée sans transformer l’enquête en instrument politique. Pour l’opposition, le risque est inverse : voir ses cadres affaiblis, dispersés ou placés sous contrainte dans une phase où l’accès aux recours électoraux et aux espaces de contestation est déjà étroit. Pour les citoyens, surtout à Lusaka et dans les grandes villes où l’information circule vite, le signal envoyé est décisif : la compétition politique se règle-t-elle par les institutions, ou par la force des appareils coercitifs ?
La portée dépasse aussi la Zambie. Dans l’Afrique australe, plusieurs capitales surveillent ces épisodes de très près, parce qu’ils disent quelque chose du rapport entre alternance, sécurité et justice après une élection tendue. La SADC, qui a souvent plaidé pour des processus pacifiques et crédibles, observe rarement des procès d’intention avec sérénité lorsqu’ils touchent des dirigeants de l’opposition. À Lusaka, la vraie question n’est donc pas seulement celle du sort personnel de Brian Mundubile. Elle est celle de la capacité de l’État zambien à séparer l’enquête pénale du règlement politique, dans un contexte où la confiance a déjà commencé à se fissurer.
Le prochain point de vigilance sera la suite donnée à la convocation, puis les éventuelles décisions de justice si des charges sont finalement retenues. Les réactions des institutions nationales, de la Commission des droits de l’homme et des partenaires régionaux diront vite si l’affaire reste cantonnée au droit commun ou si elle devient un marqueur plus large de la trajectoire démocratique zambienne.