En Zambie, une centrale solaire peut désormais vendre son électricité au-delà d’un acheteur unique. Ce modèle ouvre des débouchés aux producteurs privés, mais il les expose aussi aux variations du marché et aux limites des réseaux électriques.
Un marché régional derrière les panneaux zambiens
La centrale Mailo se trouve en Zambie, pays enclavé d’Afrique australe dont l’électricité circule aussi dans un espace régional. Le Southern African Power Pool (SAPP), ou Pool énergétique d’Afrique australe, coordonne les échanges entre plusieurs réseaux nationaux. Il permet notamment de vendre ou d’acheter de l’électricité par-delà les frontières, lorsque les capacités de production et de transport le permettent.
Cette intégration compte pour les producteurs dits « marchands ». Ils ne s’appuient pas uniquement sur un contrat de longue durée avec un seul client, souvent une compagnie publique. Ils peuvent vendre à différents acheteurs ou sur le marché régional. Le modèle peut diversifier les débouchés, mais son fonctionnement dépend des règles commerciales, de la demande et des interconnexions disponibles.
Ces enjeux dépassent la Zambie. En mars 2026, le ministère zambien de l’Énergie a rappelé que les contraintes de transmission limitaient encore les échanges régionaux et que la sécheresse récente avait mis en évidence la vulnérabilité des pays dépendants de l’hydroélectricité. La diversification des sources et le renforcement des lignes sont donc deux chantiers liés.
Une enveloppe annoncée, des montants à préciser
Le 2 novembre 2026, Standard Bank, groupe bancaire sud-africain, a conclu un accord de financement avec Solarcentury Africa, producteur d’électricité présent dans la région. D’après les informations communiquées sur l’opération, l’enveloppe pourrait atteindre 370 millions de dollars, dont 86,2 millions déjà engagés. Ces montants et les conditions détaillées de l’accord n’ont pas été corroborés par une annonce publique indépendante consultée : ils doivent donc rester attribués.
Une partie des fonds doit soutenir l’extension du parc solaire Mailo, en Zambie, avec une capacité supplémentaire annoncée de 59 MWp. Le mégawatt-crête (MWp) mesure la puissance maximale théorique des panneaux dans des conditions standardisées ; il ne correspond pas à une production continue à cette puissance.
Les informations publiées par Solarcentury Africa et un média spécialisé confirment toutefois l’avancement du site. La deuxième phase de Mailo, mise en service commercial le 21 octobre 2026, ajoute 34,5 MWp et porte la capacité opérationnelle totale à 59,5 MWp. Une troisième phase est prévue pour porter le projet à 118 MWp. Les 59 MWp associés au nouvel accord semblent donc désigner une étape ultérieure, et non la capacité déjà mise en service.
Le financement annoncé doit également refinancer un prêt antérieur destiné aux premières installations de Solarcentury Africa. L’entreprise avait déjà obtenu un prêt de 40 millions de dollars de Standard Bank pour la première phase de Mailo. La centrale a commencé à vendre son électricité sur le marché du SAPP en 2025, selon l’entreprise.
Des effets différents pour les mines, les réseaux et les ménages
Ce type de projet intéresse notamment les entreprises minières, fortes consommatrices d’électricité. Solarcentury Africa a annoncé fin octobre un projet solaire de 112 MWp destiné principalement aux opérations zambiennes de First Quantum Minerals. Cette annonce a été rapportée par plusieurs médias spécialisés, mais les sources consultées ne permettent pas encore d’établir le calendrier de construction ni les modalités contractuelles.
Pour les producteurs, la vente à plusieurs acheteurs peut réduire la dépendance à un seul contrat. Pour les mines, des approvisionnements diversifiés peuvent compléter l’électricité du réseau. Mais une nouvelle centrale ne garantit pas, à elle seule, une alimentation plus stable pour les ménages. Le bénéfice dépend aussi des lignes de transport, des règles d’accès au réseau et de la manière dont l’électricité est répartie.
La géographie des retombées mérite aussi attention. Une centrale peut soutenir l’activité et l’emploi pendant sa construction, tandis que les avantages durables dépendent des achats locaux, des emplois d’exploitation et des accords conclus avec les communautés proches. Les informations disponibles sur le financement ne précisent pas ces aspects. Il serait donc prématuré d’en déduire des retombées locales déterminées.
Standard Bank indique avoir mobilisé 39,9 milliards de rands pour des projets d’énergies renouvelables en 2025, représentant plus de 2 GW de capacité installée. Cette donnée figure dans ses publications de durabilité : elle décrit le portefeuille de la banque à l’échelle de ses marchés, et non un investissement consacré à la seule Zambie.
Le test régional : produire, transporter et vendre
Le financement de Mailo illustre une évolution du secteur électrique en Afrique australe : les producteurs privés cherchent à vendre directement à des entreprises ou à accéder au marché régional, plutôt qu’à dépendre exclusivement des opérateurs publics. Cela peut élargir l’offre, mais ne remplace ni les réseaux nationaux ni les investissements dans les interconnexions.
Le SAPP offre un cadre aux échanges, mais les capacités de transport restent déterminantes pour acheminer l’électricité entre pays. Pour la Zambie et ses voisins de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’enjeu est donc double : attirer des capitaux dans la production, puis rendre le réseau capable de transporter cette énergie vers les acheteurs.
Les prochaines étapes à surveiller sont la confirmation des conditions de l’enveloppe annoncée, la construction de la troisième phase de Mailo et l’avancement du projet destiné à First Quantum Minerals. Leur concrétisation dira si le financement privé peut soutenir une offre plus diversifiée — et si les infrastructures régionales suivent le rythme des nouvelles centrales.