À Lusaka comme dans les zones rurales, la question n’est plus seulement de produire davantage d’électricité. Il faut aussi acheminer cette énergie jusqu’aux ménages, aux écoles, aux centres de santé et aux petites entreprises. Pour une partie importante de la population zambienne, la solution la plus rapide ne passera pas forcément par une ligne à haute tension.
Un accès universel qui repose sur plusieurs réseaux
La Zambie veut atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Le pays part toutefois d’un niveau encore insuffisant : l’accès concerne près de la moitié de la population, contre environ 30 % en 2017, selon les données présentées par la Banque mondiale.
Cette progression masque un écart géographique important. Les centres urbains et les zones proches des grands axes sont mieux desservis. À l’inverse, les régions rurales restent confrontées à de longues distances, à une faible densité de population et à des coûts élevés de raccordement. Dans ces territoires, prolonger le réseau national n’est pas toujours l’option la plus économique.
Le plan énergétique zambien prévoit donc de combiner trois approches : l’extension du réseau, les mini-réseaux et les systèmes solaires individuels. Un mini-réseau est une petite infrastructure locale capable de produire, stocker et distribuer de l’électricité à plusieurs utilisateurs. Un système solaire domestique alimente, lui, un ménage ou une petite activité sans connexion au réseau national.
Dans son Compact énergétique national, la Zambie vise au moins 294 719 nouvelles connexions hors réseau chaque année jusqu’en 2030. L’objectif représente plus de 1,7 million de connexions supplémentaires sur la période, principalement grâce aux mini-réseaux et aux kits solaires domestiques.
Le financement devient le principal verrou
Le gouvernement estime à 2,18 milliards de dollars les investissements nécessaires pour développer l’accès hors réseau d’ici 2030. Le secteur privé devrait en apporter environ 1,5 milliard. Ce besoin dépasse largement le financement d’un simple programme d’équipement : il concerne aussi la distribution, le stockage, le service après-vente et le crédit accordé aux utilisateurs.
Le modèle économique reste en effet fragile dans les zones peu peuplées. Les entreprises doivent installer des équipements dans des localités éloignées, alors que les revenus des ménages y sont souvent irréguliers. Le paiement échelonné, notamment par téléphone mobile, permet de réduire le coût initial. Mais il expose aussi les opérateurs au risque d’impayés et aux fluctuations de la monnaie.
C’est dans ce contexte qu’Acumen a annoncé, le 23 septembre 2026, un investissement de 5 millions de dollars dans la filiale zambienne de Sun King. L’opération, réalisée à travers l’initiative Hardest-to-Reach Catalyze, doit financer l’expansion de l’entreprise et faciliter la mobilisation de prêts en monnaie locale auprès d’institutions financières zambiennes.
Sun King commercialise des systèmes solaires avec paiement échelonné, ou PayGo. Les clients règlent leur équipement progressivement, souvent grâce à l’argent mobile. Selon Acumen, l’expansion prévue pourrait fournir un accès nouveau ou amélioré à près de 5,6 millions de personnes en cinq ans. L’organisation précise toutefois que ce chiffre est une projection liée au développement de l’entreprise, et non un bilan déjà réalisé.
L’enjeu de l’investissement ne se limite donc pas aux 5 millions de dollars annoncés. Acumen cherche à utiliser des fonds propres, c’est-à-dire une participation directe au capital, pour rassurer ensuite des prêteurs locaux. Cette mécanique peut réduire la dépendance aux financements en devises étrangères et limiter le risque lié au kwacha zambien.
Le solaire centralisé avance aussi
Le développement hors réseau ne signifie pas que la Zambie renonce aux grandes centrales. Le pays accélère au contraire les projets solaires raccordés au réseau national. En 2026, la deuxième phase du projet de Chisamba a porté la capacité du site à 200 mégawatts, selon la présidence zambienne.
Cette montée en puissance répond à une urgence nationale. La Zambie dépend fortement de l’hydroélectricité, qui représente environ 80 % de sa production électrique. Les périodes de sécheresse réduisent toutefois le niveau des barrages et fragilisent l’approvisionnement. Le solaire peut alors produire davantage pendant les heures de la journée, mais il ne règle pas seul les besoins nocturnes ni les problèmes de transport de l’électricité.
Le débat ne porte donc pas sur le choix entre grandes centrales et petits systèmes. Il porte sur leur complémentarité. Les centrales renforcent l’offre disponible dans les villes, les zones minières et les corridors industriels. Les solutions décentralisées répondent plus rapidement aux besoins des localités éloignées et des activités de proximité.
Cette combinaison reste indispensable dans un pays vaste et peu densément peuplé. La Banque mondiale estime que les mini-réseaux solaires et les systèmes individuels pourraient potentiellement desservir 8,5 millions de Zambiens encore privés d’électricité. Elle souligne aussi que la Zambie vise au moins 200 mini-réseaux solaires opérationnels en 2030.
Un test pour la stratégie régionale de la SADC
La trajectoire zambienne s’inscrit dans les priorités de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC. Cette organisation régionale cherche à renforcer les échanges d’électricité entre ses membres, tout en soutenant les investissements dans les énergies renouvelables et les interconnexions.
Pour Lusaka, les grands projets restent nécessaires afin de réduire le déficit de production et de soutenir l’industrie. Cependant, les échanges régionaux ne remplaceront pas les infrastructures locales. Une ligne transfrontalière peut sécuriser le système national, mais elle ne raccorde pas directement un dispensaire isolé ou une petite exploitation agricole.
La réussite du plan dépendra donc de plusieurs conditions : des règles stables, des tarifs adaptés, un accès au crédit local et une maintenance durable des équipements. Les ménages urbains, les entreprises formelles et les zones minières ne rencontreront pas les mêmes contraintes que les communautés rurales ou les travailleurs de l’économie informelle.
Le prochain indicateur à suivre sera le rythme réel des nouvelles connexions hors réseau. Pour atteindre la cible de 2030, la Zambie devra transformer les annonces d’investissement en installations fonctionnelles, accessibles et entretenues. La bataille énergétique se jouera ainsi autant dans les villages éloignés que sur les sites des grandes centrales solaires.