Une victoire politique, mais un test industriel immédiat

À Lusaka, la réélection de Hakainde Hichilema ouvre une séquence familière pour beaucoup de Zambiens : la stabilité politique rassure les investisseurs, mais elle ne remplit pas les transformateurs. Dans ce pays d’Afrique australe, le cuivre fait tourner l’économie, tandis que l’électricité reste le goulet d’étranglement qui décide de la vitesse réelle des promesses.

La Zambie appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, un espace où les réseaux électriques, les échanges miniers et les chocs climatiques dépassent les frontières. Le pays reste aussi l’un des piliers cuprifères du continent, juste derrière la République démocratique du Congo. Dans ce contexte, chaque décision sur l’énergie pèse autant sur les mines que sur les ménages, les petits commerces et les exploitations agricoles.

Le 18 août 2026, l’Electoral Commission of Zambia a confirmé la victoire du chef de l’État sortant, après un scrutin marqué par des incidents dans certains bureaux et par une forte attente sociale autour du coût de la vie. L’AP a rapporté qu’Hichilema a obtenu environ 60 % des suffrages, contre près de 38 % pour son principal adversaire.

Cette séquence électorale prolonge un pari lancé en 2021 : restaurer la confiance autour du secteur minier, alors que le pays sortait d’une crise de dette et d’une méfiance des investisseurs. Depuis, les autorités zambiennes disent avoir remis du mouvement dans les mines grâce à un dialogue plus fluide avec les opérateurs, à une fiscalité jugée plus prévisible et à la reprise de projets bloqués. Le ministère des Finances a indiqué en février 2026 que la production de cuivre a atteint un peu plus de 890 000 tonnes en 2025, soit une hausse de 7,8 % sur un an.

Le cuivre avance, mais l’énergie manque encore

Le cap fixé par Lusaka reste ambitieux : porter la production à 3 millions de tonnes de cuivre par an d’ici 2031. Pour y parvenir, le gouvernement et plusieurs acteurs du secteur estiment qu’il faut des volumes d’électricité bien supérieurs à ceux disponibles aujourd’hui. Un projet de cette ampleur ne se joue pas seulement dans les mines du Copperbelt ; il se joue dans les barrages, les lignes de transport, les importations régionales et la capacité du fournisseur public ZESCO à tenir la cadence.

Le ministère de l’Énergie a reconnu en février 2026 une tension nette entre l’offre et la demande. Il a indiqué une capacité installée de 3 880 MW, mais une production domestique disponible bien plus basse, autour de 1 635 MW, face à une demande nationale d’environ 2 400 MW. Le déficit est comblé en partie par des importations électriques via les interconnexions régionales, ce qui confirme la dépendance du pays à ses voisins de la SADC quand l’eau manque dans les réservoirs.

Le problème est structurel. L’hydroélectricité reste dominante dans le mix zambien et rend le système vulnérable aux sécheresses. Le gouvernement a lui-même expliqué que la sécheresse de 2024 avait aggravé la crise, avec des délestages prolongés et des arbitrages défavorables aux ménages. En 2025 et 2026, les autorités ont accéléré les projets solaires et thermiques, tout en cherchant à réorganiser les tarifs et les importations pour préserver les secteurs productifs.

Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale décrivent la même fragilité sous un autre angle : la croissance zambienne reste portée par les mines et les services, mais la contrainte énergétique freine l’économie réelle. Le FMI a noté que la croissance en 2024 avait été soutenue par le secteur minier, avec une priorité donnée à l’électricité destinée aux activités productives. La Banque mondiale a, de son côté, souligné qu’une grande partie de l’électricité zambienne provient encore de l’hydroélectricité et que la sécheresse de 2024 a réduit la disponibilité du courant d’environ un tiers.

Ce que le second mandat change pour les Zambiens

Pour les grandes compagnies minières, le message est clair : la Zambie reste ouverte, mais la croissance dépend désormais des infrastructures plus que des discours. Pour les investisseurs, la visibilité réglementaire est un atout. Pour l’État, le défi est plus large : convertir des engagements financiers en mégawatts, puis en cuivre exportable, sans aggraver la facture sociale des coupures.

Pour les ménages, en revanche, le calcul est moins favorable à court terme. Quand l’électricité manque, les grandes entreprises captent souvent la ressource disponible en priorité, parce qu’elles pèsent sur les exportations et les recettes fiscales. Les foyers absorbent alors davantage les coupures, les heures de cuisine limitées, les pompes à eau à l’arrêt et la hausse des coûts indirects. Dans l’économie informelle, qui reste très importante en Zambie, chaque heure sans courant réduit le revenu quotidien.

Le gouvernement mise sur une diversification rapide : solaire, thermique, nouveaux producteurs indépendants et meilleure santé financière de ZESCO. Le ministère de l’Énergie a annoncé en décembre 2025 un portefeuille de projets totalisant plus de 2 610 MW sur la période 2025-2026, tandis que d’autres communiqués officiels mettent en avant une montée rapide du solaire et un objectif de redressement du système électrique. Cela montre une inflexion réelle. Mais la vitesse de réalisation reste la vraie mesure du succès.

Le risque climatique, lui, demeure. Les autorités zambiennes comme les institutions internationales rappellent que le pays reste exposé aux chocs de pluie et de sécheresse, au moment même où le cuivre gagne en importance dans la transition énergétique mondiale. Autrement dit, la Zambie peut devenir un fournisseur stratégique de métaux critiques, mais seulement si elle sécurise son électricité. Ce point dépasse Lusaka : il concerne toute l’Afrique australe, où les interconnexions, les barrages et les marchés miniers sont désormais liés par la même équation.

La réélection d’Hakainde Hichilema ne clôt donc rien. Elle confirme un cap politique. Mais elle place aussi le pouvoir zambien devant une obligation simple et lourde : transformer les dividendes du cuivre en sécurité énergétique durable, pour que la croissance annoncée à Lusaka soit visible jusque dans les foyers, les ateliers et les exploitations du pays.