À Lusaka, un second mandat qui ne commence pas dans le calme

À Lusaka, la cérémonie avait tout d’un moment de puissance, mais rien d’un simple passage de témoin. Devant un National Heroes Stadium rempli, Hakainde Hichilema a ouvert son second mandat en promettant de faire passer la Zambie de la stabilisation à une croissance plus concrète pour les ménages. Le message est clair : après avoir restauré certains équilibres macroéconomiques, le pouvoir veut désormais montrer des résultats visibles au marché, à l’école et dans les champs.

Ce basculement intervient dans une Zambie qui reste scrutée de près en Afrique australe. Le pays sort d’une longue période de stress budgétaire et de restructuration de dette, tout en restant un acteur stratégique de la Communauté de développement d’Afrique australe, la SADC, et des chaînes d’approvisionnement du cuivre, un secteur clé pour toute la région. L’enjeu n’est donc pas seulement politique. Il est aussi économique et institutionnel.

Le vote, la victoire officielle et les zones d’ombre

Le 13 août 2026, les Zambiens ont voté pour désigner leur chef de l’État. Les résultats officiels ont donné la victoire à Hakainde Hichilema avec environ 60 % des voix, contre un peu moins de 38 % pour son principal rival, Brian Mundubile. L’élection a été marquée par des tensions, des incidents de sécurité et des critiques sur la gestion du dépouillement. Des observateurs régionaux et africains ont appelé au calme en attendant la fin du processus officiel de proclamation.

Au moment de l’investiture, le principal opposant se trouvait en détention, poursuivi pour trahison. Selon les éléments publiés après l’élection, Brian Mundubile et son colistier Makebi Zulu ont été arrêtés dans le cadre d’une affaire née de la période post-électorale. L’ONU s’est dite préoccupée par l’arrestation de figures de l’opposition, ce qui a renforcé l’impression d’un climat politique crispé autour du scrutin.

Cette situation alimente une question centrale : comment consolider une victoire électorale tout en préservant la confiance dans les règles du jeu ? En Zambie, la réponse ne dépend pas seulement du chef de l’État. Elle passe aussi par la justice, la commission électorale, la police et la capacité des institutions à agir sans donner le sentiment d’être au service d’un camp.

Une économie qui se redresse, mais pas encore pour tous

Sur le plan économique, Hakainde Hichilema hérite d’un dossier moins explosif qu’en 2021, mais encore fragile. Le Fonds monétaire international estime que la Zambie a réalisé des progrès notables sur l’inflation, les réserves et la restructuration de sa dette, tout en restant exposée aux pressions budgétaires, aux aléas mondiaux et aux tensions politiques internes. La croissance attendue en 2026 tourne autour de 4,3 % selon le FMI, avec des attentes proches de 5 % pour la Banque africaine de développement.

C’est précisément là que se joue le sens politique de ce second mandat. Le président a reconnu que les gains de la stabilisation ne se sont pas encore traduits de manière uniforme dans le quotidien des familles. Le coût de la vie reste un sujet lourd, surtout pour les ménages urbains dépendants des prix alimentaires et des transports, mais aussi pour les producteurs ruraux qui attendent de meilleurs débouchés, de l’électricité fiable et des routes praticables.

Le pouvoir mise sur quatre moteurs : le cuivre, l’agriculture, le tourisme et l’énergie. La logique est cohérente. Le pays ne pourra pas soutenir durablement la croissance sans élargir sa base productive. Mais la promesse de « croissance inclusive » suppose davantage qu’un discours. Il faudra transformer les recettes minières en emplois, réduire les goulets d’étranglement énergétiques et faire descendre la reprise jusque dans les petites entreprises, souvent absentes des grands indicateurs.

Démocratie, sécurité et rapport de force régional

Les signaux politiques envoyés pendant et après l’élection dépassent le seul cas zambien. La SADC, l’Union africaine et COMESA ont déployé des missions d’observation en 2026, signe que Lusaka reste un point de vigilance pour l’Afrique australe. Dans leurs premières remarques, ces missions ont insisté sur la nécessité de respecter la loi, la transparence dans la gestion des résultats et la retenue des acteurs politiques. Le message est net : la stabilité institutionnelle compte autant que l’issue du scrutin.

Pour l’opposition, l’alerte porte sur un recul des libertés publiques, nourri par les arrestations, par la mort d’un ancien ministre lors d’une opération de sécurité à Lusaka et par la fermeture temporaire des juridictions au moment où des contestations pouvaient être déposées. Ces éléments, pris ensemble, donnent à l’après-scrutin une tonalité plus dure que lors des alternances politiques auxquelles la Zambie avait habitué la région.

Le pouvoir, lui, cherche à garder l’avantage de la croissance et de la crédibilité financière. C’est un atout réel. Mais il peut vite être fragilisé si le débat public se ferme ou si l’impression s’installe que l’État confond stabilité et contrôle. Dans une économie où les investisseurs observent autant la gouvernance que les chiffres, le climat politique devient un indicateur économique à part entière.

Ce que la Zambie regarde désormais

La séquence ouverte à Lusaka compte pour bien plus qu’un seul pays. En Afrique australe, la Zambie reste un laboratoire. Si le gouvernement parvient à convertir la stabilisation en amélioration tangible du niveau de vie sans durcir excessivement l’espace politique, il renforcera l’idée qu’une sortie de crise peut être à la fois budgétaire et démocratique. Si, au contraire, la croissance reste abstraite et la contestation étouffée, le précédent pèsera sur toute la sous-région.

Le prochain test sera concret : la composition du gouvernement, la gestion des poursuites liées à l’élection, puis la capacité du président zambien à tenir sa promesse de prospérité sans refermer l’espace politique. En Afrique australe, peu de dossiers sont plus suivis que celui-ci, car ils touchent à la fois au cuivre, à la dette, à la crédibilité électorale et à la confiance des citoyens dans l’État.