Dans le nord-ouest tunisien, la distance entre une exploitation agricole et un marché ne se mesure pas seulement en kilomètres. L’état des routes peut aussi peser sur les délais, les coûts de transport et l’accès aux services. Deux nouveaux financements doivent répondre à une partie de ces besoins, mais leurs effets dépendront de la réalisation des chantiers et de l’entretien du réseau.

Des travaux entre le Nord-Ouest et les pistes rurales

Mardi 27 octobre 2026, à Tunis, le gouvernement tunisien et le Fonds arabe pour le développement économique et social (FADES) ont signé deux accords de financement. Leur montant annoncé atteint environ 432 millions de dinars tunisiens, soit près de 144 millions de dollars selon les estimations rapportées.

Le premier accord prévoit 288 millions de dinars pour la première phase de la liaison entre Boussalem et Fernana, dans le gouvernorat de Jendouba, au nord-ouest du pays. Le projet est décrit dans les informations publiées après la signature comme une autoroute. Il s’inscrit dans un axe appelé à rapprocher cette région de la frontière algérienne.

Le second financement, de 144 millions de dinars, porte sur 67 pistes rurales réparties dans 21 gouvernorats. Leur longueur cumulée est annoncée à environ 253 kilomètres. Il ne s’agit donc pas de 67 kilomètres au total, mais de 67 itinéraires dont les travaux couvriraient ensemble 253 kilomètres.

La radio publique RTCI et le média tunisien La Presse rapportent les principaux montants et la nature des deux projets. Les détails concernant les 67 pistes et les 21 gouvernorats figurent également dans les comptes rendus publiés après la signature. Les autorités présentent ces travaux comme un moyen d’améliorer les déplacements en milieu rural et de faciliter l’activité agricole.

Un enjeu d’équilibre au sein de la Tunisie

Le chantier de Boussalem-Fernana concerne une région de l’intérieur, éloignée des principaux pôles côtiers. L’amélioration des liaisons peut faciliter le transport des personnes et des marchandises. Pour les producteurs, une route praticable peut réduire certains obstacles entre les zones agricoles, les services et les débouchés commerciaux. Toutefois, ces bénéfices restent attendus : ils ne sont pas garantis par la seule signature d’un prêt.

Les pistes rurales répondent à une autre échelle. Leur répartition dans 21 gouvernorats vise plusieurs territoires, au-delà du seul Nord-Ouest. Des voies secondaires en meilleur état peuvent rendre plus accessibles les villages et les exploitations, notamment lorsque les grands axes ne suffisent pas à desservir les zones de production. La portée concrète dépendra de la sélection des tronçons, de la qualité des travaux et de leur suivi.

La question territoriale est ancienne. Dans son évaluation du projet de modernisation routière publié en 2020, la Banque africaine de développement relevait que les gouvernorats de l’Ouest, du Centre-Ouest et du Nord-Ouest étaient moins équipés en infrastructures économiques que les régions littorales. Le programme soutenu alors par la Banque prévoyait la réhabilitation de 719 kilomètres de routes, principalement dans ces régions de l’intérieur.

Ce constat aide à comprendre l’enjeu des nouveaux accords, sans confondre les projets ni leurs financements. Il montre aussi qu’une politique d’accès ne se résume pas à construire de grands axes. Les routes locales et leur entretien comptent pour les habitants, les agriculteurs et les petites entreprises qui les empruntent au quotidien.

Un corridor maghrébin, mais des effets d’abord locaux

La liaison Boussalem-Fernana est également présentée comme une composante de l’axe autoroutier transmaghrébin, projet régional destiné à connecter les réseaux routiers de plusieurs pays d’Afrique du Nord. L’Union du Maghreb arabe (UMA), organisation régionale réunissant la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Libye et la Mauritanie, constitue le cadre institutionnel associé à cette ambition d’intégration.

Sur le papier, une meilleure continuité routière peut faciliter les échanges entre la Tunisie et l’Algérie et renforcer les connexions régionales. Mais une autoroute ne crée pas à elle seule un corridor commercial fonctionnel : les tronçons voisins, les procédures frontalières et la coordination entre pays comptent aussi. Les avancées annoncées en Tunisie ne préjugent donc pas du calendrier ni de l’achèvement de l’ensemble de l’axe.

À court terme, les retombées se joueront surtout dans les territoires desservis. Les usagers des routes rurales peuvent espérer des trajets plus réguliers, tandis que les producteurs pourraient bénéficier de meilleures conditions d’acheminement. À l’inverse, les travaux peuvent entraîner des perturbations temporaires. La qualité de l’information locale et la prise en compte des besoins des riverains seront importantes pendant le chantier.

Le financement ne remplace pas l’entretien

Les accords sont une étape financière, pas la preuve que les infrastructures sont déjà réalisées. Pour évaluer leur portée, il faudra suivre les appels d’offres, le calendrier d’exécution, les coûts définitifs et les dispositifs de maintenance. Une route neuve ou réhabilitée perd rapidement de son utilité si le drainage, les chaussées et les ouvrages ne sont pas entretenus.

Les financements du FADES s’ajoutent à des programmes routiers déjà engagés avec d’autres partenaires. La Banque africaine de développement a notamment décrit des opérations ciblant des routes dans des gouvernorats de l’intérieur et les liaisons entre régions. Cette continuité souligne un enjeu de fond : connecter les zones moins desservies sans concentrer l’investissement uniquement sur les grands axes ou les pôles économiques établis.

Pour la Tunisie, le prochain indicateur ne sera donc pas seulement le montant engagé. Il faudra observer si les travaux aboutissent, si les pistes retenues répondent aux besoins locaux et si les coûts de déplacement diminuent réellement. À l’échelle maghrébine, la liaison vers la frontière algérienne prendra tout son sens si elle s’articule avec les réseaux des pays voisins. D’ici là, l’impact se mesurera d’abord dans l’accès quotidien aux marchés, aux services et aux bassins de production.