Dans les oliveraies de Melloulech, dans le gouvernorat de Mahdia, la campagne qui s’ouvre se joue déjà sur deux fronts : la récolte attendue et la santé des arbres. La Tunisie, dont l’huile d’olive compte parmi les principales exportations agricoles, doit surveiller un foyer bactérien alors que les prévisions annoncent une production moins abondante.
À Mahdia, contenir les foyers avant la récolte
Le ministère tunisien de l’Agriculture a annoncé, le 15 octobre, des interventions d’urgence après la détection de foyers de tuberculose de l’olivier dans des zones de production de la délégation de Melloulech. Des équipes techniques ont été mobilisées pour suivre la situation et limiter une éventuelle propagation. Des médias tunisiens ont également rapporté cette annonce ministérielle.
La maladie est causée par Pseudomonas savastanoi, une bactérie qui provoque des galles sur les branches et le tronc. Elle peut affaiblir l’arbre et réduire sa production. Les blessures liées à la taille ou à la récolte peuvent faciliter l’infection; les outils et les résidus contaminés sont donc des points de vigilance.
Le dispositif annoncé prévoit de circonscrire les zones touchées, de tailler les parties fortement infectées et de détruire les résidus de manière sécurisée. Des traitements préventifs sont aussi envisagés. Pour l’heure, aucune superficie contaminée ni perte de récolte attribuable à la maladie n’a été rendue publique. Il est donc trop tôt pour mesurer son effet sur la production nationale.
Une récolte déjà attendue en retrait
Le risque phytosanitaire s’ajoute à un cycle agricole moins favorable. La Chambre nationale des producteurs d’olives prévoit environ 300 000 tonnes d’huile pour la campagne 2026-2027, contre quelque 500 000 tonnes lors de la campagne précédente. Cette estimation, relayée par le média tunisien Mosaïque FM, correspond à un recul potentiel de 40 %.
La présidente de la Chambre, Najah Saïdi Hamed, explique cette prévision par l’alternance biennale : après une récolte abondante, les oliviers donnent souvent moins l’année suivante. La disponibilité en eau et les conditions météorologiques pèsent également sur les rendements. La bactérie détectée à Mahdia ne peut, en l’état des informations disponibles, être présentée comme la cause de la baisse attendue.
Les mesures de terrain seront déterminantes. Une surveillance rapide peut aider à contenir les foyers, mais elle exige des inspections régulières et des pratiques adaptées dans les exploitations. Les producteurs concernés par les zones identifiées sont directement exposés au risque; les effets sur les autres régions dépendront d’une éventuelle extension de la maladie.
Un enjeu de revenus et de marchés
L’importance économique est tangible. Selon les données de l’Institut national de la statistique tunisien, les exportations d’huile d’olive ont rapporté environ 4,07 milliards de dinars en 2025. Les exportations agricoles et alimentaires ont atteint 7,75 milliards de dinars la même année. Ces recettes dépendent à la fois des volumes exportables, des stocks et des prix mondiaux.
Une baisse de récolte ne signifie donc pas mécaniquement une baisse équivalente des recettes. Des prix plus élevés ou des stocks disponibles peuvent compenser une partie du recul des volumes. À l’inverse, les petits producteurs et les unités de transformation pourraient être touchés si l’offre locale se contracte ou si la maladie demande des opérations supplémentaires. Les données actuelles ne permettent pas de chiffrer ces effets.
Pour les consommateurs tunisiens, la récolte et les prix à l’exportation comptent aussi : une part accrue des ventes extérieures peut resserrer l’offre intérieure, mais l’évolution dépendra des arbitrages commerciaux et des quantités disponibles. Il faudra donc distinguer l’état des oliveraies, le volume effectivement produit et les conditions de commercialisation.
Une surveillance qui dépasse les frontières
La Tunisie est membre de l’Union du Maghreb arabe (UMA), cadre régional réunissant aussi l’Algérie, la Libye, le Maroc et la Mauritanie. La production oléicole concerne plusieurs pays du bassin méditerranéen; l’expérience de lutte contre les maladies de l’olivier et les pratiques de surveillance peuvent ainsi nourrir les échanges techniques régionaux.
À l’échelle de l’Union africaine, cet épisode rappelle l’importance de protéger les cultures commerciales face aux aléas climatiques et phytosanitaires. Pour la campagne 2026-2027, les prochains indicateurs à suivre sont l’étendue des foyers de Mahdia, les résultats des inspections dans les autres gouvernorats producteurs et les premières estimations de récolte. C’est leur évolution conjointe qui dira si la pression sanitaire reste localisée ou devient un facteur supplémentaire pour la filière.
Les éléments sur les foyers et les mesures annoncées sont rapportés par Webdo, média tunisien, et Tunisie Numérique. Les prévisions de production ont été relayées par Mosaïque FM et Webdo. Les chiffres d’exportation sont attribués à l’Institut national de la statistique tunisien. Les informations générales sur la maladie et la région s’appuient sur France Olive et le site officiel de l’Union du Maghreb arabe.