Un banc national qui cherche de la stabilité

En Tunisie, la question n’est pas seulement de changer d’entraîneur. Elle est de savoir si la sélection peut enfin construire un cycle durable. Depuis plusieurs mois, les Aigles de Carthage enchaînent les ajustements, dans un football où la pression du résultat immédiat pèse lourd sur chaque décision.

La Fédération tunisienne de football, installée à Tunis, a choisi de miser sur une figure connue du football maghrébin et africain : Mouine Chaâbani. Le technicien tunisien a été désigné pour prendre les rênes de la sélection nationale après la séquence ouverte pendant la Coupe du monde 2026, marquée par le départ de Sabri Lamouchi puis par le court intérim d’Hervé Renard.

Les faits : un retour au temps long après l’urgence

Le 14 juillet 2026, la Fédération tunisienne de football a acté la nomination de Mouine Chaâbani comme sélectionneur national. Des médias tunisiens ont confirmé qu’un accord de principe avait été trouvé et que le contrat devait courir jusqu’en 2030, soit quatre ans. Cette durée tranche avec les solutions provisoires adoptées pendant le Mondial nord-américain.

Avant cette décision, la Tunisie avait déjà connu une succession rapide sur son banc. Sabri Lamouchi avait été nommé en janvier 2026 pour préparer la Coupe du monde. Puis il a quitté son poste après la lourde défaite contre la Suède à l’ouverture du tournoi. Hervé Renard a alors pris le relais pour la fin de la compétition. La Tunisie a ensuite été éliminée après ses deux premiers matches, contre le Japon puis les Pays-Bas.

Chaâbani arrive avec un profil d’entraîneur forgé sur le continent. Il a remporté deux Ligues des champions de la CAF avec l’Espérance sportive de Tunis, en 2018 et 2019. Son dernier poste concernait la Renaissance sportive de Berkane, au Maroc, où il a travaillé dans un environnement de compétition continentale exigeant.

Pourquoi ce choix compte pour Tunis et pour la région

Ce recrutement n’a rien d’anecdotique. Il dit d’abord quelque chose du rapport de la Tunisie à son propre football. Quand la sélection traverse une période de turbulence, la tentation est forte de chercher une solution extérieure et rapide. En choisissant un Tunisien habitué aux grands rendez-vous africains, la Fédération envoie un signal différent : capitaliser sur une compétence locale, sans renoncer à l’exigence internationale.

Le contexte sportif explique aussi cette orientation. La Tunisie reste l’une des sélections les plus régulières du continent en Coupe du monde, avec une présence parmi les nations de référence de la CAF, la Confédération africaine de football. Mais cette régularité n’a pas suffi à effacer une frustration persistante : franchir un cap dans les grands tournois. Le changement de sélectionneur traduit donc une attente plus large que la seule gestion d’un effectif. Il s’agit de retrouver une identité de jeu, une continuité et une hiérarchie claire.

Pour les joueurs, la nomination de Chaâbani peut aussi modifier la dynamique du groupe. Les internationaux tunisiens évoluent pour beaucoup entre le championnat local, les championnats maghrébins et plusieurs ligues européennes. Un sélectionneur issu du même espace footballistique peut faciliter le dialogue tactique et la lecture des profils. Pour le public, en revanche, la patience sera limitée. En Tunisie, le banc national est jugé à l’aune des résultats presque match après match.

Ce que ce virage dit du football africain

Cette nomination dépasse le cadre tunisien. Elle s’inscrit dans une tendance plus large du football africain, où plusieurs fédérations cherchent à équilibrer expertise locale et expérience internationale. Le choix d’un technicien du continent, passé par des clubs capables de viser des titres en Ligue des champions de la CAF, montre que la compétence n’est pas l’apanage des bancs européens. C’est aussi une manière de reconnaître des trajectoires construites dans les championnats africains, souvent moins visibles mais très formatrices.

Pour l’Afrique du Nord, l’enjeu est également régional. La Tunisie fait partie d’un espace footballistique où la rivalité sportive entre clubs et sélections nourrit des standards élevés. Dans cet environnement, la moindre faiblesse technique ou institutionnelle est vite sanctionnée. Le choix de Chaâbani devra donc être évalué sur sa capacité à stabiliser le projet, à préparer les prochaines échéances de la CAF et à remettre la sélection dans une logique de progression, au-delà du seul choc d’une élimination mondiale.

Le vrai test commencera maintenant, loin des annonces. La Fédération tunisienne lui confie un cycle long. Le défi sera de transformer cette durée en méthode, puis en résultats. Dans un football africain de plus en plus compétitif, la Tunisie sait qu’un bon nom sur le banc ne suffit plus. Il faut une ligne, une équipe, et du temps.