Un pays riche en ressources, mais encore pauvre en électrons
En République démocratique du Congo, l’électricité reste d’abord une question de souveraineté économique. Dans les villes minières comme dans de nombreuses localités rurales, l’offre ne suit pas la demande. Le gouvernement congolais reconnaît lui-même un accès encore faible, autour de 21,5 % en 2024, tandis que la Banque mondiale rappelle que l’écart entre le potentiel du pays et l’électricité réellement disponible demeure immense.
C’est dans ce contexte que Kinshasa multiplie les partenariats pour accélérer l’électrification. La logique est simple : le pays dispose d’un potentiel hydraulique et solaire considérable, mais les réseaux restent insuffisants, surtout hors des grands centres. La politique sectorielle et la loi congolaise sur l’électricité ont justement été conçues pour attirer des investissements privés et publics, y compris via des montages de type partenariat public-privé.
Ce que prévoit le protocole signé à Kinshasa
Le 1er septembre 2026, l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain, l’ANSER, a signé un protocole d’accord avec l’entreprise française ITRA Group. L’objectif affiché est de repérer des sites, de préparer des projets et d’en structurer le développement avant une éventuelle mise en œuvre. L’ANSER évoque une enveloppe d’environ 900 millions de dollars pour une capacité solaire cumulée de 650 MW et la création potentielle d’environ 5 000 emplois directs.
Les discussions ont cité plusieurs pôles économiques. À Mbujimayi, dans le Kasaï-Oriental, des capacités de 50 à 100 MW ont été évoquées. À Lubumbashi et Likasi, dans le Haut-Katanga, il est question de 100 MW pour chacune des deux villes. Dans le Lualaba, deux projets ont été mentionnés à Kolwezi, avec des puissances annoncées de 250 MW et 300 MW. À ce stade, il s’agit d’intentions de travail et non de centrales déjà construites.
Le partenaire français n’est pas un grand groupe coté, mais une société installée à Vergèze, dans le Gard, spécialisée dans le photovoltaïque, les bornes de recharge, l’électricité, la climatisation et les pompes à chaleur. Ses références publiques visibles concernent surtout des installations de petite et moyenne taille en France. Cette base documente une compétence technique, mais ne suffit pas, à elle seule, à établir une expérience comparable à des centrales de plusieurs dizaines ou centaines de mégawatts.
Pourquoi le solaire parle d’abord aux territoires congolais
Le choix du solaire n’a rien d’anecdotique. En RDC, les besoins sont dispersés, les distances longues, et le coût de raccordement au réseau national reste souvent élevé pour des villes secondaires ou des zones périurbaines. Le ministère congolais des Ressources hydrauliques et électriques rappelle par ailleurs que le pays veut transformer son potentiel énergétique en production réellement distribuée sur le territoire.
Pour les ménages, l’enjeu est immédiat : lumière, recharge, froid alimentaire, petits commerces, pompe à eau, services de santé. Pour les entreprises, surtout dans les provinces minières du sud-est, l’électricité conditionne la continuité de la production, la qualité des services et la baisse des coûts liés aux groupes électrogènes. Autrement dit, un projet solaire n’est pas seulement un projet climatique. C’est aussi un outil de compétitivité locale. Cette lecture rejoint d’ailleurs le pacte énergétique congolais présenté dans le cadre de Mission 300, qui vise à élargir l’accès à l’électricité et à mieux articuler production, transport et distribution.
La RDC part avec un retard lourd. La Banque mondiale estime que la région d’Afrique subsaharienne progresse, mais trop lentement pour atteindre l’accès universel à l’horizon 2030. Dans le cas congolais, l’enjeu est aggravé par le poids démographique, l’étendue du territoire et la fragmentation des besoins entre Kinshasa, les capitales provinciales et les zones rurales.
Un signal politique, mais la suite reste la vraie bataille
Ce protocole marque une étape utile, pas encore une livraison. En RDC, beaucoup d’annonces énergétiques se heurtent ensuite à quatre verrous bien connus : la structuration financière, la sécurisation foncière, les études techniques et la capacité à fermer les montages d’investissement. L’ARE, l’autorité de régulation du secteur, insiste d’ailleurs sur la concurrence, l’équilibre économique et la réforme du marché électrique. Cela montre que la question n’est pas seulement de produire plus, mais de produire dans un cadre lisible pour l’investisseur comme pour l’usager.
Le gouvernement congolais a déjà affiché des objectifs ambitieux à travers son compact énergétique : augmenter fortement le nombre de personnes raccordées d’ici 2030 et porter le taux national d’accès à un niveau bien supérieur à celui observé aujourd’hui. Dans ce cadre, les solutions décentralisées, comme les centrales solaires pour les villes secondaires et les pôles industriels, deviennent un complément stratégique aux grands chantiers hydroélectriques.
Pour les provinces citées, l’impact potentiel est concret. À Mbujimayi, Lubumbashi, Likasi ou Kolwezi, une capacité solaire bien intégrée peut réduire la dépendance aux coupures et limiter la facture des groupes thermiques. Pour les zones rurales et périurbaines, l’ANSER cherche aussi à faire monter l’éclairage public, les services de base et les usages productifs. La différence se joue donc entre une électricité de secours et une électricité qui soutient réellement l’activité économique locale.
Une portée régionale qui dépasse la seule RDC
À l’échelle africaine, le dossier congolais rappelle une évidence : les grands potentiels énergétiques ne suffisent pas si les financements, les réseaux et les cadres contractuels ne suivent pas. La RDC fait partie des pays que les partenaires internationaux regardent comme centraux pour la transition énergétique du continent, notamment parce que ses ressources peuvent soutenir à la fois l’accès domestique et la coopération régionale en Afrique centrale et australe.
Le dossier sera donc à surveiller sur un point précis : la transformation du protocole en projets bancables, avec des sites validés, des études achevées et des investisseurs réellement engagés. C’est à cette condition que l’annonce du 1er septembre 2026 pourra dépasser le stade de la promesse et entrer dans la géographie concrète de l’électricité congolaise.