À Kindu, vendre de l’or artisanal pourrait bientôt signifier moins d’argent liquide à transporter et davantage d’opérations enregistrées. Mais rapprocher une banque des acheteurs ne suffit pas, à lui seul, à faire entrer durablement toute une filière dans les circuits officiels.
Le 5 octobre 2026, Equity BCDC a inauguré un guichet au sein des locaux de DRC Gold Trading SA, dans la capitale du Maniema. Cette implantation ajoute un service bancaire au dispositif mis en place par l’entreprise publique pour acheter et commercialiser l’or artisanal en République démocratique du Congo (RDC).
À Kindu, un point bancaire au cœur des transactions
Le nouveau guichet vise les négociants, les coopératives et les exploitants artisanaux qui vendent ou achètent de l’or. Ils doivent pouvoir accéder aux services bancaires sur le même site que les opérations de commercialisation. L’Agence congolaise de presse rapporte que le dispositif doit notamment faciliter le paiement des vendeurs et réduire le transport de liquidités.
Selon Patient Ngongo, responsable provincial d’Equity BCDC, le partenariat doit aussi contribuer à la traçabilité des flux et à la lutte contre la fraude minière. Ce sont des objectifs annoncés par les partenaires, pas encore des résultats mesurés. Les modalités pratiques — délais de paiement, frais, disponibilité des fonds et conditions de change — n’ont pas été détaillées dans les informations publiques consultées.
Cette réserve compte sur le terrain. Un paiement bancaire n’est intéressant pour un négociant que s’il reste rapide, accessible et compétitif. Les acteurs qui travaillent loin de Kindu peuvent aussi devoir supporter le coût du déplacement. Pour les exploitants, souvent organisés en coopératives ou en petites unités, les démarches d’ouverture de compte et l’accès aux services financiers pèseront dans le choix du canal de vente.
Un réseau bancaire qui se construit par étapes
Le guichet d’Equity BCDC n’est pas le premier lien bancaire noué autour de DRC Gold Trading. En mars 2025, lors de l’ouverture de son bureau au Maniema, l’entreprise avait évoqué un partenariat avec Rawbank. Elle cherchait alors à rassurer les coopératives et les négociants sur sa capacité à acheter leur production et à effectuer les paiements.
En août 2026, DRC Gold Trading et la Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO) ont également annoncé un accord prévoyant des guichets avancés dans les installations de l’entreprise. L’ACP a rapporté que ces points de service devaient permettre de payer les négociants sur place et les encourager à ouvrir un compte. À Kindu, la présence d’Equity BCDC constitue donc une nouvelle pièce dans un réseau en formation.
Les rôles respectifs de Rawbank, de la CADECO et d’Equity BCDC n’ont toutefois pas été précisés publiquement. Il reste aussi à savoir comment les guichets fonctionneront ensemble, où les services seront disponibles et si les acteurs pourront choisir leur banque. Sans ces précisions, l’extension de la présence bancaire ne permet pas encore d’évaluer la couverture réelle du dispositif.
Le poids du Maniema donne à Kindu une portée particulière
Le choix du Maniema répond à l’importance de la province dans les exportations déclarées d’or artisanal. Les statistiques minières 2025 de la Cellule technique de coordination et de planification minière (CTCPM), reprises par des médias économiques congolais, lui attribuent 1,15 tonne exportée, pour une valeur de 125,41 millions de dollars. Cela représenterait environ 41 % du volume national déclaré, évalué à 2,834 tonnes.
Ces données décrivent les exportations enregistrées, et non nécessairement toute la production extraite dans la province. Cet écart est central : formaliser les transactions suppose de convaincre les vendeurs de passer par les acheteurs agréés, mais aussi de rendre cette option viable face aux circuits informels ou transfrontaliers. Les chiffres officiels éclairent donc l’activité captée par les mécanismes déclarés, sans mesurer à eux seuls les flux qui leur échappent.
Pour les autorités provinciales, davantage de ventes tracées peut faciliter le suivi économique et fiscal. Pour les banques, les transactions peuvent ouvrir un marché de dépôts, de change et de services financiers. Pour les vendeurs, l’intérêt dépendra d’abord du prix proposé, de la rapidité de règlement et des frais. Les avantages attendus ne se répartissent donc pas automatiquement de la même manière entre l’État, les établissements financiers et les travailleurs de la filière.
La traçabilité dépendra des usages, pas seulement des guichets
DRC Gold Trading cherche à orienter davantage d’or artisanal vers un circuit officiel. La présence d’une banque dans ses locaux peut réduire certains risques associés au transport d’espèces et laisser une trace financière des paiements. Elle ne garantit cependant ni l’origine de chaque lot d’or, ni le respect de toutes les règles d’achat et de commercialisation. La traçabilité financière et la vérification de la provenance sont liées, mais ne se confondent pas.
Le dispositif devra aussi être jugé à partir de ses résultats : nombre de comptes effectivement utilisés, volumes achetés et exportés, délais de paiement et part des transactions réglées autrement qu’en espèces. La publication de ces indicateurs aiderait à distinguer une inauguration institutionnelle d’un changement durable dans les pratiques.
La question dépasse le Maniema. La RDC est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), deux ensembles régionaux où les échanges de minerais et les enjeux de traçabilité franchissent les frontières. Pour Kinshasa comme pour les provinces productrices, l’enjeu est de mieux suivre la valeur créée localement et les circuits empruntés par l’or.
À court terme, le prochain test se jouera dans l’usage quotidien du guichet à Kindu. Il faudra observer si les paiements sont réguliers, si les coûts restent supportables et si d’autres banques ou services complètent le réseau annoncé. C’est à cette échelle concrète que se mesurera la capacité de la bancarisation à retenir davantage d’or artisanal dans les circuits déclarés.
Pour approfondir, consultez le compte rendu de l’Agence congolaise de presse sur le guichet de Kindu, son information sur l’accord entre DRC Gold Trading et la CADECO, ainsi que les statistiques minières publiées par la CTCPM.