Au Burkina Faso, la montée en puissance de Kiaka donne à West African Resources (WAF) une nouvelle dimension. Mais produire davantage ne dépend pas seulement du minerai disponible : il faut aussi pouvoir préparer les terrains, notamment grâce aux explosifs. Cette contrainte n’a pas empêché l’entreprise d’annoncer un record trimestriel, tout en laissant ouverte la question de la régularité des approvisionnements.

Deux mines, une production en forte hausse

Pour le trimestre clos en septembre 2026, WAF déclare avoir produit 127 950 onces d’or, soit environ quatre tonnes. Le groupe indique également des ventes de 135 245 onces, à un prix moyen réalisé de 4 240 dollars l’once. Depuis janvier, sa production atteint 360 857 onces, environ 11,2 tonnes. Ces chiffres figurent dans sa mise à jour de production du troisième trimestre 2026.

La société maintient son objectif annuel entre 430 000 et 490 000 onces, soit environ 13,4 à 15,2 tonnes. Il s’agit d’une prévision d’entreprise, et non d’un résultat acquis. WAF affirme être en bonne voie pour l’atteindre. Le résultat final dépendra encore des performances des mines et de la capacité à maintenir les opérations jusqu’à la fin de l’année.

Kiaka, entrée en production en juin 2025, soutient cette progression. Le site complète Sanbrado, exploitation plus ancienne du groupe. Au premier trimestre 2026, les deux mines avaient déjà produit 107 728 onces, selon les chiffres de WAF rapportés par le média burkinabè L’Économiste du Faso. Le record du trimestre suivant confirme l’augmentation de l’échelle de production, même si les résultats de chaque site peuvent évoluer différemment.

Les explosifs, un maillon décisif de l’exploitation

Dans une mine à ciel ouvert, les explosifs servent à fragmenter la roche avant son extraction. Quand les livraisons manquent, les équipes peuvent devoir réorganiser les travaux et privilégier les zones accessibles sans tirs. Le décapage des roches stériles — celles qui ne contiennent pas le minerai recherché — peut alors ralentir. Or, ces travaux ouvrent l’accès aux futurs fronts d’exploitation.

La matière communiquée sur les opérations de WAF faisait état d’une amélioration des livraisons au troisième trimestre, grâce au fournisseur habituel et à un second fournisseur. Elle signalait néanmoins une disponibilité encore insuffisante. Les chiffres de production trimestriels et l’objectif annuel sont recoupés par la mise à jour de WAF. En revanche, les détails sur les volumes livrés, les restrictions antérieures et l’autorisation attendue pour l’installation de Kiaka n’apparaissent pas dans cette annonce synthétique : ils doivent donc être considérés comme des éléments rapportés par l’entreprise, et non comme des données confirmées séparément ici.

WAF a construit à Kiaka une installation destinée à fabriquer et stocker des explosifs sur place. Sa mise en service pourrait réduire la dépendance aux livraisons extérieures, mais elle nécessite une autorisation des autorités burkinabè. Le dossier illustre une réalité souvent moins visible que les tonnages produits : les performances d’une mine reposent aussi sur la logistique, les permis et les infrastructures de soutien.

Un secteur stratégique sous davantage de contrôle national

L’or occupe une place importante dans l’économie burkinabè et fait l’objet d’un suivi public accru. Au premier semestre 2026, le ministère chargé des Mines a annoncé environ 55 tonnes d’or passées par les circuits officiels, dont près de 26 tonnes issues des mines industrielles et environ 29 tonnes collectées auprès des exploitations artisanales et semi-mécanisées. Ces chiffres, rapportés par le média burkinabè Espoir Info, donnent une échelle nationale, mais ne correspondent pas uniquement à la production des grandes mines.

Le débat porte aussi sur la part de valeur qui reste dans le pays. L’État burkinabè détient une participation dans Kiaka et a engagé des démarches pour l’accroître, selon les informations publiées en avril par L’Économiste du Faso. Parallèlement, le ministère des Mines suit les plans d’achats locaux des sociétés minières au moyen de sa plateforme officielle de contenu local. L’enjeu concerne les recettes publiques, mais aussi les fournisseurs, les emplois et les activités économiques autour des sites.

Cette orientation s’inscrit dans une dynamique régionale. Plusieurs États d’Afrique de l’Ouest cherchent à renforcer leur contrôle sur les ressources minières, à transformer davantage sur place et à accroître la participation nationale. Le Burkina Faso a inauguré sa première raffinerie d’or à Ouagadougou en septembre 2026, un projet présenté par les autorités comme un moyen de développer le traitement local. L’annonce a également été rapportée par l’Associated Press.

Le prochain test : tenir le rythme sans perdre de vue les retombées

Pour WAF, les derniers mois de 2026 devront confirmer que le record du troisième trimestre peut se traduire en production annuelle conforme aux prévisions. L’entreprise a aussi signalé le démarrage de l’exploitation souterraine à M5 South. Les prochains rapports donneront des éléments supplémentaires sur les coûts, les ventes et la performance de chaque site ; la mise à jour actuelle ne suffit pas à établir la rentabilité complète du trimestre.

Pour le Burkina Faso, l’enjeu dépasse les résultats d’un groupe minier. Une production élevée peut soutenir les exportations et les recettes, mais ses retombées dépendront aussi des prélèvements publics, des achats locaux, de l’emploi et des règles encadrant l’activité. Les habitants proches des mines et les entreprises locales ne bénéficient pas automatiquement de la hausse des volumes : les mécanismes de partage et de contrôle comptent.

La suite dépendra donc de plusieurs décisions concrètes : l’approvisionnement en explosifs, l’autorisation de l’installation de Kiaka et la capacité des institutions burkinabè à suivre les engagements économiques du secteur. La trajectoire de WAF sera aussi observée dans une Afrique de l’Ouest où les gouvernements redéfinissent progressivement les conditions d’exploitation des ressources. Pour l’heure, l’objectif annuel reste celui de l’entreprise ; sa réalisation, comme ses retombées nationales, reste à mesurer.