Pour financer ses services publics et ses investissements sans dépendre autant des emprunts ou des appuis extérieurs, le Togo veut accroître les recettes prélevées sur son économie. Le défi sera de faire contribuer davantage d’activités, tout en évitant que les nouvelles règles ne pèsent de façon disproportionnée sur les entreprises et les ménages.

Une stratégie de cinq ans, dans un cadre ouest-africain

Approuvée le 29 septembre 2026, la Stratégie de mobilisation des recettes à moyen terme (SRMT) couvre la période 2027-2031. Elle doit coordonner les réformes fiscales et douanières de l’État. Le document a été présenté aux entreprises à Lomé, le 6 octobre, lors d’une réunion de concertation entre pouvoirs publics et secteur privé. Le texte d’approbation de la stratégie et son calendrier confirment qu’elle constitue désormais un cadre commun de programmation.

Le Togo appartient à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui rassemble huit pays partageant notamment le franc CFA et des règles de convergence économique. La stratégie s’inscrit aussi dans l’effort régional visant à renforcer les recettes publiques. Le seuil de pression fiscale de 20 % du produit intérieur brut (PIB), souvent cité dans les débats, sert de repère communautaire. Il ne signifie pas que chaque pays peut l’atteindre sans tenir compte de la structure de son économie.

Cette nouvelle feuille de route prolonge un chantier déjà engagé. Le programme soutenu par le Fonds monétaire international depuis 2024 fait de la mobilisation des ressources intérieures un levier de consolidation budgétaire. Le FMI souligne toutefois que la stratégie est ambitieuse et que ses objectifs dépendront de réformes concrètes, ainsi que de la capacité des administrations à les appliquer. Son rapport sur le programme togolais évoque notamment un objectif de hausse annuelle des recettes équivalant à 0,5 point de PIB.

Une forte hausse attendue, mais un écart de chiffres à éclaircir

La SRMT vise 2 109 milliards de FCFA de recettes fiscales en 2031, contre 1 043,7 milliards en 2026. Ces montants correspondent à une trajectoire ambitieuse sur cinq ans. Les leviers annoncés sont l’élargissement de l’assiette fiscale, la numérisation du recouvrement et la réduction ou la rationalisation des dépenses fiscales, c’est-à-dire des recettes auxquelles l’État renonce par des exonérations ou des avantages particuliers.

Un chiffre mérite cependant d’être présenté avec prudence. Les éléments publiés à l’occasion de la présentation de la stratégie estiment la pression fiscale à 13,1 % du PIB en 2025. Dans son rapport de 2026, le FMI utilise d’autres valeurs de référence et projette un ratio de 13,7 % en 2026. Ces données ne portent pas sur la même année et peuvent reposer sur des hypothèses ou des périmètres différents : elles ne doivent donc pas être confondues. Les autorités togolaises ont, pour leur part, décrit l’écart entre le niveau actuel, le repère communautaire et le potentiel fiscal du pays comme un enjeu majeur.

Les encaissements du premier semestre donnent un point de comparaison, sans préjuger du résultat annuel. L’Office togolais des recettes (OTR), l’administration chargée des impôts et des douanes, a mobilisé 507,82 milliards de FCFA à fin juin 2026, soit 14,3 % de plus qu’un an auparavant. Ce montant représente 46,3 % d’un objectif annuel de 1 338,9 milliards, selon les données du Trésor rapportées par Togo First. La progression semestrielle est réelle, mais elle ne suffit pas à établir que la cible de fin d’année sera atteinte.

Le numérique peut simplifier, mais aussi déplacer les contraintes

La stratégie mise sur des outils numériques pour mieux repérer les transactions et faciliter les déclarations. La facture électronique certifiée, prévue par la loi de finances 2026, doit notamment améliorer la traçabilité et le contrôle de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). En septembre, l’OTR a également lancé e-TPU, une plateforme permettant aux contribuables concernés de déclarer et de payer en ligne la taxe professionnelle unique, un régime applicable à certaines petites activités et entreprises. Le ministère togolais des Finances présente le service comme accessible à toute heure depuis un téléphone.

Ces dispositifs peuvent limiter les déplacements, les files d’attente et les ressaisies administratives. Ils peuvent aussi améliorer la régularité des paiements. Mais leur efficacité dépendra de l’accès aux outils, de la qualité du réseau, de l’accompagnement des usagers et de la simplicité des démarches. Pour les petites entreprises, notamment celles qui travaillent avec peu d’équipement ou dans l’informel, une procédure exclusivement numérique pourrait créer de nouveaux coûts si des solutions d’assistance ne suivent pas.

La réforme touche ainsi des acteurs différents. Une entreprise formelle pourrait gagner en prévisibilité si les procédures sont plus claires et les litiges traités de manière cohérente. Une petite activité peut, au contraire, craindre que l’élargissement de l’assiette ne se traduise surtout par davantage de contrôles ou de formalités. Les recettes supplémentaires ne reposent donc pas uniquement sur les taux d’imposition : elles dépendent aussi de la confiance, de règles compréhensibles et d’un traitement équitable entre contribuables.

Lors des échanges avec le secteur privé, le patronat a salué la création d’instances de recours administratif et de règlement des litiges douaniers. Ces mécanismes peuvent donner aux entreprises une voie pour contester une décision sans réduire la réforme à une relation de contrôle. Leur portée dépendra toutefois de leur indépendance pratique, de leurs délais et de la manière dont leurs décisions seront appliquées.

Le résultat se jugera dans la mise en œuvre

Pour l’État, des recettes intérieures plus régulières peuvent soutenir les dépenses publiques et réduire la vulnérabilité aux financements extérieurs. Pour les Togolais, l’enjeu est aussi de savoir si les ressources collectées améliorent effectivement les services et les équipements. La stratégie prévoit un suivi dédié et des évaluations en 2029 et 2031. Ces rendez-vous permettront de comparer les objectifs aux résultats, et d’observer qui contribue réellement à l’effort fiscal.

Le débat dépasse les frontières togolaises. Dans l’UEMOA, les gouvernements cherchent à financer leurs priorités tout en respectant les engagements budgétaires communs. Le cas du Togo illustre une question partagée dans la région : comment élargir les recettes sans faire peser l’ajustement uniquement sur les entreprises déjà déclarées et les consommateurs formels ? La réponse se mesurera autant à la progression des recettes qu’à l’équité du système, à la qualité des services rendus et à la capacité des petites activités à entrer dans le dispositif sans être pénalisées.