Une centrale annoncée de 20 mégawatts ne suffira pas, à elle seule, à transformer l’économie du Kasaï-Central. Mais, si le financement se concrétise et que l’électricité arrive jusqu’aux usagers, le projet de Mbombo pourrait desserrer un frein majeur pour les ménages, les services publics et les petites entreprises de la province.

Un projet provincial dans un pays où l’accès reste limité

La République démocratique du Congo dispose d’importantes ressources hydroélectriques, mais une grande partie de sa population reste sans accès régulier à l’électricité. Le défi ne concerne pas seulement la production. Il faut aussi financer les lignes, raccorder les localités et rendre le service assez fiable pour les activités quotidiennes.

Les chiffres nationaux varient selon les méthodes et la couverture des données. Le compact énergétique congolais retient un taux d’accès de 21,5 % en 2024, tout en signalant les limites des statistiques disponibles. Le gouvernement vise au moins 62 % d’ici à 2030. Ces objectifs donnent une mesure de l’ampleur du chantier, mais ne garantissent pas que les nouvelles capacités bénéficieront rapidement aux zones rurales.

Le Kasaï-Central, dont Kananga est le chef-lieu, illustre ces écarts territoriaux. L’enquête de l’Institut national de la statistique sur les conditions de vie des ménages en 2024 estime à 79,8 % l’incidence de la pauvreté monétaire dans la province. Ce chiffre décrit la part de la population sous le seuil de pauvreté retenu par l’enquête ; il ne résume ni les ressources locales ni les initiatives économiques qui s’y développent.

Trente millions annoncés pour amorcer Mbombo

Le 27 octobre 2026, à Tshibambula, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a annoncé une contribution de 30 millions de dollars du Fonds de promotion de l’industrie (FPI) pour démarrer le barrage hydroélectrique de Mbombo. Une publication de la Primature reprise par un média congolais confirme cette annonce. Les informations disponibles présentent le montant comme une contribution de l’État via le FPI, et non comme le coût total du chantier.

Le projet prévoit une centrale d’environ 20 mégawatts sur la rivière Lulua. Son coût global est estimé à 120 millions de dollars et son montage doit prendre la forme d’un partenariat public-privé, c’est-à-dire une association entre l’État et des investisseurs privés pour financer ou réaliser une infrastructure. Les éléments publiés ne précisent pas encore l’identité des partenaires privés, le calendrier détaillé, ni les modalités de raccordement et de distribution.

« Le Kasaï central ne demande pas de faveur, mais sa juste part du développement », a déclaré la Première ministre lors du meeting. Elle a également présenté le projet comme une contribution à l’amélioration des services sociaux de base et au soutien des activités économiques de la province. La citation exprime l’engagement politique annoncé ; elle ne constitue pas, à elle seule, une garantie de réalisation.

De la production à l’électricité réellement disponible

Pour les ménages, l’enjeu sera la régularité du courant et son coût. Pour les centres de santé, les écoles et les autres services publics, une alimentation plus fiable peut faciliter le fonctionnement d’équipements essentiels. Mais ces effets dépendront de la capacité du projet à produire, puis à acheminer l’électricité jusqu’aux utilisateurs.

Les petites entreprises et les activités de transformation pourraient aussi en bénéficier. Dans une province où l’agriculture vivrière et le commerce occupent une place importante, une électricité fiable peut aider à conserver ou transformer des produits, faire fonctionner des ateliers et réduire le recours à des solutions autonomes coûteuses. Ce sont des possibilités, pas des retombées déjà acquises : elles supposent des raccordements accessibles, une desserte stable et des tarifs compatibles avec les revenus locaux.

Le partage du financement soulève également des questions concrètes. Les 30 millions annoncés représentent un quart du coût global estimé. Il reste donc à préciser comment seront mobilisés les 90 millions restants, quels risques incomberont aux partenaires privés et comment le projet sera supervisé. La transparence sur ces points aidera à distinguer l’annonce de financement du démarrage effectif des travaux.

La réussite se jouera enfin dans les infrastructures qui entourent le barrage. La centrale devra être reliée à un réseau capable de transporter et de distribuer l’énergie. Sans investissements complémentaires, une hausse de la production peut ne pas se traduire par une amélioration nette pour les localités éloignées ou les acteurs de l’économie informelle. Les étapes de raccordement, les bénéficiaires prioritaires et les modalités d’entretien méritent donc autant d’attention que la construction elle-même.

Une portée qui dépasse le Kasaï-Central

Mbombo s’inscrit dans la politique énergétique nationale de la RDC, qui cherche à attirer des financements publics et privés et à étendre l’accès à l’électricité. La province relève de l’espace de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale à laquelle la RDC appartient. À cette échelle, le projet rappelle que l’intégration énergétique dépend aussi de solutions nationales et locales : produire davantage ne suffit pas si les réseaux restent incomplets.

Pour les Congolais, et particulièrement les habitants du Kasaï-Central, les prochaines étapes seront plus parlantes que les annonces : bouclage du financement, calendrier des travaux, construction des lignes et définition des conditions d’accès. La cible nationale de 62 % d’électrification en 2030 donne un horizon politique. La question centrale, pour Mbombo, sera de savoir quand la puissance annoncée deviendra un service fiable pour les foyers, les services publics et les entreprises.

Sources consultées : données de l’INS sur la pauvreté provinciale, analyse du PNUD sur la géographie de la pauvreté en RDC, compte rendu congolais de l’annonce sur Mbombo, compact énergétique de la RDC, Radio Okapi sur l’objectif d’accès à l’électricité.