Quand la pression monte, la caisse publique ne peut pas faiblir

En République démocratique du Congo, l’équation budgétaire reste rude. L’État doit financer la sécurité, les salaires, les services publics et les urgences sanitaires, tout en absorbant les chocs venus de l’Est, des prix internationaux et des tensions sur le franc congolais. Dans ce contexte, chaque point de recettes compte davantage qu’un slogan.

Le signal envoyé cette semaine est donc important. Les autorités congolaises disent avoir davantage collecté en 2025 qu’en 2024, alors même que la guerre dans l’Est, la riposte à Ebola et les contraintes économiques continuent de peser sur les finances publiques. Cette amélioration ne règle rien, mais elle montre que la mobilisation interne des ressources avance, à Kinshasa comme dans le reste du pays.

Des recettes en hausse, mais un budget sous tension

Selon les chiffres communiqués par le ministère des Finances et recoupés par la Banque centrale du Congo, les recettes intérieures ont atteint 28.294,8 milliards de CDF à fin 2025, contre 26.457,3 milliards de CDF en 2024. Cela représente une progression annuelle d’environ 7,4 %. La Banque centrale a aussi indiqué que ces recettes ont dépassé les prévisions de 2025, établies à 27.401,2 milliards de CDF, avec un taux de réalisation de 103,3 %.

Dans le même temps, la Loi de finances rectificative pour 2025 a porté les recettes du budget général à 45.749 milliards de CDF, soit une hausse de 12,15 % par rapport à 2024. Cette évolution reflète un État qui tente de garder ses marges de manœuvre malgré des dépenses plus lourdes, notamment celles liées à la sécurité, aux services sociaux et aux urgences. Le cadrage budgétaire 2025 reconnaît d’ailleurs que le contexte sécuritaire dans l’Est a conduit à un collectif budgétaire orienté vers l’effort de guerre.

Pour 2026, les autorités congolaises tablent sur 33.500 milliards de CDF de recettes intérieures, soit une nouvelle hausse de 15,5 % par rapport à 2025. Cette projection reste ambitieuse, mais elle prolonge la même logique : élargir la base fiscale, mieux capter les flux économiques et réduire la dépendance aux ressources extérieures.

La réforme fiscale au cœur du rééquilibrage

Cette progression ne vient pas de nulle part. Elle s’appuie sur plusieurs réformes engagées depuis quelques années : interconnexion des régies financières, facture normalisée, télédéclaration de la TVA et modernisation de la douane. Ces outils visent à mieux suivre les flux, limiter les fuites et réduire les marges d’évasion. Le FMI a intégré plusieurs de ces mesures dans ses critères de suivi du programme de Facilité élargie de crédit, signé avec la RDC en 2021 pour 1,52 milliard de dollars.

Le dispositif de facture normalisée, déployé progressivement, change la manière dont les transactions sont tracées. Il permet de relier davantage les ventes déclarées à la TVA aux montants effectivement encaissés. C’est technique, mais essentiel : dans une économie où le secteur informel reste dominant, la capacité de l’administration à suivre les opérations commerciales devient un levier direct de recettes. Le FMI souligne également que cette réforme soutient la mobilisation des recettes intérieures et la rationalisation des dépenses fiscales.

La modernisation douanière joue le même rôle. Dans un pays-continent comme la RDC, avec des frontières longues et des corridors commerciaux multiples vers l’Angola, la Zambie, l’Ouganda, le Rwanda, le Congo-Brazzaville et la Tanzanie, la douane reste un point stratégique. Chaque amélioration de contrôle aux frontières, chaque interconnexion informatique et chaque réduction des délais peut avoir un effet immédiat sur les recettes et sur la transparence.

Des marges créées par les recettes, pas encore par la dépense

Le vrai enjeu ne se limite pas à encaisser davantage. Il faut aussi voir où va l’argent. En 2025, les dépenses publiques ont été élevées, dans un pays confronté à des charges incompressibles. La Banque centrale relève un total de 33.592,6 milliards de CDF de dépenses à fin 2025, au-dessus de la programmation annuelle. Autrement dit, la hausse des recettes aide l’État à respirer, mais elle ne fait pas disparaître la pression sur la trésorerie.

Le contexte sanitaire a ajouté une contrainte supplémentaire. En 2025 et 2026, la RDC a affronté plusieurs épisodes d’Ebola, avec des déclarations officielles dans le Kasaï puis en Ituri, et une réponse coordonnée avec l’OMS. Ces crises exigent des moyens rapides, au moment même où l’État doit déjà financer l’effort sécuritaire et préserver ses services de base. Dans ce cadre, la hausse des recettes prend une valeur politique autant que budgétaire : elle donne à l’exécutif davantage d’espace pour arbitrer, sans dépendre entièrement des décaissements extérieurs.

Pour les ménages, l’effet reste indirect. Une meilleure collecte ne nourrit pas immédiatement le panier de la ménagère de Goma, de Kisangani ou de Lubumbashi. Mais elle peut, à terme, réduire le recours à des mesures de trésorerie brutales, soutenir le paiement régulier des fonctionnaires et sécuriser les dépenses de santé, d’éducation et d’infrastructures. Dans un pays où l’économie formelle et l’économie de survie cohabitent, la qualité de la collecte est donc aussi importante que son volume.

Un test congolais pour l’Afrique centrale

La RDC n’est pas seule dans cette recherche de ressources internes. Mais son cas compte particulièrement en Afrique centrale, où la pression sur les finances publiques est forte et où les États cherchent à financer davantage par leurs propres moyens. À l’échelle continentale, le dossier congolais rappelle une évidence : la souveraineté budgétaire passe d’abord par une administration fiscale crédible, des douanes solides et une gouvernance qui inspire confiance. Le FMI l’a rappelé à sa manière en liant son appui à des réformes précises de mobilisation des recettes.

Le message est aussi régional. Dans les espaces de la CEEAC et des corridors miniers d’Afrique australe et de l’Est, la RDC dépend d’échanges transfrontaliers intenses. Si la collecte s’améliore à Kinshasa, c’est aussi le signe qu’un État peut mieux structurer ses flux commerciaux sans bloquer l’activité. Mais la suite dépendra de trois variables simples : la tenue de la sécurité à l’Est, la stabilité des prix et la capacité de l’administration à transformer des réformes techniques en recettes durables. C’est là que se jouera, en 2026, la crédibilité financière du pays.

Indicateur 2024 2025 Projection 2026
Recettes intérieures 26.457,3 milliards CDF 28.294,8 milliards CDF 33.500 milliards CDF
Budget général 40.770,8 milliards CDF 45.749 milliards CDF n.c.
Taux d’évolution des recettes intérieures +7,4 % +15,5 % attendus

Les chiffres racontent donc une avancée réelle, mais encore fragile. En RDC, la consolidation budgétaire ne se joue pas seulement dans les bureaux de Kinshasa. Elle se construit aussi dans les postes douaniers, les centres fiscaux, les marchés, les mines, les ports et les zones où l’État doit rester présent malgré les secousses.