À Manomapia, dans le Lualaba, la question ne porte plus seulement sur les volumes de cuivre et de cobalt produits. Elle concerne désormais l’air respiré par les habitants installés près de l’usine 30K de Tenke Fungurume Mining (TFM). Une nouvelle enquête signale des pics de dioxyde de soufre et des symptômes plus fréquents dans le quartier exposé. L’entreprise conteste toutefois tout lien direct entre ses activités et les problèmes de santé rapportés.

Une alerte qui s’inscrit dans une série de signalements

Le rapport a été rendu public le 21 septembre 2026 par le consortium congolais Mazingira Pour Tous, avec un appui technique de Resource Matters. Il porte sur Manomapia, un quartier de Fungurume situé à proximité de l’usine 30K. Cette installation traite le minerai de cuivre et de cobalt. Sa mise en service, en 2023, avait accompagné une montée en puissance des activités industrielles dans cette zone du Lualaba.

Les auteurs indiquent avoir combiné trois méthodes. Ils ont mesuré la qualité de l’air entre novembre 2025 et juillet 2026. Ils ont aussi suivi 209 personnes pendant dix-huit semaines, durant les saisons des pluies et la saison sèche. Enfin, ils ont recueilli 47 témoignages approfondis auprès de riverains.

Selon leurs résultats, un pic de dioxyde de soufre a atteint 1 834 microgrammes par mètre cube à Manomapia lors d’une mesure réalisée sur dix minutes. Le consortium estime que ce niveau dépasse 3,7 fois la valeur de référence de l’Organisation mondiale de la santé pour cette durée. Le dioxyde de soufre, ou SO₂, est un gaz irritant qui peut affecter les yeux et les voies respiratoires.

Le suivi sanitaire fait apparaître des écarts importants entre Manomapia et Mutende, une zone utilisée comme point de comparaison. À Manomapia, 40,7 % des participants ont déclaré des irritations oculaires, contre aucun cas dans la zone témoin. Les irritations nasales ont concerné 88,3 % des personnes suivies, contre 30,8 % à Mutende. Des saignements de nez ont également été signalés par 17,5 % des participants de Manomapia, contre 0 % dans la zone de comparaison.

Ces chiffres décrivent une différence entre deux populations. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir une causalité médicale définitive. Le rapport recommande donc des investigations indépendantes, plus longues et conduites avec un accès public aux données industrielles.

Deux enquêtes, une controverse persistante

Cette publication intervient quelques mois après une enquête de l’Environmental Investigation Agency et de PremiCongo. Présentée en mars 2026, celle-ci s’appuyait notamment sur l’analyse de plus de 1 200 dossiers médicaux, des mesures de la qualité de l’air et des entretiens avec des travailleurs et des habitants.

Les auteurs de cette première enquête estimaient que l’extension des capacités de traitement, notamment avec l’usine 30K, pouvait expliquer l’apparition ou l’aggravation de troubles respiratoires dans les communautés voisines. Ils évoquaient aussi des niveaux de SO₂ supérieurs à plusieurs références internationales. Le gouvernement de la République démocratique du Congo avait alors annoncé une inspection des installations de Tenke Fungurume.

TFM rejette les accusations de pollution à l’origine d’une crise sanitaire. Dans une réponse communiquée après la publication du nouveau rapport, la société affirme que ses unités concernées par les émissions de SO₂ disposent de systèmes de traitement des gaz et d’un suivi continu. Elle indique également appliquer une valeur de référence de 450 milligrammes par mètre cube normalisé pour certaines émissions industrielles.

L’entreprise soutient que ses relevés sont restés sous cette valeur en 2025 et depuis le début de 2026. Elle ajoute que les données dont elle dispose ne permettent pas d’établir un lien direct entre les symptômes recensés à Manomapia et le fonctionnement de l’usine 30K. TFM demande ainsi que les résultats soient examinés à partir de méthodes comparables et de données complètes.

Le désaccord porte donc sur deux niveaux. Le premier concerne les émissions à la sortie des équipements industriels. Le second concerne la qualité de l’air effectivement respiré par les habitants, selon la distance, le vent, la saison et les conditions météorologiques. Ces deux mesures ne répondent pas nécessairement à la même question.

À Fungurume, le débat dépasse la seule question technique

Pour les habitants, l’enjeu est immédiat. Les populations riveraines ne disposent pas toujours des mêmes moyens que l’entreprise pour documenter une exposition répétée. Les consultations médicales, les déplacements vers les centres de santé et les journées de travail perdues peuvent peser davantage sur les ménages dépendant de l’économie informelle.

La proximité entre les habitations et les installations industrielles ajoute une dimension sociale au dossier. Manomapia fait déjà l’objet de discussions sur son avenir et sur les conditions d’un éventuel déplacement de familles. Une décision prise sans données publiques, sans consultation et sans garanties claires pourrait accroître la défiance entre les communautés, l’entreprise et les autorités.

La responsabilité première revient aux institutions congolaises compétentes. Elles doivent pouvoir vérifier les relevés de l’entreprise, contrôler les équipements, examiner les plaintes médicales et publier leurs conclusions. Une inspection crédible devrait associer des experts indépendants, les services publics, les représentants locaux et les organisations de la société civile congolaise.

Le droit congolais reconnaît la protection de la santé et de l’environnement. Dans ce contexte, la publication des études d’impact, des plans de gestion environnementale et des données de surveillance serait un élément central. Elle permettrait de distinguer une non-conformité industrielle, un épisode ponctuel d’émission ou une exposition liée à plusieurs facteurs.

Un dossier suivi bien au-delà du Lualaba

Tenke Fungurume occupe une place stratégique dans la filière mondiale du cuivre et du cobalt. Le cobalt extrait en République démocratique du Congo entre dans des chaînes d’approvisionnement utilisées notamment par l’industrie des batteries et des véhicules électriques. La demande mondiale de minerais destinés à la transition énergétique ne fait donc pas disparaître les exigences sanitaires. Elle les rend plus visibles.

Pour Kinshasa, le dossier met à l’épreuve la capacité de l’État à encadrer un secteur minier essentiel aux recettes publiques et aux exportations. Pour les communautés du Lualaba, il pose une question plus concrète : le développement industriel peut-il améliorer les revenus sans transférer ses coûts sanitaires vers les quartiers voisins ?

La suite dépendra de la réponse des autorités et de la qualité de l’expertise mobilisée. Il faudra surveiller la publication d’une inspection indépendante, l’accès aux données de TFM et l’évolution des symptômes dans les zones exposées. Tant que ces éléments ne seront pas réunis, les accusations de pollution et les démentis de l’entreprise resteront deux versions concurrentes d’un même problème public.