Une hausse de température peut sembler modeste sur le papier. Dans le bassin du Congo, elle concerne pourtant les saisons, les récoltes et les prévisions dont dépendent des millions d’habitants. Pour mieux mesurer cette évolution, des chercheurs ont remis en circulation des relevés longtemps conservés sur papier en République démocratique du Congo (RDC).
Des carnets de stations météo remis en circulation
À Yangambi, dans la province de la Tshopo, l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA) conservait des feuilles d’observations issues de 37 stations météorologiques. Des équipes ont photographié 9 885 feuilles manuscrites, puis utilisé un logiciel de transcription assistée par apprentissage automatique. Les données ont ensuite été contrôlées et mises à disposition dans des dépôts ouverts.
Le travail a produit plus d’un million d’observations quotidiennes et infraquotidiennes. Elles couvrent notamment les températures et les précipitations. La série complète du jeu de données va de 1908 à 2023, mais les relevés étudiés dans cette opération concernent surtout la période allant des années 1960 aux années 1990, avec quelques prolongements ultérieurs.
Publiée le 12 octobre 2026 dans la revue scientifique Earth System Dynamics, l’étude examine les tendances de température dans 21 stations. Pour les pluies intenses, l’analyse porte sur trois stations seulement, celles dont les relevés satisfaisaient les critères de durée et de qualité retenus par les chercheurs.
Le signal du réchauffement se précise
Sur la période 1961-1990, les températures maximales ont augmenté d’environ 0,7 °C en valeur médiane dans les stations analysées. Les températures minimales ont progressé d’environ 0,3 °C et les moyennes de 0,5 °C. Les auteurs relèvent aussi que le nombre moyen de journées chaudes a presque doublé entre les premières et les dernières décennies de cette période.
Ces résultats s’accordent avec une étude antérieure menée à Yangambi sur des mesures couvrant 1960-2020. Celle-ci constatait également une hausse durable des températures et des épisodes chauds, avec une accélération depuis le début des années 1990. Ce recoupement renforce le constat du réchauffement, sans transformer les données de quelques stations en mesure exhaustive de chaque partie du bassin.
La prudence s’impose davantage encore pour les précipitations. Seules trois stations disposaient d’assez longues séries quotidiennes validées pour étudier les épisodes de fortes pluies. Deux montrent une fréquence accrue de pluies intenses, mais cet échantillon ne permet pas de conclure à une tendance générale pour toute la RDC ou l’ensemble du bassin.
Un enjeu direct pour l’agriculture et la prévision
Des relevés locaux et continus aident à comprendre les changements qui touchent les territoires. Pour les agriculteurs, le calendrier des pluies et la chaleur influencent les périodes de semis, les besoins en eau et les rendements. À Yangambi, la recherche menée sur six décennies a déjà associé le réchauffement et l’évolution des saisons des pluies à des effets sur les cultures.
Les observations au sol servent aussi à vérifier les produits satellitaires et les réanalyses météorologiques, qui combinent modèles et mesures disponibles. Dans une région où les stations sont rares, les estimations peuvent diverger des relevés locaux. La nouvelle étude relève notamment des écarts avec ERA5-Land pour certaines stations et périodes. Les archives remettent donc à l’épreuve les outils utilisés pour décrire le climat passé et anticiper son évolution.
Cette opération souligne également l’importance des institutions congolaises. Les feuilles étaient conservées dans les archives de l’INERA à Yangambi, et l’accès au fonds ainsi que la connaissance des stations ont rendu leur valorisation possible. La numérisation n’efface pas les lacunes du réseau d’observation actuel. Elle permet cependant de préserver des mesures fragiles et de les rendre consultables par d’autres équipes.
Une portée qui dépasse les frontières de la RDC
Le bassin du Congo s’étend au-delà de la RDC et relie plusieurs pays d’Afrique centrale. Comprendre les variations de température et de pluie dans cette vaste région importe pour l’agriculture, la gestion de l’eau et l’étude des forêts. Les résultats congolais contribuent ainsi à une connaissance régionale, mais ils ne décrivent pas automatiquement les conditions de chaque pays riverain.
Le prochain enjeu est de compléter les séries historiques et de maintenir des observations régulières sur le terrain. Les chercheurs signalent que des données supplémentaires pourraient affiner les analyses des épisodes extrêmes et aider à évaluer les modèles climatiques régionaux. Pour les services météorologiques et les décideurs, des informations mieux vérifiées peuvent améliorer les prévisions et la planification, de Kinshasa aux territoires éloignés de la capitale.
Les archives ne racontent pas seulement le climat d’hier. Elles montrent aussi la valeur d’un patrimoine scientifique conservé en RDC et le rôle des chercheurs congolais dans sa mise en partage. Leur exploitation donne une base plus solide pour suivre les changements à venir, à condition de poursuivre les mesures et de ne pas confondre un signal observé dans certaines stations avec une certitude uniforme sur tout le bassin.
Pour consulter les travaux, voir l’étude sur les archives météorologiques de la RDC et la recherche de long terme menée à Yangambi.