Quand l’or s’arrête, tout un village se fige
Dans l’ouest de la République centrafricaine, à quelques kilomètres de la frontière camerounaise, Zamboï vit au rythme des puits, des pelles et des pick-up chargés de gravier. Quand le site aurifère s’arrête, ce n’est pas seulement un chantier qui se tait : c’est une économie locale entière qui perd son moteur. Le village, construit autour de l’activité minière, se retrouve soudain avec moins de circulation, moins d’achats et moins de débouchés pour les familles qui en dépendent.
Cette fragilité s’inscrit dans un décor plus large. En République centrafricaine, l’or et le diamant occupent une place importante dans les recettes et dans l’emploi, mais une large part du secteur reste informelle, difficile à contrôler et exposée aux accidents. Le pays a adopté un nouveau code minier en 2024, justement pour renforcer la gouvernance, la transparence et l’encadrement des titres miniers, tandis que l’ITIE a rappelé en 2024 que le gouvernement devait encore améliorer la publication des contrats et la divulgation de la propriété effective.
Après l’éboulement, la fermeture prolongée
Le 18 août 2026, un éboulement a frappé un site d’orpaillage artisanal de Zamboï, dans la préfecture de la Nana-Mambéré, près de Baboua et de la frontière avec le Cameroun. Les bilans publiés dans les premiers jours ont varié selon les sources, mais ils ont convergé vers un drame d’ampleur : au moins plusieurs dizaines de morts, puis plus de cent victimes à mesure que les corps étaient retrouvés. Le gouvernement centrafricain a ensuite ordonné l’arrêt des activités sur le site.
Deux semaines plus tard, la suspension continue de peser sur Zamboï. Sur place, la vie quotidienne s’est contractée autour de l’attente. Des jeunes tuent le temps, les échanges commerciaux ralentissent, et les revenus liés au chantier ne tombent plus. C’est ce basculement qu’ont décrit les habitants et les responsables locaux : la fermeture n’a pas seulement stoppé une extraction, elle a aussi cassé une chaîne de petits métiers qui faisait vivre une partie du village.
La géographie du site explique aussi le risque. Zamboï, parfois orthographié Zamboye, se situe dans une zone frontalière partagée avec le Cameroun, séparée par la Kadéï. Côté centrafricain, les travaux se déroulent sur des reliefs plus pentus, où les glissements de terrain sont plus dangereux, surtout pendant la saison des pluies. Les autorités camerounaises ont d’ailleurs confirmé que l’accident s’était produit du côté centrafricain, tout en soulignant la porosité du bassin minier transfrontalier.
Une économie de survie, une gouvernance sous tension
À Zamboï, l’agriculture, la pêche, la chasse et le commerce restent peu développés. Dans ce type de localité, la mine artisanale joue souvent le rôle d’employeur, de marché et de point d’ancrage social. Quand elle ferme, les familles perdent un revenu direct, mais aussi une circulation d’argent qui irrigue les vendeuses, les transporteurs, les restauratrices, les petits revendeurs et les propriétaires de parcelles louées aux travailleurs. Cette dépendance est typique de plusieurs zones minières centrafricaines, où l’orpaillage structure le peuplement et les déplacements de main-d’œuvre.
Le problème dépasse le seul village. Le code minier centrafricain prévoit déjà que tout accident doit être signalé et qu’en cas de danger, l’administration peut prendre les mesures nécessaires pour faire cesser le risque. Mais la répétition des effondrements montre l’écart entre le texte et le terrain. En pratique, la faiblesse du contrôle, l’ampleur de l’exploitation artisanale et la circulation de travailleurs venus parfois de l’autre côté de la frontière compliquent l’application des règles.
C’est précisément ce point que veulent corriger les autorités et une partie de la société civile. Le ministère des Mines met en avant la formalisation du secteur, la transparence et l’encadrement des exploitants. De son côté, la société civile locale appelle à une étude plus poussée sur la gouvernance minière, afin d’identifier les failles de sécurité, de mieux cibler les détenteurs de permis et, si nécessaire, de saisir la justice. Cette lecture est importante : le débat ne porte pas seulement sur une fermeture temporaire, mais sur la manière dont l’or est extrait, contrôlé et sécurisé.
Ce que Zamboï dit de l’Afrique centrale
Zamboï n’est pas un cas isolé. Dans la sous-région, les sites d’orpaillage artisanaux sont nombreux, souvent frontaliers, et les mouvements de travailleurs passent d’un pays à l’autre au gré des chantiers et des cours de l’or. Le Cameroun lui-même a évoqué des mesures de restructuration de son artisanat minier, signe que les risques, les flux et les enjeux fiscaux traversent les frontières. En Afrique centrale, la sécurité minière devient ainsi un sujet de coopération concrète, bien au-delà des discours sur la simple exploitation des ressources.
Pour Bangui, l’enjeu est double. Il faut protéger les travailleurs, mais aussi éviter qu’une fermeture prolongée n’asphyxie des localités entières où l’État est peu présent et où la mine remplace souvent d’autres services absents. Pour les habitants, la question immédiate reste le revenu. Pour l’administration, elle est juridique et sécuritaire. Pour le pays, elle touche à la crédibilité de la réforme minière engagée depuis 2024.
Au niveau continental, le dossier résonne avec un défi plus large : transformer l’or africain en richesse durable, plutôt qu’en source d’accidents, de pertes fiscales et d’insécurité. La République centrafricaine dispose d’un potentiel minier réel, mais la valeur de ce potentiel dépend désormais de la capacité des autorités à faire respecter les règles, à sécuriser les sites et à formaliser une activité qui nourrit des milliers de ménages. C’est sur ce terrain, très concret, que se jouera la suite.