À Windhoek comme dans les villes plus éloignées, le carburant renchérit les déplacements et les coûts de livraison. La banque centrale namibienne a choisi de freiner les effets en chaîne, au risque de rendre le crédit plus cher pour les ménages et les entreprises.

Un choc énergétique qui se transmet aux prix

La Namibie est fortement exposée aux cours mondiaux du pétrole, car elle importe la majeure partie de ses produits pétroliers raffinés. La hausse du brut peut ainsi toucher le transport, la production et la distribution, bien au-delà des prix à la pompe.

Le pays évolue aussi dans un cadre monétaire étroitement lié à l’Afrique du Sud. Le dollar namibien est maintenu à parité avec le rand sud-africain. Cette relation, au cœur de la stabilité monétaire, limite la liberté de la Banque de Namibie : ses décisions de taux doivent aussi contribuer à préserver la parité et les réserves de change.

La pression sur les prix s’est accélérée en 2026. L’inflation annuelle a atteint 5,4 % en septembre, contre 4,4 % en juin, selon la banque centrale. Celle-ci attribue principalement cette hausse à la composante transport. Elle prévoit une inflation moyenne de 4,2 % en 2026, puis de 4 % en 2027, sous réserve de l’évolution des coûts énergétiques.

Le taux directeur monte à 7 %

Réuni les 26 et 27 octobre, le comité de politique monétaire a relevé le taux repo de 25 points de base, à 7 %. La décision a été annoncée le 28 octobre. Le taux repo est celui auquel les banques commerciales empruntent des dollars namibiens auprès de la banque centrale.

La Banque de Namibie présente cette hausse comme un moyen de contenir les effets indirects du carburant sur les prix et de protéger la parité avec le rand. Le relèvement porte également le taux préférentiel à 10,5 %, un taux de référence pour les prêts bancaires. Il peut donc alourdir les remboursements de certains emprunteurs, tandis que les entreprises financées à crédit pourraient reporter des investissements.

Le resserrement monétaire intervient alors que l’activité demeure fragile. La banque centrale prévoit une croissance de 2,1 % en 2026, après 1,7 % en 2025. Elle mentionne aussi des risques liés à la faiblesse de la conjoncture mondiale et à des difficultés touchant l’agriculture et la production manufacturière.

Importations et approvisionnement sous surveillance

La facture extérieure illustre la vulnérabilité du pays. Le déficit commercial a atteint 33,5 milliards de dollars namibiens entre janvier et août 2026, contre 17,8 milliards sur la même période en 2025. Les importations de combustibles minéraux ont contribué à cette dégradation, dans un contexte de prix énergétiques élevés.

Les données de l’Agence namibienne des statistiques confirment le poids des produits pétroliers dans les achats extérieurs : ils représentaient 21,3 % des importations en mai 2026, selon le dernier bulletin accessible sur son site. Le déficit commercial ne se résume toutefois pas à l’énergie : il reflète aussi la dépendance du pays à des biens achetés à l’étranger.

La question de l’organisation des approvisionnements reste tout aussi importante. Le gouvernement avait confié à Vitol un accord temporaire de fourniture en gros pour juillet à septembre, prolongé jusqu’en octobre. Le ministère chargé de l’énergie a indiqué qu’un appel à propositions devait couvrir la période du 1er novembre 2026 au 31 janvier 2027, avant l’introduction envisagée d’un nouveau cadre d’importation.

Cette transition compte pour les distributeurs, les transporteurs et les consommateurs. Une procédure concurrentielle pourrait modifier les conditions d’achat, mais son effet sur les prix dépendra des offres reçues, des cours mondiaux et de la logistique. La dépendance aux importations restera, elle, un facteur de risque.

Un équilibre monétaire à suivre dans la région

La hausse des taux ne règle pas directement le coût mondial du pétrole. Elle vise plutôt à empêcher qu’un choc importé ne se diffuse durablement dans les prix et à réduire les risques pesant sur la parité monétaire. La banque centrale estime que les réserves atteignaient 59,3 milliards de dollars namibiens fin septembre, soit l’équivalent de 3,6 mois d’importations.

Pour les ménages, l’enjeu est double : préserver le pouvoir d’achat face au transport plus cher sans ajouter trop de pression sur les crédits. Pour les entreprises, la facture énergétique peut réduire les marges et renchérir les livraisons, alors que le crédit devient plus coûteux. Les effets varieront selon les secteurs et les capacités de répercussion sur les prix.

Membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Namibie partage avec ses voisins des enjeux d’approvisionnement et d’interconnexion économique. Mais sa parité monétaire avec le rand donne une dimension particulière aux décisions de Windhoek : l’écart des taux et les mouvements de capitaux comptent aussi pour la stabilité financière régionale.

La prochaine réunion du comité monétaire, prévue les 7 et 8 décembre 2026, permettra d’évaluer l’inflation, les coûts énergétiques et les réserves. D’ici là, le prix du pétrole et la mise en place du prochain dispositif d’approvisionnement resteront deux indicateurs déterminants.

Pour le détail de sa décision, la Banque de Namibie publie son annonce de politique monétaire d’octobre 2026. Les chiffres commerciaux figurent aussi dans les publications de l’Agence namibienne des statistiques.