Entre les premiers forages et une éventuelle mine, il reste un long chemin. En Namibie, le projet Bonya doit encore démontrer que ses terres rares peuvent être extraites de manière techniquement viable et économiquement rentable. Les prochaines étapes transformeront des indices géologiques en données plus solides — sans garantir, à elles seules, la construction d’une exploitation.
Un projet d’exploration dans une région minière
Bonya se situe dans le sud-ouest de la Namibie. Il réunit deux zones d’exploration, Teufelskuppe et Kieshöhe, où les équipes étudient des formations de carbonatite, des roches susceptibles de concentrer certains éléments des terres rares. Le projet s’inscrit dans un pays où l’activité minière, notamment l’uranium et les diamants, occupe déjà une place importante dans l’économie.
La Namibie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des pays de la région autour d’objectifs de coopération économique. La question dépasse donc l’exploration d’un seul site : la transformation locale des minerais et la répartition de la valeur produite comptent parmi les enjeux régionaux, alors que plusieurs pays cherchent à développer leurs ressources minérales.
Kendrick Resources, société d’exploration cotée à Londres, a conclu en février 2026 un accord lui donnant une participation de 70 % dans les permis liés à Bonya. Cette part ne signifie pas que la compagnie possède déjà une mine en production. Elle reste engagée dans une phase d’exploration et d’évaluation, avec des étapes techniques et réglementaires encore à franchir.
Des forages aux premières estimations
Le 28 octobre 2026, Kendrick a indiqué avoir achevé à Teufelskuppe un programme de six mois : 100 forages, pour un total de 7 512 mètres. L’objectif était notamment de mieux comprendre les formations minéralisées sous la surface. Un média namibien spécialisé avait également rapporté la veille l’achèvement de plus de 100 forages et la progression du travail d’évaluation.
La société a confié à Sound Mining, un cabinet indépendant, la préparation d’une première estimation des ressources minérales de Teufelskuppe. Elle vise une publication d’ici la fin janvier 2027. Cette estimation doit préciser le volume de roche concerné, sa teneur en éléments recherchés et le niveau de confiance des données. Elle sera établie selon le code JORC, une norme australienne utilisée pour présenter les résultats d’exploration minière.
La différence entre une estimation et une réserve exploitable est essentielle. Une estimation des ressources décrit ce que les données géologiques permettent d’évaluer. Elle ne prouve pas que l’extraction sera rentable, ni que toutes les matières présentes pourront être récupérées. Les résultats devront encore être confirmés par des analyses certifiées et des études portant sur les coûts, les procédés et les contraintes du site.
Les travaux se poursuivent aussi à Kieshöhe, le second secteur de Bonya. Kendrick y mène des forages pour déterminer si cette zone peut compléter le potentiel de Teufelskuppe. À ce stade, les deux sites n’ont pas le même degré d’avancement : la première estimation annoncée concerne Teufelskuppe, tandis que Kieshöhe reste en cours d’évaluation.
La récupération, un test décisif
La quantité présente dans la roche n’est qu’une partie de l’équation. Il faut aussi savoir quelle proportion des éléments pourra être séparée et récupérée, avec quels procédés et à quel coût. Trois échantillons de Teufelskuppe ont été envoyés au laboratoire allemand Anzaplan pour des essais métallurgiques. Kendrick attend un rapport préliminaire avant la fin de 2026.
Ces tests peuvent aider à définir une chaîne de traitement adaptée. Ils ne constituent toutefois pas une démonstration de rentabilité. Le résultat dépendra notamment des teneurs confirmées, du taux de récupération, des investissements nécessaires, des dépenses d’exploitation et des conditions de financement. Une étude de préfaisabilité et une évaluation économique préliminaire sont visées pour la mi-2027.
Ces échéances sont des objectifs annoncés par l’entreprise, pas des garanties de calendrier ni de mise en production. Avant toute mine, le projet devra passer par des études supplémentaires, obtenir les autorisations nécessaires et réunir des financements. Les modalités de développement et la place de partenaires éventuels resteront également à préciser.
La valeur ajoutée en question
Pour la Namibie, l’enjeu ne se limite pas à attirer des capitaux vers l’exploration. Si Bonya avance, les décisions sur le traitement du minerai, les partenariats et les retombées locales pèseront dans la valeur que le pays pourra tirer du projet. Les annonces disponibles décrivent des travaux géologiques et des essais de laboratoire ; elles ne permettent pas encore de conclure où le minerai serait transformé, ni quels bénéfices reviendraient aux communautés concernées.
La distinction compte aussi pour les investisseurs et les pouvoirs publics. Kendrick doit financer les travaux prévus par son accord et établir la viabilité potentielle du projet. Pour la population et les activités locales, les effets concrets dépendront de décisions ultérieures : choix techniques, besoins en infrastructures, emplois, gestion environnementale et conditions d’autorisation. Ces questions ne sont pas tranchées par le seul achèvement des forages.
À l’échelle de l’Afrique australe, Bonya s’inscrit dans une période où les minerais dits critiques attirent l’attention de plusieurs marchés et gouvernements. Mais la compétition pour sécuriser des approvisionnements ne garantit pas, en elle-même, que l’extraction crée davantage de transformation sur le continent. La suite du dossier dépendra donc autant des résultats techniques que des accords commerciaux et des choix de développement.
Les repères à surveiller sont désormais précis : le rapport métallurgique attendu avant la fin de 2026, l’estimation JORC annoncée pour janvier 2027, puis les études économiques visées à la mi-2027. Ils permettront de juger plus concrètement le potentiel de Bonya. Ils ne remplaceront ni les autorisations, ni le financement, ni les décisions sur la valeur qui restera en Namibie.