Une carte d’assurance ne suffit pas à protéger un patient si les soins restent trop éloignés, trop chers ou mal remboursés. À Lomé, les échanges des 4 et 5 novembre ont mis en lumière cette tension : élargir la couverture médicale sans fragiliser les organismes qui la financent.
Le premier Symposium sur l’assurance santé de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF) s’est tenu dans la capitale togolaise avec l’Association professionnelle des sociétés d’assurances du Togo (APSAT). Les travaux ont abordé un défi commun à plusieurs marchés africains : faire de l’assurance un mécanisme durable, et pas seulement un produit réservé aux salariés du secteur formel. La rencontre s’inscrit dans la perspective d’une feuille de route 2027-2030. Le programme officiel du symposium de la FANAF à Lomé confirme les dates et l’objectif de ces travaux.
Au Togo, l’AMU doit atteindre les travailleurs hors du salariat
Le Togo dispose déjà d’un dispositif public d’Assurance maladie universelle (AMU), déployé à partir de 2024. La gestion repose notamment sur deux organismes publics : l’Institut national d’assurance maladie (INAM) et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Cette architecture doit permettre de couvrir différentes catégories de la population, dont les personnes vulnérables et les travailleurs salariés.
Une étape importante a été annoncée en octobre 2025, lorsque l’AMU a été étendue aux travailleurs non salariés. Artisans, commerçants, agriculteurs et indépendants peuvent ainsi accéder à une couverture adaptée à des parcours professionnels qui ne passent pas toujours par un employeur. Cette extension, rapportée par des médias togolais et confirmée par une publication officielle, montre que l’inclusion ne se joue pas uniquement dans les textes : elle dépend aussi de l’inscription, du paiement des cotisations et de la continuité des revenus. Le compte rendu togolais sur l’extension de l’AMU aux non-salariés décrit les catégories concernées ; la publication officielle togolaise confirme l’annonce.
À Lomé, le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture sanitaire universelle, Jean-Marie Koffi Ewonoulé Tessi, a défendu la complémentarité entre le régime public et les offres privées. Les assureurs sont notamment invités à concevoir des formules accessibles aux travailleurs indépendants, aux artisans et aux agriculteurs. Pour les ménages aux revenus irréguliers, le coût, la fréquence des paiements et la simplicité des démarches déterminent souvent l’accès réel à une assurance.
La viabilité financière ne se résume pas à augmenter les cotisations
Le sujet est aussi celui de l’équilibre des contrats. Dans la zone de la Conférence interafricaine des marchés d’assurance (CIMA), qui encadre les marchés de plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’Ouest, la branche santé cumulerait un déficit technique d’environ 106 milliards de francs CFA entre 2020 et 2024. Ce chiffre a été avancé par les organisateurs et repris par l’agence de presse africaine APA. Il décrit l’écart entre les cotisations encaissées et les charges liées aux prestations, sans établir à lui seul les causes de chaque perte. Le compte rendu d’APA sur les enjeux financiers du symposium et la présentation de la FANAF rapportent ce montant.
Pour les assureurs, des tarifs insuffisants, une mauvaise maîtrise des prestations ou la fraude peuvent compromettre la capacité à rembourser les soins. Mais une hausse des primes peut aussi exclure précisément les personnes que l’extension de la couverture cherche à intégrer. L’enjeu consiste donc à mieux évaluer les risques, contrôler les factures et négocier avec les établissements de santé, sans faire peser tout l’ajustement sur les assurés.
La numérisation est présentée comme un levier possible : dossiers médicaux électroniques, prescriptions dématérialisées et échanges de données entre l’INAM, la CNSS et les assureurs privés. Des outils compatibles pourraient limiter les doublons et accélérer le traitement des remboursements. Ils supposent toutefois des règles claires sur la protection des données, l’accès des patients et la qualité des systèmes. Sans accompagnement, les personnes peu connectées ou éloignées des services administratifs risquent de rester à l’écart.
La couverture financière doit s’appuyer sur des soins disponibles
Une assurance ne crée ni médecin, ni médicament, ni centre de soins. Le ministre togolais a rappelé que l’inclusion dépend également des infrastructures, des équipements et de la présence de personnels qualifiés. Les écarts entre Lomé et certaines zones rurales peuvent ainsi réduire la valeur concrète d’une couverture, même lorsque l’adhésion est acquise.
Le constat dépasse le Togo. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 4,6 milliards de personnes dans le monde n’étaient pas pleinement couvertes par les services de santé essentiels en 2023. Ce chiffre concerne l’accès aux services, et non uniquement l’assurance. L’OMS souligne également le poids des dépenses payées directement par les ménages. La fiche de l’OMS sur la couverture sanitaire universelle précise ces indicateurs.
Le symposium de Lomé s’inscrit ainsi dans un débat régional qui dépasse les compagnies privées : comment articuler financement public, assurance commerciale et qualité des soins, alors que les marchés et les capacités des États diffèrent fortement ? La FANAF prévoit une feuille de route 2027-2030. Sa portée dépendra des mesures concrètes retenues, de leur adaptation aux réalités nationales et de leur suivi, notamment pour les travailleurs informels et les populations rurales.