À Zawiya, quelques heures d’arrêt sur un oléoduc peuvent peser sur une raffinerie qui fournit le marché libyen en carburants. L’enjeu dépasse donc le débit d’une conduite : il touche à la régularité de l’approvisionnement et à la capacité de l’État à protéger ses infrastructures pétrolières.

Une conduite stratégique sous pression

La raffinerie se trouve dans l’ouest de la Libye, sur la côte méditerranéenne, à proximité de Tripoli, la capitale. Elle dépend de plusieurs axes d’acheminement du brut. Parmi eux, l’oléoduc de 18 pouces reliant les champs de Hamada et de Tahara à Zawiya joue un rôle important. Une vanne fermée sur cette ligne suffit à interrompre le pompage et à fragiliser les opérations en aval.

Cette vulnérabilité s’inscrit dans un contexte national marqué, depuis 2011, par la fragmentation politique et sécuritaire. Les institutions du pays restent divisées entre des centres de pouvoir rivaux. La Compagnie nationale de pétrole, ou NOC, demeure cependant l’opérateur public chargé de coordonner une grande partie des activités pétrolières. Les revenus du secteur sont essentiels au financement de l’État. Les blocages locaux peuvent donc rapidement prendre une dimension économique et politique nationale.

À l’échelle régionale, la Libye appartient à l’Union du Maghreb arabe, qui réunit aussi l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie. Mais les interruptions de Zawiya ont d’abord des effets directs sur l’équilibre intérieur libyen : elles menacent l’approvisionnement de l’ouest du pays et la continuité de production d’un site stratégique.

Un arrêt du pompage après la fermeture d’une vanne

Le 30 octobre, la NOC a indiqué qu’un groupe armé avait fermé une vanne dans la zone de Rayayna, sur la conduite reliant les champs de Hamada et de Tahara à la raffinerie. La fermeture aurait provoqué une brusque hausse de pression. Les équipes techniques ont alors stoppé le pompage à titre préventif, afin de protéger le pipeline et les installations. La compagnie n’a pas identifié le groupe ni annoncé de calendrier de réouverture.

Selon la NOC, si le blocage se prolonge, environ 15 000 barils de brut par jour destinés à Zawiya pourraient manquer. Ce chiffre correspond à une perte potentielle de flux, et non à un bilan définitif de production perdue. La conduite dessert plusieurs champs et contribue à alimenter la raffinerie ; l’arrêt du pompage interrompt ces livraisons jusqu’à la reprise des opérations.

L’incident survient huit jours après une autre fermeture signalée sur cette même ligne. Le 22 octobre, la NOC avait rapporté que des personnes non autorisées étaient entrées dans une station de réception exploitée par Arabian Gulf Oil Company, près de Zawiya, puis avaient fermé une vanne. La répétition des incidents montre que le risque ne tient pas seulement à l’état technique des équipements : leur sécurité dépend aussi de la capacité à empêcher des interventions non autorisées.

Des conséquences qui dépassent la raffinerie

Zawiya a une capacité nominale de traitement de 120 000 barils par jour. Il s’agit d’une capacité théorique, qui ne garantit pas que ce volume soit effectivement traité chaque jour. Le 19 octobre, la NOC faisait état de 2,67 millions de tonnes de brut raffinées depuis le début de l’année, soit 73,32 % de l’objectif annuel de l’entreprise. Elle mentionnait notamment des arrêts de maintenance, des contraintes opérationnelles et sécuritaires, un stockage limité et des difficultés d’approvisionnement.

Les perturbations de septembre avaient déjà illustré cette dépendance. Un blocage sur l’axe reliant le champ d’Al-Sharara à Zawiya avait conduit la NOC à interrompre une unité de raffinage pour préserver le fonctionnement de l’autre. Les unités ont ensuite redémarré après la réouverture de la vanne et la reprise du pompage, selon l’agence de presse libyenne LANA. Ce précédent confirme qu’une fermeture peut avoir des conséquences opérationnelles concrètes, sans pour autant signifier automatiquement l’arrêt complet de la raffinerie.

Pour les autorités, l’enjeu est de sécuriser à la fois les champs, les conduites et les installations côtières. Pour les équipes de la raffinerie, chaque baisse d’approvisionnement complique la planification des unités et l’utilisation des stocks disponibles. Pour les habitants et les entreprises de l’ouest libyen, les effets éventuels dépendent de la durée de l’interruption, des stocks de produits finis et de la capacité à acheminer du brut par d’autres voies. À ce stade, aucune pénurie ni hausse de prix liée à l’incident du 30 octobre n’a été établie.

La continuité pétrolière, enjeu national et régional

La NOC a appelé les autorités compétentes, notamment la Garde des installations pétrolières, à sécuriser la conduite, rouvrir la vanne et permettre la reprise du pompage. Cette demande souligne un défi récurrent : les infrastructures sont stratégiques, mais leur protection dépend d’acteurs et de dispositifs de sécurité dont le contrôle peut être fragmenté. Le risque immédiat est technique ; la difficulté durable est institutionnelle.

La succession des blocages sur les axes de Hamada-Tahara et d’Al-Sharara rappelle que la production, le raffinage et l’approvisionnement intérieur sont liés. Un incident local peut ainsi toucher les recettes publiques, le fonctionnement des installations et la disponibilité de carburants, sans que ses effets soient identiques dans toutes les régions du pays. La situation de Zawiya mérite aussi l’attention de ses voisins du Maghreb : la stabilité des flux pétroliers libyens compte dans un marché régional où les infrastructures, les échanges et les politiques énergétiques se croisent.

La prochaine étape concrète reste la confirmation de la réouverture de la vanne et de la reprise du pompage. La NOC n’a annoncé ni date ni délai. Tant que les livraisons ne sont pas rétablies, l’incident rappelle que la capacité de raffinage ne suffit pas : elle doit pouvoir compter sur des approvisionnements continus et des installations protégées.