À Khoumagueli, le solaire doit compléter l’hydroélectricité plutôt que s’y substituer. Pour la Guinée, l’enjeu est concret : produire davantage pendant les heures ensoleillées, préserver l’eau du barrage voisin et rendre le réseau moins dépendant des variations de pluie. Mais le projet, annoncé depuis plusieurs années, reste à réaliser.

Un projet ancien, relancé par un nouveau partenaire

AXIAN Energy rejoint le développement de la centrale photovoltaïque de Khoumagueli, près de Linsan, dans la préfecture de Kindia. Le groupe prend la place de Solvéo Énergies comme partenaire d’InfraCo, branche de développement du Private Infrastructure Development Group (PIDG). Benjamin Memmi, directeur général d’AXIAN Energy, a annoncé l’objectif de lancer les travaux en 2027. Cette échéance est une ambition déclarée, pas une date garantie de mise en service.

La puissance communiquée autour du projet varie selon les sources. L’annonce d’AXIAN évoque 50 MW, tandis que les documents guinéens de concession et d’achat d’électricité portent sur une centrale de 40 MW. InfraCo présente également Khoumagueli comme un projet de 40 MW. Cette différence doit être clarifiée au fil des études et des documents contractuels ; les deux chiffres ne désignent pas nécessairement la même mesure de puissance.

Le dossier a déjà connu plusieurs étapes. Un contrat d’achat d’électricité de 25 ans avec Électricité de Guinée (EDG), l’entreprise publique du secteur, a été annoncé en 2021. En mai 2025, le Conseil national de la transition a autorisé la ratification de la convention de concession et du contrat d’achat. Les textes ont ensuite été promulgués en juillet. Ces avancées juridiques encadrent le projet, mais ne signifient pas que le chantier a commencé.

Le solaire le jour, l’eau du barrage la nuit

Khoumagueli doit être raccordée au réseau national et fonctionner en complémentarité avec le barrage hydroélectrique de Garafiri, d’une puissance de 75 MW. En journée, la centrale solaire injecterait de l’électricité dans le réseau. Garafiri pourrait alors conserver davantage d’eau dans son réservoir et mobiliser ses turbines lorsque le soleil ne produit plus, notamment la nuit.

Cette combinaison peut contribuer à amortir les périodes de faibles précipitations, qui limitent la production hydroélectrique. Elle ne règle toutefois pas, à elle seule, les difficultés d’approvisionnement. Il faudra aussi que les équipements de transport et de distribution acheminent effectivement l’énergie jusqu’aux usagers, et que la production soit disponible au moment où la demande l’exige.

La portée sociale dépendra donc de la façon dont cette énergie sera intégrée au réseau et vendue à EDG. Les ménages et les petites entreprises de Conakry comme des villes secondaires ont besoin d’une alimentation plus régulière. Dans les zones rurales, où l’accès à l’électricité reste un défi distinct, une centrale raccordée au réseau national ne garantit pas automatiquement une desserte locale. L’Agence guinéenne d’électrification rurale indique que l’accès à l’électricité en milieu rural demeure limité et inscrit son action dans un plan d’électrification à long terme.

Financement, raccordement et bénéfices attendus

Le changement de partenaire s’inscrit dans l’expansion d’AXIAN Energy dans les énergies renouvelables en Afrique de l’Ouest. L’entreprise et InfraCo ont aussi développé des projets solaires dans la région, dont NEA Kolda, au Sénégal. Leur expérience peut aider à structurer le financement et la réalisation de Khoumagueli. Elle ne permet cependant pas de présumer que les travaux guinéens démarreront comme prévu.

Les prochaines étapes à surveiller sont la confirmation de la puissance retenue, la finalisation du transfert entre partenaires, la mobilisation des financements et la préparation du chantier. Le raccordement au réseau et les modalités d’exploitation compteront autant que la construction des panneaux. Les annonces disponibles ne permettent pas encore de préciser le coût total du projet, les emplois attendus ni sa date de mise en service.

Pour l’État guinéen, le contrat de vente à long terme donne un cadre à l’achat de l’électricité. Pour EDG, il crée une nouvelle source de production à intégrer et à gérer. Pour les populations, le bénéfice dépendra de la fiabilité du réseau et des conditions de fourniture. L’électricité produite ne se traduit pas mécaniquement par une baisse des factures ou la fin des coupures.

Une infrastructure guinéenne dans un réseau régional

Khoumagueli s’inscrit aussi dans une ambition ouest-africaine : relier les réseaux nationaux et faciliter les échanges d’électricité. Le Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (WAPP), institution spécialisée de la CEDEAO, coordonne cette intégration régionale. InfraCo estime que les lignes existantes pourraient favoriser les échanges avec les pays voisins, mais cet effet dépendra des capacités de transport, des règles commerciales et de la disponibilité réelle de l’énergie.

Le projet illustre ainsi un enjeu plus large pour la Guinée : transformer ses ressources solaires et hydrauliques en une alimentation électrique fiable, sans confondre capacité annoncée et service effectivement fourni. Si les travaux débutent en 2027, comme le souhaite AXIAN Energy, l’attention portera ensuite sur le respect du calendrier, la puissance définitive et la mise en service. C’est à ces résultats, et à leur effet sur le réseau guinéen, que se mesurera l’apport de Khoumagueli.