Une ressource qui grossit, mais une filière qui doit encore changer d’échelle

En Guinée, l’or reste une richesse visible dans les exportations, mais encore fragile dans sa transformation locale. D’un côté, le sous-sol continue d’attirer les capitaux d’exploration. De l’autre, l’essentiel de la valeur s’échappe encore avant d’être capté par le pays. C’est dans cet écart que s’inscrit le projet Kada, au nord-est de Conakry dans le bassin aurifère de Siguiri, l’un des couloirs miniers les plus suivis d’Afrique de l’Ouest.

Ce contexte pèse lourd. Les statistiques officielles guinéennes publiées pour le premier trimestre 2025 montrent que les exportations d’or artisanal ont atteint 367 162 onces, contre 183 976 onces pour l’or industriel. Autrement dit, le segment artisanal reste plus volumineux que les mines industrielles, même si ces dernières ont progressé sur la période. Le gouvernement, lui, pousse désormais une logique de raffinage et de transformation sur place, avec une ligne de plus en plus nette sur la fin de l’exportation d’or brut.

Kada passe un cap technique, sans encore franchir la ligne du développement

Le fait nouveau est précis. Le projet aurifère Kada affiche désormais 2,08 millions d’onces de ressources minérales, contre 923 000 onces dans l’estimation publiée en 2023. La progression repose sur 81 361 mètres de forage supplémentaires et sur une montée en puissance de la part des ressources classées « indiquées », désormais à 1,27 million d’onces. Cette catégorie est plus solide que les ressources « inférées », car elle repose sur un niveau de confiance géologique plus élevé.

Ce passage compte, mais il ne suffit pas à lui seul pour parler de mine en construction. Une étude de faisabilité définitive, ou DFS, doit encore préciser la récupération du minerai, les coûts, l’empreinte environnementale, les infrastructures et la rentabilité du futur projet. L’opérateur du site vise une finalisation au deuxième trimestre 2027. Entre-temps, la société prévoit de continuer le forage pour convertir une partie des ressources encore classées en niveaux plus avancés.

Le financement accompagne cette stratégie. En mai 2026, la société a annoncé une levée de 60 millions de dollars australiens, soit environ 43 millions de dollars américains, pour accélérer les travaux sur Kada. Les fonds doivent servir à l’extension des ressources, au forage de définition, aux études géotechniques et aux premiers travaux de développement. La logique est classique dans l’exploration minière : plus la géologie est bien connue, plus l’actif devient crédible pour des partenaires, des banques ou un futur investisseur industriel.

Ce que cela change pour la Guinée, et pourquoi le moment est important

Pour la Guinée, l’enjeu dépasse le seul site de Kada. Le pays cherche à sortir d’un modèle où l’or part trop souvent brut, tandis que la valeur ajoutée, elle, se crée ailleurs. Cette orientation est désormais assumée au plus haut niveau de l’État. En juin 2026, la présidence a fixé le cap d’un raffinage local de l’or, en s’appuyant sur la Nimba Gold Refinery à Gbessia, à Conakry. Dans le même temps, le gouvernement a acté une transition vers l’arrêt progressif des exportations d’or brut.

Sur le terrain, cela peut produire des effets très différents. Pour l’État, une mine industrielle plus mature promet davantage de recettes tracées, de redevances et de visibilité sur les flux. Pour les populations riveraines, l’enjeu reste plus concret : emplois, sous-traitance locale, sécurité des sites, pression sur l’eau, les terres et les routes. Pour les opérateurs artisanaux, en revanche, la montée en puissance de projets industriels et d’un système de raffinage plus strict peut bouleverser les circuits de commercialisation, surtout si la formalisation avance plus vite que l’accompagnement.

La comparaison régionale est utile. En Afrique de l’Ouest, le couloir aurifère s’étend bien au-delà de la Guinée. Du Mali à la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso au Ghana, les projets miniers se multiplient dans un espace où l’État cherche partout à mieux capter la rente et à mieux encadrer l’artisanat. La Guinée se trouve donc dans une course plus large : attirer des capitaux, sécuriser les recettes, mais aussi éviter que l’or ne reste un simple produit de sortie. La CEDEAO n’impose pas une politique minière unique, mais la question du commerce, de la traçabilité et de la circulation des flux miniers y reste stratégique.

Dans ce paysage, Kada n’est pas encore une nouvelle mine industrielle. C’est un actif qui a franchi une étape importante de maturité technique. La suite dira s’il devient un projet bancable, puis un chantier réel. Ce rendez-vous sera scruté de près jusqu’à l’étude de faisabilité annoncée pour 2027, car il dira aussi si la Guinée peut transformer davantage de sa richesse aurifère sur son propre territoire, sans se contenter d’en exporter la matière première.