À moins de deux mois du scrutin annoncé, l’obstacle n’est plus seulement politique : l’organe chargé de l’organiser estime que le calendrier ne peut pas être tenu. En Guinée-Bissau, cette alerte place les autorités de transition face à une question concrète : comment fixer une nouvelle échéance sans prolonger indéfiniment le pouvoir militaire ?

Un calendrier qui se heurte aux préparatifs

Le 8 octobre 2026, la vice-présidente de la Commission nationale électorale (CNE), Felisberta Moura Vaz, a déclaré que les conditions techniques ne seraient pas réunies pour tenir les élections présidentielle et législatives prévues le 6 décembre. Elle s’exprimait après une rencontre avec le président de la transition, le général Horta N’Tam. La responsable n’a toutefois pas annoncé de report : cette décision relève des autorités de transition.

Le Premier ministre Ilídio Vieira Té a lui aussi estimé qu’aucun parti n’était prêt à concourir. Il a notamment évoqué des directions de partis dont les mandats seraient échus et la nécessité de renouveler leurs instances. Le gouvernement et la CNE convergent donc sur l’impossibilité pratique du calendrier, même si leurs déclarations ne constituent pas, à elles seules, une décision formelle de report.

Une autre difficulté est rapportée par la presse bissau-guinéenne : les dossiers de candidature n’auraient pas été déposés à la Cour suprême dans les délais attendus. Le chef de l’opposition Domingos Simões Pereira, dirigeant du PAIGC, jugeait déjà le scrutin impraticable et dénonçait des restrictions empêchant, selon lui, les partis de mener normalement leurs activités. Ces critiques politiques doivent être distinguées du constat technique de la CNE.

Une transition née d’un scrutin interrompu

La crise actuelle prolonge la rupture du 26 novembre 2025. Des militaires avaient alors pris le pouvoir, la veille de l’annonce attendue des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives organisées le 23 novembre. Le processus électoral avait été suspendu. Le président sortant Umaro Sissoco Embaló a quitté le pays et vit en exil, tandis que le général Horta N’Tam dirige la transition.

Ces élections s’étaient déroulées dans un environnement politique déjà tendu. Dans son rapport préliminaire, la mission d’observation de l’Union africaine a relevé des désaccords sur la date du scrutin, des restrictions de l’espace politique et l’absence de consensus entre pouvoir et opposition. Elle avait aussi signalé que le mandat des membres du secrétariat exécutif de la CNE était échu depuis 2022. Ces éléments éclairent les fragilités institutionnelles, sans établir à eux seuls les responsabilités dans la crise.

En janvier 2026, les autorités de transition avaient fixé le 6 décembre comme date du prochain double scrutin. Le calendrier devait ouvrir la voie au retour d’un pouvoir civil. En mars, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine avait soutenu cette échéance, tout en demandant une transition inclusive, un dialogue national et un appui au renforcement de la CNE. L’alerte d’octobre révèle l’écart entre cet objectif diplomatique et l’état des préparatifs.

Le débat porte aussi sur les règles du jeu

La question électorale ne se limite pas à la disponibilité du matériel ou à l’organisation des candidatures. Elle concerne aussi la capacité des partis à se réunir, à renouveler leurs directions et à faire campagne. Si les activités politiques restent entravées, un scrutin peut être techniquement organisé sans offrir aux électeurs un choix réellement compétitif. À l’inverse, un report sans calendrier public et vérifiable risque d’allonger la transition sans garanties suffisantes.

Le référendum constitutionnel du 30 août 2026 ajoute une dimension institutionnelle. L’Associated Press rapporte que les changements soumis au vote renforceraient les pouvoirs présidentiels et réduiraient le nombre de sièges parlementaires de 102 à 65. Les autorités défendent une clarification des rapports entre président et Premier ministre ; des opposants y voient une concentration du pouvoir. Ces lectures concurrentes rendent d’autant plus importante la transparence sur les règles qui encadreront les prochains scrutins.

Pour les citoyens, l’incertitude touche d’abord la représentation et la prévisibilité de la vie publique. Sans Assemblée nationale pleinement opérationnelle, le contrôle politique et le débat parlementaire sont affaiblis. Dans la capitale Bissau comme dans les régions, un calendrier repoussé peut aussi compliquer l’organisation des partis et la participation des électeurs. Les sources disponibles ne permettent toutefois pas de mesurer précisément les effets économiques ou sociaux d’un éventuel report.

La CEDEAO et l’Union africaine attendent des garanties

La Guinée-Bissau appartient à la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, qui intervient dans les médiations régionales. L’Union africaine a, de son côté, appelé à rétablir l’ordre constitutionnel, à associer partis et société civile au dialogue et à préserver les libertés fondamentales. Elle a aussi demandé un renforcement de l’indépendance et des capacités de la commission électorale.

Pour ces organisations, l’enjeu dépasse la seule date du vote : il s’agit de vérifier que la transition mène effectivement à une compétition pluraliste et à un transfert du pouvoir aux civils. Mais les appels extérieurs ne remplacent ni un accord politique national ni la publication d’un calendrier réalisable. Les autorités bissau-guinéennes devront préciser les étapes manquantes, les conditions d’activité des partis et le rôle des institutions indépendantes.

Au 8 octobre, aucun nouveau jour de scrutin n’a été annoncé. La déclaration de la CNE ne vaut pas décision officielle de report, mais elle rend le maintien du 6 décembre hautement incertain. La prochaine étape déterminante sera donc la position formelle des autorités de transition, accompagnée d’engagements vérifiables sur la préparation électorale et les libertés politiques. Sans cela, la promesse d’un retour à l’ordre constitutionnel risque de rester suspendue à un calendrier que les institutions elles-mêmes jugent désormais intenable.