Quand les paris passent par des applications et des paiements numériques, l’administration fiscale ne peut plus compter uniquement sur les déclarations des entreprises. En Gambie, un nouveau contrat doit lui donner un accès plus direct aux transactions du secteur des jeux en ligne. Reste à voir comment les données seront contrôlées et protégées.
Une réforme qui s’inscrit dans la numérisation de l’État
À Banjul, les autorités cherchent depuis plusieurs années à moderniser la collecte des recettes publiques. La Gambie a notamment déployé ASYCUDA World, un système numérique de gestion des procédures douanières. L’administration fiscale teste aussi la facturation électronique, qui doit faciliter la vérification des ventes déclarées par les entreprises. En octobre 2026, le gouvernement a lancé GovPay, une plateforme destinée à centraliser les paiements de services publics et à améliorer leur rapprochement comptable.
Ces outils répondent à un même enjeu : mieux relier les opérations économiques aux montants déclarés et versés à l’État. Ils ne fonctionnent toutefois pas tous de la même manière. GovPay concerne les paiements dus aux administrations, tandis que le projet lié aux jeux vise les transactions d’un secteur commercial soumis à une surveillance fiscale spécifique.
La réforme s’inscrit également dans le plan national de développement 2023-2027, qui place la mobilisation des recettes intérieures parmi les priorités publiques. Pour le gouvernement gambien, davantage de recettes vérifiables pourraient soutenir le financement des services publics. Mais l’effet dépendra de la qualité des systèmes et de leur intégration aux pratiques de l’administration.
Un tiers de confiance entre opérateurs et administration
Le ministère gambien des Finances et l’administration fiscale ont signé, le 30 octobre 2026 à Banjul, un contrat de dix ans avec InTouch, une entreprise sénégalaise spécialisée dans les solutions de paiement. L’accord, attribué après un appel d’offres international auquel trois entreprises auraient participé, porte sur le suivi des flux financiers des opérateurs de jeux et de paris. Ces éléments ont été rapportés par African Business et iBetAfrica.
La plateforme doit centraliser les informations sur les transactions et les paiements, puis permettre un suivi en temps réel. Des fonctions d’audit et d’alerte doivent aider à repérer les écarts entre les montants encaissés et ceux déclarés. InTouch interviendra comme intermédiaire technique entre les entreprises de jeux et l’administration. Le système vise donc à compléter les déclarations des opérateurs par des données de transaction accessibles aux autorités.
Le ministre des Finances, Seedy K. M. Keita, a présenté l’accord comme une réforme impliquant plusieurs administrations. Toutefois, les informations publiées ne précisent ni la date de mise en service, ni les modalités techniques de connexion des opérateurs, ni les règles détaillées d’accès et de conservation des données. Elles ne font pas non plus état d’une nouvelle taxe ou d’un changement des règles de paiement des gains.
Le contrôle fiscal dépendra aussi des garanties
Pour les autorités, l’intérêt immédiat est de pouvoir comparer les flux enregistrés aux recettes déclarées. Une meilleure visibilité pourrait faciliter les contrôles et rendre les prévisions de recettes plus solides. Elle pourrait aussi réduire la dépendance à des informations produites uniquement par les entreprises elles-mêmes.
Pour les opérateurs, la plateforme ajoutera un niveau de suivi aux obligations existantes. Son fonctionnement devra rester suffisamment clair pour que les entreprises sachent quelles données transmettre, selon quel calendrier et avec quelles procédures en cas de désaccord. Les joueurs, eux, ne sont pas directement visés par le contrat annoncé. Mais le traitement des paiements soulève des questions de confidentialité et de sécurité qui devront être précisées avant le déploiement.
La mise en place ne se résume donc pas à installer un logiciel. Il faudra connecter des moyens de paiement différents, assurer la fiabilité des données et former les agents chargés de les interpréter. Les écarts détectés ne prouvent pas automatiquement une fraude : ils peuvent aussi venir d’erreurs de transmission, de retards ou de différences de classement comptable. Des procédures de vérification et de recours seront importantes pour éviter des décisions fondées sur des alertes automatiques seules.
La Gambie a déjà avancé sur plusieurs chantiers numériques de l’administration fiscale. En juillet 2026, la Gambia Revenue Authority a annoncé le lancement d’un projet pilote de facturation électronique. Le média gambien The Point rapporte que cette phase doit permettre de tester le dispositif avec des entreprises avant un déploiement plus large. Le contrat avec InTouch prolonge cette évolution, mais l’étend à un secteur précis, dont les paiements peuvent emprunter plusieurs canaux numériques.
Un partenariat régional à suivre
Le contrat rapproche une administration gambienne et une entreprise basée au Sénégal. Il illustre la circulation de solutions numériques entre pays d’Afrique de l’Ouest, plutôt qu’un recours exclusif à des prestataires extérieurs au continent. Pour InTouch, cette implantation en Gambie constitue une entrée sur un marché anglophone, selon les informations publiées autour de la signature.
La coopération régionale ne garantit cependant pas, à elle seule, l’interopérabilité des systèmes. Les règles fiscales, les moyens de paiement et les exigences de protection des données restent définis au niveau national. Au sein de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la progression des paiements numériques rend néanmoins la question du suivi des transactions pertinente au-delà des frontières gambiennes.
La portée du contrat se mesurera donc moins à sa durée qu’à ses résultats concrets : date de lancement, nombre d’opérateurs raccordés, fiabilité des rapprochements et évolution des recettes effectivement recouvrées. Pour l’instant, les annonces décrivent les fonctions prévues, mais ne permettent pas d’évaluer leur efficacité. La prochaine étape sera de voir comment l’administration publiera ces résultats et quelles garanties encadreront l’usage des données.