À Mekelle, une chaîne de télévision régionale a été touchée par une frappe de drone alors que les combats s’étendent de nouveau autour du Tigré. Dans le sud de la région, Alamata est devenue l’un des principaux points de tension entre les forces fédérales éthiopiennes et les combattants tigréens.

Un front qui se rapproche des centres urbains

Le bâtiment de Tigrai TV, situé à Mekelle, capitale du Tigré, a été frappé dimanche 27 septembre 2026 vers 9 heures, heure locale. Des journalistes de la chaîne ont indiqué à l’AFP que l’immeuble avait été endommagé et qu’aucune victime n’avait été recensée dans l’immédiat.

Tigrai TV est associée aux autorités régionales du Tigré et au Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF. La chaîne constitue donc à la fois un média local et un outil de communication politique dans un conflit où l’accès indépendant à l’information reste très limité.

Cette frappe intervient après plusieurs jours d’affrontements sur différents axes du nord de l’Éthiopie. Les combats concernent le Tigré, la région voisine de l’Amhara et la région Afar. Cette dispersion des fronts complique les déplacements, perturbe les communications et rend plus difficile la vérification des bilans.

Le projet de suivi des conflits ACLED a rapporté entre 15 et 17 frappes de drones à Alamata le 22 septembre. Des écoles et un établissement de santé figuraient parmi les sites signalés. Le nombre exact de victimes n’a pas pu être confirmé indépendamment.

Alamata, un verrou entre le Tigré et l’Amhara

Alamata se trouve dans le sud du Tigré, à proximité de la frontière avec l’Amhara. La ville contrôle un axe routier important entre les hauts plateaux tigréens et les zones de North Wello. Sa position lui donne une valeur militaire, mais aussi commerciale et administrative.

Les forces fédérales affirment avoir progressé autour de Kobo et de Waja, deux localités proches d’Alamata. Ces déclarations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante. Les forces tigréennes, de leur côté, continuent de revendiquer des opérations sur plusieurs secteurs du nord.

La bataille pour Alamata pourrait modifier la circulation des troupes et du matériel dans cette partie de l’Éthiopie. Pour les autorités fédérales, un contrôle de la ville ouvrirait un axe vers le Tigré. Pour les forces tigréennes, sa défense permettrait de conserver une profondeur stratégique au sud de Mekelle.

Les conséquences dépassent toutefois la logique militaire. Dans les zones urbaines, les habitants doivent composer avec la fermeture d’écoles, l’interruption des services et la peur des frappes aériennes. Dans les campagnes, les déplacements de population et les restrictions sur les routes peuvent réduire l’accès aux marchés, aux soins et aux activités agricoles.

Le retour d’une guerre que l’accord de Pretoria devait contenir

Cette reprise des hostilités ravive le souvenir de la guerre du Tigré, déclenchée en novembre 2020 entre le gouvernement fédéral et les forces liées au TPLF. Le conflit avait fortement affecté le Tigré, l’Amhara et l’Afar, avec des destructions massives et des déplacements de population.

Le 2 novembre 2022, les deux camps avaient signé à Pretoria un accord de cessation permanente des hostilités sous la médiation de l’Union africaine. Le texte prévoyait notamment le désarmement des combattants, la reprise des services essentiels et la mise en place d’un mécanisme de suivi.

L’Union africaine a encore appelé en mars 2025 au respect de cet accord. L’organisation continentale avait alors souligné que la stabilité du Tigré restait liée à la réconciliation nationale, au retour des personnes déplacées et au règlement des questions territoriales.

Le 23 septembre 2026, l’Autorité intergouvernementale pour le développement, l’IGAD, a également demandé une désescalade immédiate. Cette organisation régionale rassemble plusieurs États de la Corne de l’Afrique. Elle a rappelé que l’accord de Pretoria demeure le cadre reconnu pour traiter les différends entre les parties.

Des accusations croisées et une information difficile à établir

Le chef de l’armée éthiopienne, Birhanu Jula, accuse l’Érythrée de fournir un appui logistique aux groupes engagés dans les combats. Asmara rejette ces accusations. Aucun élément public et indépendant ne permet, à ce stade, d’établir précisément l’ampleur d’un éventuel soutien érythréen.

La circulation de l’information reste aussi affectée par les coupures de télécommunications et la fermeture de plusieurs infrastructures. Les communiqués militaires des parties décrivent des avancées concurrentes. Les chiffres annoncés sur les pertes doivent donc être considérés avec prudence tant qu’ils ne sont pas confirmés par des sources indépendantes.

La frappe contre Tigrai TV ajoute une dimension politique à la crise. Toucher un média régional réduit la capacité des habitants à accéder à des informations locales, alors que les autorités et les groupes armés cherchent chacun à imposer leur récit du conflit. Dans ce contexte, la protection des journalistes et des infrastructures civiles devient un enjeu direct de sécurité.

La Corne de l’Afrique sous surveillance

Une nouvelle guerre ouverte dans le nord de l’Éthiopie aurait des effets au-delà du Tigré. Elle pourrait accroître les déplacements vers l’Amhara, l’Afar et le Soudan, déjà fragilisé par son propre conflit. Elle pèserait aussi sur les routes commerciales reliant l’Éthiopie à la mer Rouge.

Pour Addis-Abeba, l’enjeu est également intérieur. Le gouvernement fédéral doit contenir plusieurs foyers de tension tout en maintenant les échanges économiques et les services publics. Dans les régions touchées, les autorités locales doivent gérer simultanément la sécurité, l’accueil des déplacés et la reprise des activités.

La prochaine étape dépendra de la capacité des parties à rétablir un canal politique. L’IGAD et l’Union africaine disposent déjà de cadres de médiation. Leur crédibilité dépendra désormais de leur aptitude à obtenir un arrêt des frappes, à sécuriser les populations et à relancer les mécanismes de vérification prévus par l’accord de Pretoria.

À court terme, les développements autour d’Alamata, de Mekelle et de la frontière avec l’Afar seront les principaux indicateurs de l’évolution du conflit. Une extension des combats confirmerait l’échec de la désescalade. Un retour au dialogue offrirait, au contraire, une possibilité de préserver les acquis encore fragiles de la paix éthiopienne.