À Nouakchott, quelques heures de pluie suffisent encore à transformer des axes essentiels en zones difficiles d’accès. Depuis la nuit du mercredi 23 au jeudi 24 septembre 2026, les déplacements sont fortement perturbés dans plusieurs quartiers de la capitale mauritanienne. Les travailleurs, les vendeurs et les conducteurs doivent composer avec des routes recouvertes d’eau et un réseau d’évacuation qui peine à absorber les précipitations.

Une capitale ralentie par les eaux stagnantes

Les pluies ont commencé dans la nuit avant de se poursuivre jeudi matin. Des relevés publiés par des médias mauritaniens font état de cumuls variables selon les secteurs. Les moughataas de Riyad, El Mina et Arafat, dans Nouakchott-Sud, ont notamment enregistré respectivement 45, 24 et 20 millimètres en vingt-quatre heures. D’autres quartiers, comme Toujounine, Dar Naïm, Sebkha, Ksar et Tevragh-Zeina, ont également été touchés.

Ces données doivent être lues à l’échelle de Nouakchott. La capitale reçoit habituellement peu de pluie, mais son sol sableux, sa faible pente et la proximité de la nappe phréatique limitent l’infiltration. L’eau s’accumule donc rapidement dans les zones basses, sur les routes dégradées et autour des habitations.

Dans plusieurs secteurs périphériques, les taxis ont réduit leurs déplacements. Les conducteurs craignent les pannes et les dommages mécaniques sur des chaussées parfois difficiles à distinguer sous les eaux. Pour de nombreux habitants, rejoindre un marché, un lieu de travail ou un établissement scolaire demande désormais davantage de temps et de prudence.

La situation touche aussi directement les activités informelles. Les vendeurs de légumes, les petits commerçants et les travailleurs journaliers dépendent souvent de déplacements quotidiens. Lorsque les transports ralentissent, leurs revenus diminuent immédiatement. Les quartiers les plus éloignés des grands axes disposent, en outre, de moins de solutions de remplacement.

Le pompage d’urgence face à un problème structurel

L’Office national de l’assainissement, l’ONAS, a engagé des opérations de pompage dans les trois wilayas de Nouakchott. Les équipes interviennent sur plusieurs axes routiers et artères principales afin de dégager les points les plus encombrés et de rétablir progressivement la circulation.

Les autorités ont également mobilisé des moyens de pompage dans des secteurs très fréquentés, notamment autour du centre-ville, du Marché Capitale et du carrefour BMD. Ces interventions permettent de limiter les blocages. Toutefois, elles restent une réponse ponctuelle à un phénomène qui revient à chaque épisode pluvieux important.

Le recours aux pompes et aux camions-citernes montre la faiblesse persistante du drainage urbain. Dans plusieurs quartiers, les habitants demandent des canalisations capables d’évacuer l’eau sans attendre l’arrivée des équipes d’intervention. Ils signalent aussi les risques liés aux fosses vidangées sur la voie publique, qui peuvent mélanger eaux pluviales et eaux usées.

Cette combinaison complique la circulation et augmente les risques sanitaires. Les eaux stagnantes peuvent favoriser la présence de moustiques et entrer en contact avec des déchets ou des rejets domestiques. La prudence s’impose donc dans les zones inondées, en particulier pour les enfants, les personnes âgées et les habitants dont les logements se trouvent au niveau des rues.

Des travaux engagés, mais une couverture encore incomplète

La mobilisation de l’ONAS intervient alors que la première phase d’un projet de réseau d’assainissement est en cours. Ce programme doit couvrir Tevragh-Zeina, Ksar et Sebkha, ainsi que certaines parties d’El Mina et de Teyarett. Il prévoit à la fois l’évacuation des eaux pluviales et le traitement des eaux usées.

Selon les informations publiées par l’Agence mauritanienne d’information sur les opérations de pompage, le futur dispositif doit réduire l’accumulation des eaux et contribuer à faire baisser le niveau de la nappe phréatique dans les zones desservies.

Le projet s’inscrit dans une transformation plus large de Nouakchott. La capitale concentre une grande partie de la population, des services publics et des activités économiques de la Mauritanie. Son extension urbaine a cependant progressé plus vite que les infrastructures de drainage dans plusieurs secteurs.

Les documents techniques du programme d’assainissement prévoient la pose de dizaines de kilomètres de conduites et la construction de stations de pompage. Ces équipements doivent améliorer la capacité du réseau. Leur efficacité dépendra toutefois de la rapidité des travaux, de leur entretien et de leur déploiement dans les quartiers qui restent aujourd’hui les moins couverts.

La question dépasse donc la seule gestion des pluies. Elle concerne aussi l’aménagement urbain, l’entretien des voiries, la gestion des eaux usées et le contrôle des constructions dans les zones exposées. À Nouakchott, chaque nouvelle route ou habitation peut modifier l’écoulement naturel de l’eau.

Un enjeu pour la résilience de la capitale mauritanienne

Les pluies de septembre 2026 rappellent la vulnérabilité particulière de Nouakchott. La ville se situe dans un environnement côtier bas, soumis à la remontée de la nappe et à l’évolution du littoral. D’après une analyse consacrée aux risques climatiques en Mauritanie, l’absence d’adaptation pourrait peser à terme sur l’activité économique et les finances publiques.

Le défi est également social. Les quartiers centraux bénéficient plus rapidement des opérations de pompage et de la présence des services. À l’inverse, les zones périphériques peuvent rester isolées plus longtemps. Cette différence affecte l’accès au travail, aux marchés, aux soins et aux établissements scolaires.

La Mauritanie devra donc mesurer la réussite de ses investissements à partir d’un critère concret : la capacité à maintenir la ville fonctionnelle après une pluie intense. Les ouvrages devront protéger les grands axes, mais aussi les quartiers résidentiels et les espaces où travaillent les acteurs de l’économie informelle.

À l’échelle régionale, Nouakchott partage ce type de défi avec plusieurs villes sahéliennes et côtières. Les pluies plus irrégulières, l’urbanisation rapide et la pression sur les réseaux imposent des politiques de prévention mieux coordonnées. Pour la capitale mauritanienne, les prochaines étapes seront la poursuite du projet d’assainissement, l’entretien des installations et la capacité des services à intervenir avant que les eaux ne paralysent les déplacements.